Critique Dans la cour (Allociné)

Allociné Dans la cour

-Dans la cour de Pierre Salvadori avec Catherine Deneuve, Gustave Kervern, Féodor Atkine (France; 2014) **
Antoine est musicien. A quarante ans, il décide brusquement de mettre fin à sa carrière. Après quelques jours d’errance, il se fait embaucher comme gardien d’immeuble. Jeune retraitée, Mathilde découvre une inquiétante fissure sur le mur de son salon. Peu à peu, son angoisse grandit pour se transformer en panique : et si l’immeuble s’effondrait… Tout doucement, Antoine se prend d’amitié pour cette femme qu’il craint de voir sombrer vers la folie. Entre dérapages et inquiétudes, tous deux forment un tandem maladroit, drolatique et solidaire qui les aidera, peut-être, à traverser cette mauvaise passe.

 
Au moment où l’on croyait tenir un objet rare et tendre, nous réalisons que nous sommes face à une œuvre qui use de toutes les ficelles éculées du cinéma français de notre temps, tendance comique bourgeois. Cette plongée dans le quotidien d’un immeuble et les diverses loufoqueries du voisinage commençait plutôt bien. En premier lieu le personnage du gardien joué par Gustave Kervern, attachant malgré son expression bougonne qui ne varie pas d’un iota du début au générique de fin. Partir de ce paradoxe selon lequel c’est l’être le plus brisé de tous qui saura remettre de l’effervescence dans le décor n’était pas des plus originaux, mais avait la vertu de référer à un vécu dont nous avons tous un témoignage en tête. Une très forte empathie se dégage pour ses péripéties, puisque c’est à travers ses yeux que nous est dévoilé progressivement la galerie de portraits des locataires : une vieille femme anxieuse à la recherche d’une cause à défendre ; un mari rigide ; un cadre supérieur irascible ; un sans-abri affilié à une association douteuse ; un branleur vivant de bric et de broc. Pour aussi crédibles et palpables qu’ils soient les uns les autres, ils ne franchissent jamais la petite limite pouvant leur apporter une vraie consistance. Si l’on rit à certains moments, les situations ne dépassent pas non plus le cadre de l’anecdote ni du gag téléphoné (le chien qui mange la maquette confiée par le cadre). Or les vingt dernières minutes achèvent de détourner le propos initial, se vautrant dans la solution de facilité pour mieux convaincre de sa profondeur. Le drame pur et simple de quelqu’un tombé dans l’anonymat pour ne pas avoir supporté les paillettes naissantes. Là où des suggestions et une fin ouverte auraient pu laisser le spectateur libre d’imaginer l’issue du combat du héros avec ses démons, on privilégie la recherche du pathos le plus élémentaire. À ce titre la séquence où Antoine est rattrapé par son passé (rencontre de son ex) provoque un malaise teinté davantage de gêne que d’émotion. Reste une esthétique fouillée et lumineuse par instants (le cauchemar animé) et quelques répliques bien senties. Retenons celle du personnage de Catherine Deneuve au moment de recruter Antoine dans sa loge : « Je préfère les gens pas sûr d’eux, parce que du coup ils s’appliquent. » Ce fut assurément le cas du minutieux Pierre Salvadori, hélas son mélo se noie dans la masse des productions du même acabit.

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