Review UFC 171 : Le paradoxal couronnement (19 mars 2014)

UFC 171 Hendricks-Lawler Official Decision

Ainsi Johny Hendricks sera devenu Champion de la même manière dont GSP l’avait vaincu pour sa dernière défense de titre. Le bras levé à l’issue du pointage des juges est celui de l’homme le plus bousculé, marqué et passé proche du KO. Or ce que le visuel donne à voir de manière nette, le comptable donne à le relativiser. Avec la notation du 10-9 system, il n’y a pas de quoi crier au scandale. D’autant que le MMA n’est pas réductible aux seuls dégâts infligés. Une seule certitude : le guerrier barbu s’empare de la ceinture mondiale dans ce qui constitue son combat le moins convaincant depuis son entrée à l’UFC

 

Résultats UFC 171

Dallas, Texas (American Airlines Center)

Carte principale

Championnat -77 kg : Johny Hendricks bat Robbie Lawler par décision unanime (48-47, 48-47, 48-47) et devient Champion des poids welters

-77 kg : Tyron Woodley bat Carlos Condit par TKO/Blessure (2e round 2:00)

-70 kg : Myles Jury bat Diego Sanchez par décision unanime (30-27, 30-27, 29-28)

-77 kg : Hector Lombard bat Jake Shields par décision unanime (30-27, 30-27, 30-27)

-93 kg : Ovince St Preux bat Nikita Krylov par soumission, Von Flue Choke (1er round 1:25)

Carte préliminaire

-77 kg : Kelvin Gastelum bat Rick Story par décision partagée (28-29, 29-28, 30-27)

-61 kg féminines : Jessica Andrade bat Raquel Pennington par décision partagée (29-28, 28-29, 29-28)

-66 kg : Dennis Bermudez bat Jimy Hettes par TKO (3e round 2:57)

-77 kg : Alex Garcia bat Sean Spencer par décision partagée (29-28, 28-29, 30-27)

-70 kg : Francisco Trevino bat Renee Forte par décision unanime (29-28, 29-28, 29-28)

-56 kg : Justin Scoggins bat Will Campuzano par décision unanime (30-27, 30-27, 30-27)

-84 kg : Sean Strickland bat Bubba McDaniel par soumission, Rear Naked Choke (1er round 4:33)

-66 kg : Rob Whiteford bat Daniel Pineda par décision unanime (30-27, 29-28, 29-28)

UFC 171 Hendricks-Lawler Gauche

Un match qui en appelle un autre

Le conte de fée Lawler était en train de s’écrire sous nos yeux. Round après round, l’outsider montait en puissance et amochait de plus belle le grandissime favori. Malgré un style objectivement moins complet que son opposant, le vieux briscard de l’Octogone était en train de réussir son challenge. Ceci grâce à la prépondérance de la boxe anglaise sur les autres aspects du MMA. Hendricks grimaçait et voyait son visage se couvrir de sang, quand Lawler affichait un sourire carnassier, notamment lorsqu’il recevait quelques contres sans broncher. Sa seule erreur aura été de ne pas conclure l’affrontement durant un 3e round où Johny, jusque là bon gestionnaire et vainqueur des deux premières reprises, fut secoué comme jamais encore dans sa carrière. À l’orée du 5e round, les deux hommes étaient à égalité dans le pointage. Le cardio allait faire la différence. À ce petit jeu Hendricks retrouva un peu de vista et passa les dernières minutes en position de force. Juste assez pour ravir le graal. Infiniment gêné par l’allonge de son adversaire, le barbu a eu le mérite de rester toujours en phase avec sa priorité de réduire l’espace. Bien que le vaincu ne conteste pas le pointage des juges, un rematch est fortement pressenti.

UFC 171 Hendricks-Lawler, agonie de JH

T-Wood en pointillés

D’autant que derrière eux la hiérarchie des prétendants n’a pas été aussi clarifiée qu’attendu. Les enjeux de Condit-Woodley étaient pourtant limpides : l’un doit conserver son statut, l’autre peut faire un grand bond au classement de la division.  T-Wood envoie une grosse première droite et adopte systématiquement des postures « Dan Hendersoniennes » pour envoyer des bombes. Son gabarit est davantage évocateur d’un Middleweight voire d’un Light Heavyweight. Condit réplique avec son fameux sens tactique qui l’avait vu vaincre un Nick Diaz, de base meilleur striker que lui. Beaucoup de recul pour mieux asséner des kicks et des frappes retournées dures à anticiper. Wood maitrise cependant la situation, laisse parler sa lutte quand nécessaire : un corps à corps debout, puis des amenées au sol sans visée particulière. Pire, il doit faire face à des tentatives de Triangle Choke. La similitude de striking des deux fighters apparait clairement, notamment leur propension à des coups venus de très loin. T-Wood joue avec le feu à force d’enchainer les takedowns improductifs. Le sol n’est définitivement pas une science de son apanage. Alors que les débats repartaient debout, Condit se blesse gravement au milieu du 2e, Après un low kick encaissé sur sa jambe gauche, il effectue une rotation défensive et c’est son genou droit qui cède (ligaments internes a priori). Un TKO qui laisse un goût amer tant ce combat se déroulait sur des basses très élevées. T-Wood semblait capable d’obtenir le KO à tout moment, tandis que The Natural Born Killer ressortait sa palette d’artiste de la soumission. Deux ténors de cette division welterweight que l’on souhaite rapidement revoir. Rory MacDonald serait un adversaire logique pour la prochaine sortie de Woodley. Condit devra sans doute en passer par Jake Shields, dominé nettement par Hector Lombard.

UFC 171 Condit-Woodley Gif blessure

Lombard s’amuse à se faire peur

Un cubain bien décidé à ne pas se laisser endormir par les manœuvres de sangsues propres à Shields. Son hyper agressivité dés la première minute rappelle encore une fois le parallèle tentant avec Mike Tyson, une façon similaire de toujours avancer, garde basse le plus souvent. Shields prouve encore ses capacités d’encaisseur, ne parvient pas à imposer un corps à corps mais se remet bien d’un rapide knockdown. Le grappler en chef subit un deuxième knockdown dans la foulée suite à un coup de genou explosif, mais sous prétexte d’aller au sol, il tire la garde et travaille de son dos, amorçant même des clés de bras à la fin de la 1ère reprise, qu’il atteint on ne sait comment. Avec son allure trapue, Lombard semble être de la catégorie au-dessus de son adversaire (logique tant il a longtemps été poids moyens), poursuit ses combinaisons au début du 2e, ose même un fantastique balayage de judoka. Shields semble résolu à ne pas du tout boxer ce soir, la joue trop tactique en stand up, avant de chercher des takedowns téléphonés. Les esquives et projections de Lombard restent quant à elles phénoménales. Les leçons de ses deux récentes défaites à la décision ont été retenues. Le 2e round se clôt largement à son avantage. Le 3e  va perpétuer sa domination, tant son opposant demeure inhibé en striking. Shields finit par pénétrer enfin la garde avec un coup de genou, fond sur lui pour placer une guillotine à 15 secondes de la fin. La prise parait verrouillée, mais Lombard garde son sang-froid et attend sagement une décision unanime. Le Cubain peut désormais revendiquer une place dans le top 10 (voire top 5) de la catégorie, et ne devrait pas tarder à être le premier fighter à concourir pour le doublé Bellator/UFC.

UFC 171 Lombard-Shields

Chant du cygne pour Sanchez ?

Chez les poids légers les données étaient simples. Allait-on assister à la fin de Diego « The Dream » Sanchez ? Après la punition subie des mains de Gilbert Melendez lors de sa dernière sortie, l’ancien du TUF 1er du nom était face à un quitte ou double tacite : venir à bout d’une des nouvelles sensations de la catégorie, toujours invaincu, pour remettre une pièce dans le juke-box ou s’incliner et accepter un rôle de simple gatekeeper. Ce sera la deuxième option. Au 1er round, Jury frappe beaucoup moins pour privilégier le contrôle et les contres. Un travail de sol dans la dernière minute tourne en sa faveur malgré une tentative de clé de cheville par Sanchez. Beaucoup de provocations gestuelles et verbales par Sanchez et d’accélérations en larges crochets, particulièrement kamikazes.

La boxe de Jury est plus tranchante au cours du 2e. En face signes d’impatience et de rage se multiplient à chaque enchainement défavorable. Au contraire le jeune loup démontre un mental à toute épreuve, reste à nouveau serein malgré une guillotine longtemps maintenu au milieu du round. Peu de mouvement superficiel dans les déplacements de Jury par rapport à son opposant, beaucoup plus dans la précision et l’économie d’énergie. Au point qu’on puisse le taxer de prudence excessive durant le 3e. La seule chance de The Dream semble passer par la recherche d’une soumission au sol, ce dont il ne prend pas acte en persévérant en anglaise alors que Jury est bien plus mobile que lui, bien moins hasardeux. Même empêtré dans la garde de Sanchez dans la dernière minute, Jury pivote à chaque nouvelle tentative de clé de bras, échappe même à une guillotine portée sur le gong.

Test passé avec brio pour Jury qui affiche désormais 14-0. La route est encore longue dans cette division Lightweight surencombrée. Quant à Sanchez, la question de la retraite se pose pour l’ancien cador, qui n’a jamais démérité en neuf ans à l’UFC, loupant juste les dernières marches.

UFC 171 Sanchez-Jury

Étranglement d’exception pour OSP

Le premier combat de la carte principale concernait la division des 93 kg. Il a offert un dénouement rarissime. Alors qu’il disposait d’un contrôle latéral relatif, sa tête ayant été emprisonnée par son adversaire depuis un takedown initial, Ovince St Preux a littéralement endormi Nikita Krylov avec une variante d’Arm Triangle Choke. Tout le monde, et l’arbitre le premier, s’est laissé surprendre par la rapidité d’exécution et l’efficacité de cette compression. La manœuvre consiste à resserrer les bras autour de la nuque et de l’épaule plutôt que de prendre véritablement le cou comme dans un étranglement bras/tête traditionnel. L’affaire était entendue en moins de 90 secondes. Les commentateurs américains ont rappelé que cette technique se nommait le Von Flue Choke, en référence au combattant Jason Von Flue, révélateur du procédé un soir de janvier 2006 face à Alex Karalexis (Ultimate Fight Night 3). Sans conteste le meilleur mouvement de la soirée. Sans doute un match up mal pensé également. OSP n’était pas le client le plus indiqué pour un Krylov (16-4) alternant le meilleur et le pire depuis un an et demi (palmarès de 4-4 pour ses 8 derniers duels). Vainqueur de douze de ses treize derniers fights (dont neuf finalisations), le Haïtien (15-5) pourrait enfin avoir l’opportunité de se frotter à un top 10. Cela ne sera pas a priori une revanche contre son dernier tombeur, Gegard Mousasi, descendu depuis chez les poids moyens. La route vers Jon Jones s’annonce particulièrement ardue…

UFC 171 OSP-Krylov finish

La carte préliminaire, massivement constituée de huit combats, a comporté des duels très serrés. Pour preuve trois décisions attribuées à deux juges contre un. C’est le cas du combat « changement d’époque » entre la nouvelle sensation des welters Kelvin Gastelum et le vieux briscard sur la corde raide Rick Story. Le vainqueur du TUF 17 s’impose sans convaincre. Toujours dans la même catégorie, c’est une décision étriquée qui a récompensé Alex Garcia face à Sean Spencer. À noter deux autres résultats significatifs de ce début de soirée : la victoire de Jessica Andrade dans une division féminine encore à la recherche de challenge pour Ronda Rousey et le nouveau revers sans équivoque de Robert « Bubba » McDaniel, soumis par Sean Strickland en fin de premier round. L’échec d’un des plus médiatiques participants du TUF 17 tend à confirmer la faiblesse des derniers millésimes. Pour lui aussi Dallas a été impitoyable.

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