Critique Welcome to New York (Allociné)

Allociné Welcome to New York

-Welcome to New York d’Abel Ferrara avec Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset (France/USA; 2014) *1/2
Devereaux est un homme puissant. Un homme qui manipule au quotidien des milliards de dollars. Un homme qui contrôle la destinée économique des nations. Un homme gouverné par un irrépressible et vorace appétit sexuel. Un homme qui rêve de sauver le monde et qui ne peut se sauver lui-même. Un homme terrifié. Un homme perdu.
Regardez-le tomber.
Construit à partir d’un scandale politico-judiciaire, ce projet doublait l’odeur de souffre par l’identité controversée de ceux qui ont contribué à sa mise en boite (du réalisateur Abel Ferrara au producteur Vincent Maraval en passant par Depardieu). Dernière pierre à l’édifice du petit guide de la polémique institutionnalisée, une diffusion en apparence révolutionnaire, sessions privées et VOD. En fait d’oeuvre de contrebande que l’on se refile sous le manteau, le film s’avère très facilement accessible, sans même débourser les sept dollars requis. La technologie et l’information à grande échelle sont passées par là, un buzz chasse l’autre et la ligne blanche s’éloigne un peu plus. Pourtant toute critique tranchée de ce film est susceptible de vous cataloguer : adorez-le et on vous suspectera de condescendance vis-à-vis de la pornographie entourant le personnage principal, de succomber au seul plaisir d’assister à la décadence d’un homme politique d’envergure ; détestez-le et on vous taxera à l’inverse de puritanisme bien-pensant, de rejeter par principe l’atteinte à l’honneur d’un homme public à propos de faits divers n’ayant pas livrés leurs vérités. Comme si l’objet était impossible à juger en dehors de la réalité qu’il prétend dépeindre. De fait les premières vagues de protestations et d’adulations parsemées sur les sites spécialisés vont dans ce sens binaire : satisfaction de voir épingler la vie dissolue de l’ancien homme fort du FMI contre condamnation de l’existence même du film, le tout agrémenté de collages de superlatifs sans demi-mesure (soit un chef d’œuvre soit une bouse innommable) et surtout sans étayage argumentatif. Beaucoup vont même jusqu’à créer un compte pour l’occasion, d’où l’afflux sur Allociné de profils dont la seule critique a été « inspirée » par Welcome to New York. Un règlement de comptes entre opposants et partisans d’une cause plus qu’un débat de cinéphiles.
Une seule solution pour éviter cet impair : faire abstraction de la version des faits retenu ici (en l’occurrence celle de Nafissatou Diallo augmentée de témoignages d’anciennes maitresses ou victimes du prédateur sexuel) pour se concentrer sur les aspects purement cinématographiques.
D’ailleurs l’exercice est bien plus facile qu’on pourrait le croire, ceci grâce à Gérard Depardieu, à son détriment. Son allure pataude, sa lourde respiration, son parler vulgaire, sa diction si caractéristique, on a beau regarder à plusieurs fois on ne voit guère d’incarnation sinon celle de Depardieu fidèle à lui-même, semblable à ce qu’il offre dans ses rôles les plus récents. Oui, il ne joue pas, comme il l’affirme dans ce prologue incongru qui le voit répondre à une flopée de journalistes de fiction. Dommage d’être désormais prisonnier de ses tics, son enveloppe corporelle, surtout lorsqu’on a la prétention de couvrir une si large gamme de rôles. Lors d’une première demi-heure insipide les scènes de crudité sexuelle s’enchainent, s’étalent dans les grandes largeurs, gratuites, creuses, dénuées de construction narrative ou d’ascension. Mais la scène censée être le pivot de l’intrigue, la confrontation avec la femme de chambre, est expédiée en deux minutes, ne laisse planer aucun doute, aucune ambigüité dans son déroulement. Le ton rigolard et festif du début évolue vers le désenchantement, le récit n’en demeure pas moins laborieux, faute à un assemblage mal pensé (flash-backs sans aucune utilité, longueur de la fouille au commissariat). Une photographie très sombre achève le tout. Quelques éclaircies néanmoins lorsque Ferrara discerne enfin sa cible : Simone, incarnation d’une Anne Sinclair au sens du compromis et de la compromission très élevé. Lors des échanges du couple elle prend pour elle le côté sombre de la force, tandis que ce « pauvre » Devereaux se transforme en victime, que ce soit des pressions, de ses bas instincts, d’ambitions extérieures envahissantes. À défaut de sonner justes ou crédibles, ces dialogues ont le mérite de dessiner un véritable angle au film. Les amateurs de Ferrara auront reconnu son tropisme prononcé pour la rédemption. Il pousse le procédé jusqu’à conclure son film par un échange innocent entre son héros fautif et une domestique de sa prison dorée. Deux heures pour ne rien dire de plus que cela ? Difficile de comprendre la motivation ayant poussé ce cinéaste iconoclaste dans une telle entreprise. Si c’était pour recycler ses propres obsessions à quoi bon s’attaquer à un sujet sur lequel tout a déjà été écrit ?

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