Pourquoi Messi 2010 était (quasiment) meilleur que Messi 2014 (Be In Sports Your Zone)

Lors de la coupe du monde en Afrique du Sud, il n’avait pas marqué le moindre but. Cette année, il en a inscrit quatre…tous au premier tour. L’arithmétique suffit-elle à conclure que le numéro 10 argentin a réalisé une grande compétition ? Selon la FIFA oui, selon beaucoup d’observateurs le problème est ailleurs. Jamais revenu à son top niveau depuis ses blessures, le feu follet voit son influence sur le jeu s’amenuiser, aussi bien au Barça qu’en sélection.
Et si pour solder la polémique, il fallait seulement comparer Messi à Messi ?

 

« Le scandale absolu ». Lundi 14 juillet, lendemain de finale de coupe du monde. Pourtant réputé pour peser ses mots, Vincent Duluc, journaliste phare de l’Équipe tire à boulets rouges sur le prix démagogique de meilleur joueur du mondial attribué par la FIFA à la star albiceleste. Un couronnement insensé pour un joueur incapable de peser sur le sort des rencontres de son pays depuis les quarts de finale. Au point de paraitre un cran encore en-dessous lors de l’ultime rencontre, alors que certains de ses coéquipiers, semi-inconnus avant le mondial, comme Zabaleta, Garay, Rojo ou Biglia élèvent leur niveau pour longtemps retarder le succès annoncé de l’Allemagne. Sans affirmer que Messi n’a été ni bon ni décisif (la victoire arrachée dans les arrêts de jeu contre l’Iran ou le doublé contre le Nigeria prouvent le contraire), nous irons plus loin que la célèbre plume du quotidien sportif : non seulement le génial lutin n’a pas mérité ce trophée individuel sur cette compétition, mais il a même été en deça de ses performances quatre ans plus tôt. Pas convaincu ? Regardons-y de plus près, en prenant en compte les différents contextes de chaque époque, les équipiers évoluant à ses côtés, le style de jeu de la sélection etc.

Être à l'origine d'un but de Martin Palermo ce n'est quand même pas donné à tout le monde.

Être à l’origine d’un but de Martin Palermo ce n’est quand même pas donné à tout le monde.

Jeu orienté par lui contre jeu orienté pour lui
Tout un peuple retient son souffle dans les derniers instants d’Allemagne-Argentine. Un coup franc intéressant s’avère la dernière possibilité d’égalisation pour les Sud-Américains. Messi à la manœuvre, comme une évidence. Un rôle de sauveur « naturel » que personne ne vient lui contester. Le voilà qui botte ce dernier ballon une bonne trentaine de mètres au-dessus de la cage de Neuer. Personne ne le lui reproche, impensable de signifier à « Dieu » ses limites. Quand bien même l’élu aura traversé la finale comme une âme en peine, comme aspiré dans un trou d’air dont on ne sort jamais. Briller ou faire briller il faut choisir. En 2010, Diego Maradona avait décidé pour lui. Les errements tactiques de l’équipe du Pibe de Oro ne doivent pas nous faire oublier sa louable initiative : placer Messi dans un véritable rôle de meneur de jeu. Ainsi le dribbleur endiablé serait moins celui qui reçoit les ballons à l’abord de la surface, que celui qui les draine vers sa ligne offensive. Un échec ? À relativiser. Avant le naufrage contre l’Allemagne en quarts de finale (0-4), l’Argentine a inscrit dix buts en quatre rencontres, dont sept impliquent directement ou non la perle du Barça. La comparaison avec 2014 tient la route, avec un programme au premier tour qualitativement égale sinon supérieur à celui de cette année (Nigeria, Grèce, Corée du Sud) et idem pour le huitième de finale (Mexique contre Suisse).

Le passage de Maradona comme sélectionneur aura laissé sceptique, mais il aura eu le mérite de secouer son successeur.

Le passage de Maradona comme sélectionneur aura laissé sceptique, mais il aura eu le mérite de secouer son successeur.

Alors qu’elle a disputé deux rencontres de plus au Brésil, l’albiceleste a produit deux réalisations de moins. La faute à pas de chance ? Ou à un jeu tourné de manière obsessionnelle vers son numéro 10 ? À ce titre, la sortie d’Ezéquiel Lavezzi à la mi-temps de la finale sonne comme une énigme. Le joueur du Paris SG réalisait une prestation pleine d’allant et pesait lourdemment sur l’arrière-garde allemande. Au point d’éclipser un peu trop Messi ? En l’absence de Di Maria, se priver de la plus-value de Lavezzi sur les ailes confine au suicide créatif. Ce soir-là le jeu très plaisant des argentins n’excèdera pas les quarante cinq premières minutes. Là où Maradona sélectionneur sacrifiait lourdemment l’impact au milieu de terrain, Sabella choisissait de miner sa ligne d’attaque par manque d’audace. Le fait que Messi n’ait pas inscrit le moindre but en 2010 peut s’expliquer par sa position reculée, ses frappes déclenchées de très loin (30 tirs dont 50% cadrés sur l’ensemble de cette compétition), tout en se heurtant aux facteurs irrationnels, et pourtant humains, du football : qu’une frappe sur le poteau flirte avec la ligne sans la franchir, que des gardiens quelconques sortent des arrêts faramineux au moment M. Bref, cette donnée chiffrée ne peut s’analyser de manière brute tant son impact sur le parcours de l’Argentine fut total en 2010, alors même que son coach ne l’avait pas mis dans des dispositions familières. Peut-on affirmer sérieusement qu’il a guidé son pays jusqu’à la finale cette année ?

Comme le démontre ce montage avisé, La Pulga a été plus que déterminant dans le jeu argentin en 2010.

L’art délicat de faire régresser les autres
Si seulement un des joueurs offensifs albiceleste, de ceux cartonnant toute l’année sur le circuit européen, avait été à un niveau seulement décent nous rangerions au rang d’anecdotes les buts du numéro 10 au premier tour. Higuain a de nouveau démontré sa faiblesse mentale dans les grands rendez-vous, Agüero a envoyé son fantôme au Brésil, Di Maria a été contrarié par des problèmes physiques, Lavezzi a agréablement surpris mais trop souvent dû se sacrifier pour le collectif. Il n’y avait pas cette année d’attaquant au profil de Carlos Tevez, capable d’inscrire des buts venus d’ailleurs quand la densité du jeu rendrait la surface de réparation inabordable ou de Diego Milito, froid exécuteur surgissant de nulle part.
Il y a quatre ans toutes les réflexions portaient sur la capacité de Messi à afficher le même niveau de jeu en sélection qu’au Barça. Depuis le parcours éliminatoire pour se dégager un chemin vers le Brésil, l’interrogation a disparu. L’inquiétude porte à présent sur les hommes partageant la ligne d’attaque avec lui.
Le conflit concernant Tevez et la sélection est une chose, la régression des autres armes offensives des bleus ciels une toute autre affaire. Revient alors en mémoire les difficultés de chaque nouvelle recrue offensive du Barça pour s’épanouir dans « l’équipe de Messi ». Étrangement Samuel Eto’O avait vu son rendement diminuer dés lors que l’Argentin eut pris les manettes du jeu catalan. Sort identique pour Thierry Henry ou Zlatan Ibrahimovic, ce dernier déclarant clairement dans sa biographie qu’il doit son semi-flop au Barça aux manœuvres de couloir du feu follet pour convaincre Guardiola de modifier le système de jeu au désavantage du Suédois. Le déroulement de la saison 2009-2010 va dans ce sens : Ibra totalisait déjà sept buts en liga après huit journées, il n’en ajoutera que neuf jusqu’à la fin de la saison. Entre-temps le Barça avait basculé d’un 4-3-3 à un 4-5-1, sacrifiant aussi son efficacité d’ensemble : 23 buts inscrits lors des huit premières journées contre 14 pour les huit suivantes. Quant à Messi, il s’épanouira davantage aux côtés des jeunes et disciplinés Bojan et Pedro jusqu’à la fin de saison. D’où la célèbre expression du zlataneur à Pep Guardiola : « Tu as acheté une Ferrari mais tu la conduis comme une Fiat. » Si certains sont assez naïfs pour croire que la soudaine « explosion » barcelonaise de Neymar l’hiver dernier, soit pendant la période d’indisponibilité de Messi, tient de la coïncidence libre à eux…

Première exultation après un match plein contre la Bosnie, la suite sera moins reluisante.

Première exultation après un match plein contre la Bosnie, la suite sera moins reluisante.

Lionel Messi le gentil au cœur pur qui la joue collectif, Cristiano Ronaldo l’arrogant aux dents longues forcément égoïste, les étiquettes ont été collées depuis longtemps et restent engluées. Et qu’offre-t-on à un petit garçon triste en cas de défaite ? Un lot de consolation, telle une nomination de meilleur joueur où il aura été cahin-caha. Et que dire du jeu argentin dans sa globalité ? Nous n’avions plus vu une sélection albiceleste aussi pauvre en créativité depuis le mondiale 1990. Alors comme ça non seulement son chef d’orchestre ne serait pour rien dans les lacunes constatées, mais il serait au contraire porteur de qualités inversement proportionnelles au rendu. Quitte à couronner un membre de l’équipe battue en finale, Javier Mascherano aurait eu plus fière allure, lui qui a tenu à bout de bras un secteur défensif que l’on n’avait pas connu aussi performant depuis…1990. À cette époque, il n’était pas envisageable d’honorer un Maradona poussif du titre de meilleur joueur.

Argentine-Pays Bas, match des plus fermés, avec un Blind plus clairvoyant que les votants de la Fifa.

Argentine-Pays Bas, match des plus fermés, avec un Blind plus clairvoyant que les votants de la Fifa.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s