Critique Tom à la ferme (Allociné, 17 avril 2014)

Allociné Tom à la ferme

Tom à la ferme de Xavier Dolan avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu (Canada/France; 2013) ****
Un jeune publicitaire voyage jusqu’au fin fond de la campagne pour des funérailles et constate que personne n’y connaît son nom ni la nature de sa relation avec le défunt. Lorsque le frère aîné de celui-ci lui impose un jeu de rôles malsain visant à protéger sa mère et l’honneur de leur famille, une relation toxique s’amorce bientôt pour ne s’arrêter que lorsque la vérité éclatera enfin, quelles qu’en soient les conséquences.

 
Seulement vingt-cinq ans au compteur et déjà cinq films à l’actif du Québécois Xavier Dolan (celui-ci étant le quatrième tandis que son dernier est fortement pressenti pour figurer à Cannes), une véritable boulimie qui ne pâtit d’aucune trace de bâclage. Bien au contraire. Tom à la ferme reprend les thèmes qui lui sont chers (homosexualité, rapport de force entre les individus, fascination/répulsion) pour mieux s’échapper dans une forme nouvelle : le huis clos anxiogène. Le personnage principal, que Dolan se charge d’incarner, est confronté à la rudesse du monde rural, à des comportements étranges liés à la chape de plomb entourant un jeune défunt. La tension s’installe d’entrée avec vigueur, semble s’apaiser, puis redémarre de plus belle. La partition est savamment orchestrée, grâce notamment à une bande-son de choix, mais aussi à des procédés filmiques ingénieux tels le choix de plans serrés oppressants ou le mode d’apparition de chaque nouveau personnage à l’écran, toujours brut et nimbé de mystère. La forte propension au suivi des protagonistes de dos façon « caméra embarquée » rappelle le Gus Van Sant de la trilogie Gerry/Elephant/Last Days, la tension permanente se rapproche du Michael Haneke de Funny games. On pourrait même déceler ici ou là une influence Hitchcockienne. Cependant nul ne s’y trompe, Dolan livre à nouveau une œuvre très personnelle. Sans renoncer au parti pris du refus d’empathie, il offre des clés de compréhension quant aux attitudes des uns et des autres. Ainsi la séquence mettant à jour la détresse de la mère sonne comme un crochet à la face. Ajoutons une mention spéciale à Pierre-Yves Cardinal dans le rôle du tortionnaire alambiqué. Autant d’éléments qui contribue à la réussite de l’entreprise : filmer l’angoisse pure, sans l’aide d’un quelconque effet de manche ou moyen extravagant. Tout simplement brillant.

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