Critique Nebraska (Allociné, 16 avril 2014)

Allociné Nebraska

-Nebraska de Alexander Payne avec Bruce Dern, Will Forte, June Squibb (USA; 2013) ****
Un vieil homme, persuadé qu’il a gagné le gros lot à un improbable tirage au sort par correspondance, cherche à rejoindre le Nebraska pour y recevoir son gain, à pied puisqu’il ne peut plus conduire. Un de ses deux fils se décide finalement à emmener son père en voiture chercher ce chèque auquel personne ne croit. Pendant le voyage, le vieillard se blesse et l’équipée fait une étape forcée dans une petite ville perdue du Nebraska qui s’avère être le lieu où le père a grandi. C’est ici que tout dérape. Rassurez-vous, c’est une comédie !

 
L’art de passer d’un état d’aigreur avancé à celui d’une insensée espérance. Le rêve de Woody a beau être perdu d’avance, il doit en avoir le cœur net et ira dans le mur si nécessaire. Jamais point de départ de scénario ne se sera appuyé sur prétexte aussi succinct. On pense éventuellement au challenge fou du vieux voyageant sur une tondeuse à gazon dans Une histoire vraie (David Lynch, 1999), oeuvre munie d’intentions sensiblement proches. À savoir le récit d’une tranche de vie à travers laquelle se soldent des comptes laissés trop longtemps en suspens. Alexander Payne creuse un peu plus le sillon (le filon ?) de ses films précédents, double la chronique sociale d’une comédie exquise, évoque l’incommunicabilité dans la sphère familiale, le poids d’une existence minée par un entourage parasite, le tout sous la forme d’un faux road movie en noir et blanc lumineux. Cela aurait pu donner un parfait petit exercice de style dans la mouvance du cinéma indépendant cher à Sundance, et ça l’est en partie. Heureusement, le propos, servi magistralement par ses deux acteurs principaux, surpasse la forme. Ce film est doté de ce petit supplément d’âme, cet ingrédient mystérieux qui distille une joie de vivre à son récepteur. Et ceci sans céder un seul instant au pathos, sans trouver la moindre excuse aux aspects détestables de ses protagonistes, sans appuyer sur les fêlures supposées. Payne contribue à nous réapprendre qu’en matière de cinéma lenteur n’équivaut pas à ennui. Quant aux cris d’orfraies qui n’ont pas manqué de surgir à propos de la façon de dépeindre les ruraux habitants d’Hawthorne en ploucs étroits d’esprit, intolérants, incultes, oui il s’agit de stéréotypes assumés, mais de ceux qui s’inscrivent dans une réalité palpable. Hostilité et fausse bonhomie confondues ne sont pas l’apanage des bourgs américains, pas plus que condescendance et ironie à l’égard de quêtes vouées à l’échec.

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