TFC-Evian TG vu par le bout de la lorgnette (Fou de Foot, 28 mars 2014)

Puisque les violets n’ont su faire preuve de la rigueur nécessaire pour grimper à la 6e place du championnat, optons nous aussi pour un peu de laxisme avec cet anti compte-rendu. Plongée sans foi ni loi dans un match vécu des tribunes, l’endroit où décidément on voit beaucoup moins bien qu’à la télé.

Samedi 22 mars 2014, 19 heures et quelques miettes de secondes. Drôle d’endroit pour une rencontre. Et pourtant oui c’est toujours le même revendeur de places « au black », pas discret pour un sou, que je recroise à proximité des guichets du stadium. Pas de chance pour lui, un mois après un TFC-Bastia bien dur à fourguer, la venue des hommes de Pascal Dupraz n’attire que le chaland invité, ou le détenteur d’une place « tombé du ciel » comme votre humble narrateur. J’avais pourtant tenté de dissuader l’amie se croyant bienfaitrice à mon égard :
– Non mais ils vont me les refuser tes chèques jeunes, non ? Faut avoir moins de 25 ans ! En plus c’est nominatif.
– Ben prends quand même, tu verras bien.
Et j’ai vu. La veille de ce « choc » entre un abonné au haut du ventre mou et un pro du maintien, c’est un guichetier peu zélé qui m’a délivré mon accès pour le virage ouest. Quand je m’enquiers de savoir s’il y aura un peu plus de monde dans les gradins, compte tenu des résultats en hausse, il me rétorque, avec cette absence de passion dans le regard si emblématique d’un salarié du TFC : « Avec toutes les invitations distribuées c’est le minimum qu’on puisse attendre. » Ambiance.

Signes avant-coureurs d’un flop
Me voilà bien contraint de garnir des travées d’où n’émergeront que des chants gentillets de bienvenus pour nos adversaires savoyards. Bienvenue dans l’antre des bisounours. Soir frisquet alors que le reste de la semaine fut marqué par une douceur printa-estivale. Soir semi-pluvieux rendant délicate la pratique cycliste de cet itinéraire que j’ai déjà largement emprunté les jours précédents, meetings des deux principaux candidats à la mairie du Capitole s’étant déroulé à proximité immédiate du Stadium. Je me la joue donc très pleutre et privilégie ce bon vieux bus numéro 38. À l’intérieur une populace apaisée, rentrant du boulot ou d’emplettes commerciales. Le match du soir n’est sur aucune lèvre. Pas d’allusion au Stade Toulousain non plus fort heureusement. Arrêt au pied du Pont Coubertin, comme prévu je suis quasi le seul à descendre, seulement talonné par un père et son fils. Un supporteur transi soucieux d’inculquer l’amour du maillot à sa descendance ? Que nenni, les voilà qui prennent la direction opposée…des jeunes d’universités scientifiques dotées d’un triple A, bien présents eux. Sans doute pas tous des footeux de la première heure, mais conviés par le club dans le cadre d’un partenariat promotionnel. La soirée se poursuivra d’ailleurs par un challenge « blind test » à La Bodega du Tef, comme l’annonce le speaker entre deux spots assourdissants et abrutissants à souhait. Impossible de profiter sainement de l’avant-match de Radio Mon Pais, « Porca miseria » comme dirait l’autre.

TFC TFC-ETG Stadium
Malgré tout, l’avantage d’arriver une quarantaine de minutes en avance c’est de pouvoir respirer le climat ambiant, d’observer les arrivées successives, de tenter de comprendre ce qui peut motiver un badaud à passer la première partie de son samedi soir à soutenir un club désireux de ne pas bouleverser la hiérarchie plus que de mesure. Et de ne pas trouver de réponse. Toujours pas. Pourvu que la saucisse soit bien chaude, le pain rugueux et les frites massivement mayonnaisées, après ça on peut souffrir tranquille. J’apporte mes deniers à la TFC Enterprise pour me déculpabiliser de ce billet acquis par mégarde. D’autres n’en ont cure, tel ce groupe de petits vieux semblant avoir réservé les deux derniers rangs au cœur de la tribune. Ils débarquent à tour de rôle, souvent munis de leur sachet avec des sandwichs préparés à la maison. Un rendez-vous proche d’une réunion à la Maison du Scrabble en somme. Un petit moment de convivialité avant l’after Ruquier chacun chez soi. Pour ma part j’attends la venue de JM, un des rares toulousains « historiques » de mon entourage. Il possède lui aussi cet attachement inexpliqué à la maison violette.
19h50 Le speaker commence à égrener la composition des équipes. Passée celle des visiteurs, tout juste sifflotée par le club des papys des derniers rangs, on en vient à notre cher club dépassionné (« Mais l’absence de passion est quelque part une forme de passion » m’a démontré un jour de gloire un certain DP, dont nous reparlerons très vite). Annonce débutée bien entendu par le gardien de but : « Ali…Boucher ». Oui oui, je peux le jurer sur la prochaine plus-value financière du club, le speaker a dévoilé son appartenance au mouvement flibustier visant à reconsidérer le sort du soldat Ali Ahamada. Pas de quoi provoquer une érection de plus d’un quart de seconde, ce sera bien le Zach dans les cages. La garantie de voir des buts, me dis-je. On se console comme on peut.

Toujours pas de la faute à Boucher Madame la marquise…
Reste de la composition classique avec le trio défensif stable, hors suspension, depuis quelques matchs (Veskovac-Zebina-Spajic) et le quarté quinté + au milieu de terrain. Braithwaite s’est rappelé qu’il était blessé et cède à sa place à un Eden Ben Basat bien en cannes ces derniers temps.
Pas de quart d’heure d’observation, et même un TFC qui prend le jeu à son compte. Le ballon tourne allégrement et les Evianais ne voient pas le jour : « C’est le Barça ! » s’écrit un JM possédé. J’aurai plutôt dit le FC Nantes de 2001 pour ma part. Avec cet excès de collectivisme consistant par moments à amener le ballon jusqu’aux filets plutôt que de prendre sa chance. Serge Aurier illustre cet aspect rapidement en préférant le décalage incongru à la frappe alors qu’en position idéale (7’). Heureusement les deux attaquants ne se font pas prier pour chercher à trouer les filets adverses. Ben Basat le premier (12’), mais une main traînante contrarie l’initiative. Mr Gautier, l’officiel, ne bronche pas. Il interviendra d’ailleurs rarement, ce qui contribuera au côté fluide et agréable de la rencontre. Pas de cet avis JM lâche « Mais c’est quoi cet arbitre ? Il laisse jouer quoi qu’il arrive ! ». Les contres visiteurs sont peu tranchants, mais Bérigaud manque d’ouvrir le score sur un malentendu (17’), un incroyable loupé alors qu’il se trouvait seul face à Boucher. Au cas où, ce dernier avait esquissé un plongeon du mauvais côté. Rassurant avant tout, c’est un principe. Même notre grand quotidien sportif saluait sa régularité à prendre des buts le jour du match à Rennes.
Mine de rien ETG réamorce quelques actions inquiétantes. Il faudra cependant attendre la fin de la première mi-temps via Bérigaud, toujours lui (42’) pour que la peur change de camp. Entre temps, le duo Ben-Ben s’est procuré la plus grosse occasion du match (30’) : un tir lobé de l’attaquant israélien qui atterrit sur le poteau droit puis une reprise du franco-tunisien sauvée sur la ligne. Avec JM nous n’avons pas forcément tout bien vu de ces péripéties et nous nous choisissons un poste d’observation stratégique pour la 2e partie de la rencontre. D’autant que les locaux vont attaquer côté virage est, intégralement vidé pendant la durée des travaux pour l’Euro 2016. « Mais ils font quoi avec cette tribune exactement ? Elle en est toujours au même point j’ai l’impression » remarque JM. Interrogation à mots pesés qui aurait tôt fait d’en enflammer quelques-uns dans le contexte d’élections municipales. La capacité du Stadium n’excédera pas son potentiel actuel d’environ 35 000 places, il faudra s’y faire. Rénovation et non reconstruction. Point positif, le camouflet d’un stade aux deux tiers vides un week-end sur deux sera évité. On en restera au verre à demi-plein, ce qui est bien plus conforme à la politique du TFC.

TFC TFC-ETG 22-03-2014
La 48e minute voit l’impensable se produire : une parade en bonne et due forme de Boucher sur un tir de Rubben en angle fermé. Sans conviction je laisse échapper un « Bon au moins il a su Boucher l’angle », saillie facile mais apparemment efficace sur l’assistance à proximité. Huit minutes plus tard, un numéro plus habituel de technicité nous est servi par Wissam Ben Yedder, habile crochet sur Hansen et tir au fond des filets malgré retour de défenseurs sur la ligne. 12e réalisation dans l’exercice 2013-2014 pour celui que certains s’empressent déjà d’envoyer au Brésil l’été prochain (alors qu’il a bien le droit de passer ses vacances où il veut, non mais). Dés lors on remarque que quelque chose déraille dans la belle mécanique toulousaine : le diesel Aurier ne monte pas en puissance comme à l’accoutumée, le milieu de terrain ne monopolise plus le ballon, Boucher n’a pas commis de boulette notable…Seul Sylla poursuit dans son registre d’animateur offensif occasionnel (au repli lui aussi occasionnel). Les avertissements sans frais se succèdent (79’ par Benezet, remplaçant inspiré de Bérigaud, 83’ par un débordement de Wass sur l’aile droite). Coach Casanova montre d’ailleurs des signes d’énervement devant la passivité des siens. Entend-t-il conserver la 6e place virtuelle qui lui tend les bras (ex aequo en points avec le 5e Lyon, qui jouera et s’imposera le lendemain) ? Didot, pourtant impérial, cède sa place à Sirieix (87’), un 2e changement qui laisse aussi perplexe que celui de Ben Basat par Trejo un peu plus tôt (73’). Alors que Marseille s’est incliné plus tôt dans la journée contre Rennes, que Reims est parallèlement dominé à Bastia (rencontre dont un envoyé spécial me tient informé par SMS), le TFC va rester englué à sa très chère 8e place. Sur un ballon anodin perdu au milieu de terrain, les Evianais partent en contre (89’), tout en décontraction. À tel point que Nsikulu, entré neuf minutes plus tôt, est bientôt rattrapé par deux violets puis un troisième. Des revenants peu incisifs qu’il fixe à sa convenance avant d’ajuster une petite frappe croisée à la puissance minimale (pour ne pas dire niveau minimes). Pas de chance pour Boucher qui esquisse un plongeon de l’autre côté. « Non mais attends ce n’est pas lui là, c’est la défense » me rétorque aussitôt JM. Pas le temps de contredire que nous frissonnons sur un dernier coup franc visiteur. Ouf, le hold-up n’aura pas excédé la caisse de la supérette du coin. Un micro-évènement me réchauffe le cœur à l’issue de la partie. Tandis que tous ses coéquipiers restent se lamenter dans le rond central, Ali Ahamada, sur le banc ce soir (belle promotion après plusieurs matchs en chaussons) vient saluer le kop des Indians et balance deux maillots à leur destination. Son nom est même scandé par ce petit groupe d’irréductibles. Ravi de constater que l’amnésie ne touche pas tout le monde. Si elle était préméditée la manœuvre de l’ancien titulaire au poste de gardien est particulièrement habile. Je me réjouis dans le même temps des tacles humoristiques de fans fidèles du TFC sur Facebook, notamment les membres du groupe satirique nommé Jouer le maintien. Je n’en citerai que le plus parlant : « On est 5ieme, EUROPÉEN, Casa prend peur et fait rentrer Sirieix. L’action qui suit, on prend un but et on retrouve notre 8ieme place ! Le boulot est fait, on a failli passer près de la catastrophe européenne ! »

Une pensée toute municipale pour le clasico
Car heureusement, en foot comme en politique, toute désillusion est susceptible de donner lieu à un débriefing plus savoureux qu’une victoire. Sur qui aurions-nous pu déverser notre bile si notre cher club avait su faire le job jusqu’au bout ? Pourvu que les dirigeants aient pu « entendre le message du public » au coup de sifflet final. Pourvu que le prochain remaniement en cours de rencontre ne provoque aucun déséquilibre et n’oppose pas ses joueurs les uns aux autres. Pourvu que les abstentionnistes forcés (Ahamada, Regattin) retrouvent la voie du terrain sous peu. Pourvu que les moutons noirs blâmant le manque d’ambition du club (Clément Chantôme à l’issue de la rencontre) soient recadrés au plus tôt. Pourvu que le tout se termine autour d’un burger constitué d’OGM du meilleur cru. Après une brève halte du côté de La Bodega, je m’éclipse du parvis du Stadium aux côtés de JM, DP, Double J et le surnommé The Kick. La marque américaine rouge et jaune saura rassasier les veaux que nous sommes. Nous évacuons d’ailleurs vite fait le gâchis du soir pour dériver sur les enjeux des élections municipales du lendemain. Le Sud-ouest n’a jamais si bien maintenu ses mystères quant au renouvellement ou non de ses édiles du côté de Cugnaux, Montauban, Balma ou…Toulouse bien sûr. Je reformule mon invitation du lendemain à destination de DP et JM : une soirée télé autour du clasico Real-Barça, agrémentée d’un focus des résultats du premier tour sur un deuxième écran. Occasion unique de mixer les émotions, certitude de voir Sergio Ramos en ballottage défavorable tandis que Jean-Marc Ayrault placera quelques frappes hors du cadre. Et d’imaginer Christophe Josse ou Grégoire Margotton dans un rôle de commentateurs politiques : « Ho là là Pierre Cohen réeluuuu, ça fait 2-0 !!! », « On le disait épuisé, déconnecté des réalités, il vient d’apporter la meilleure réponseeeeee !! ». Un monde merveilleux où il n’existerait pas de Francis Gillot pour chipoter sur l’intérêt de jouer les Européennes à fond. Ou d’Alain Casanova pour prétendre ne pas concourir à un mandat.

Classement à l’issue de la 30e journée

4e SAINT-ETIENNE 51 points +14
5e LYON 48 points +10
6e MARSEILLE 44 points +7
7e REIMS 43 points -1
8e TOULOUSE 43 points -3
9e BORDEAUX 42 points +2

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