Top 10 Chansons Peu Connues d’Indochine – Partie 2

N°5 Vietnam Glam (1993, Un Jour Dans Notre Vie).

Le succès commercial de sa première compilation (le terme best of était encore peu usité pour la chanson française), le fameux Birthday Album sorti en 1992 pour ses 10 ans d’existence, a eu l’effet contre-productif de catégoriser le groupe comme un vestige du passé. Ce n’est pas l’inédit « La Guerre Est Finie », inopportunément débarqué à l’orée de la guerre du Golfe, qui va bouleverser la donne. La formation se cherche après un rythme de production très (trop) important durant les 80’s (cinq albums en huit ans), ce qui laisse le temps à Nico Sirkis de publier un opus solo nommé « Dans La Lune », comportant essentiellement des reprises de ses chansons de chevet. La confusion sera encore plus grande alors au niveau médiatique où on le présente comme un ex-Indochine. Il est temps de se remettre aux fourneaux pour mettre à l’heure public et critiques. Hélas, l’album Un Jour Dans Notre Vie souffre d’un manque d’identité, par son positionnement à cheval entre gentilles bluettes et sonorités plus rock. La métamorphose attendra le triptyque Wax-Dancetaria-Paradize.

Surnage néanmoins quelques titres dont ce « Vietnam Glam » qui propose une cavale saturée en pleine jungle vingt ans après le retrait des troupes américaines. Les paroles, en plus de rappeler les origines de son nom, ont une portée politique rarement atteinte dans la carrière du groupe, Les Tzars mis à part.
En passant spéciale dédicace à une amie, oui oui le Vietnam et l’Indochine c’est le même pays.

N°4 Un Homme Dans La Bouche (2005, Alice & June).

Pris par l’impératif de surprendre après le colossal triomphe « revival » de l’album Paradize et de l’interminable tournée qui a suivi, Indo se lance dans le périlleux exercice du double album avec Alice & June. Les thèmes explorées sont dans la droite lignée de son prédécesseur, l’énergie rock franchit un palier supplémentaire, mais le groupe se prend les pieds dans le tapis du concept album. Un équilibre trop inégal entre les deux disques (« Alice » monopolise les morceaux les plus porteurs), un empilage de collaborations hétéroclites qui s’alignent sur le son des artistes-invités (Placebo, Wampas, Aqme, Scala) plus qu’elles n’immergent ceux-ci dans leur univers, quelques titres faibles et anecdotiques alourdissant l’ensemble (l’horrible « Vibrator » et la niaise contine « Tallula ») : bref un patchwork difficilement écoutable sans ciller dans son intégralité.

La piste 9 du CD « Alice » termine de convaincre les plus sceptiques pour ce qui est du changement de dimension d’Indochine depuis le milieu des 90’s. Avec sa batterie lourde proche de l’indus, son climat captivant, sa solide explosion finale, ce titre touche au sublime. Comme si le groupe assumait totalement (enfin !) ses influences anglo-saxonnes contemporaines, des Smashing Pumpkins à Nine Inch Nails en passant par Marilyn Manson.
Assurément un des sommets d’une galette largement critiquable par ailleurs pour son agencement douteux et le côté factice de son concept.

N°3 Atomic Sky (1999, Dancetaria).

Comme dit précédemment, Dancetaria est l’album à la fois le plus cohérent, de niveau homogène et chargé en émotions de la carrière d’Indochine. On relève seulement de menus faiblesses ici (le titre « Venus », plus une gimmick qu’une vraie chanson) et là (« Le Message » qui clôt l’opus à contre-courant de l’ensemble).

C’est donc logiquement qu’un deuxième extrait de cette galette se glisse dans ce top 10 des peu connues méritant un meilleur sort. À côté des arrangements électroniques voire technoïdes de morceaux tels « Dancetaria » ou « Manifesto », ce « Atomic Sky » choisit la sobriété mais ne manque pas de relief pour autant. Un premier couplet tout en douceur, accompagné d’un petit riff accrocheur, un refrain sans fioritures puis un deuxième couplet à l’agressivité sous-jacente. Les mots simples ne sauraient masquer longtemps la souffrance de l’état stationnaire suivant la perte d’un aimé ou la rupture. Et déjà les promesses de retrouvailles (dont regorgera dans la foulée l’album Paradize) dans un autre espace temps, une autre sphère, un endroit idéal. Le fantasme d’un eden défiant l’impossible.

N°2 Une Maison Perdue… (1987, 7000 danses).

Ayant obtenu une légitimité critique et scellé sa place dans la variété française avec l’album nommé 3 en 1985, Indochine se sent enfin libéré du difficile héritage de « L’Aventurier ». Non, nous ne sommes pas face à un One Hit Wonder Band ni à un groupe déclinant une formule ciselée à l’envie. 7000 Danses va aller à l’encontre de l’uniformité schématique des tubes de son prédécesseur (« Troisième Sexe », « Trois Nuits Par Semaine », « Tes Yeux Noirs », « Canary Bay »). Finis les boites à rythmes et les synthétiseurs outranciers, bonjour l’intronisation d’une batterie digne de ce nom, d’une tonalité plus sombre et romanesque. Avec ses neuf pistes aussi différentes qu’intemporelles (dont six dépassent allègrement le temps standard de 4 minutes alloué alors aux singles), l’album semble raconter une histoire globale de près de trois quart d’heure. Très sous-estimé à sa sortie, l’opus a été largement réévalué depuis.

Cet extrait conclut un récit débuté comme une mélodie enchanteresse (« La Bûddha Affaire »), parsemé d’obstacles plus incongrus les uns que les autres (« Les Citadelles », « Les Tzars »), d’une quêtes initiatique (« La Chevauchée Des Champs De Blé »), d’un virage à 180° (« Il Y A Un Rique Le Mépris ») avant de se crasher dans un foutoir cosmique (« La Machine à Rattraper Le Temps », « Un Grand Carnaval ») doublé d’un message prophétique inquiétant (« 7000 danses »).
D’où cette conclusion qui amortit la chute, se propose de cicatriser les plaies tout en dévoilant une nouvelle fêlure. « Une Maison Perdue » dit au revoir aux années insouciantes et annonce d’inexorables complications. Peu de temps après, Dimitri Bodianski et son saxophone si bien mis en valeur sur cet album jettera l’éponge, miné par une médiatisation à laquelle il ne pouvait plus faire face.

N°1 Wuppertal (2013, Black City Parade).

Certes ce choix de conclure sur un titre issu du dernier album en date peut paraitre un peu présomptueux, puisque rien n’assure que l’exploitation de singles issus de l’opus soit terminée. Mais il était impossible de passer sous cape ce petit joyau sorti pendant l’hiver 2013. Après un Alice & June (2005) à la longueur dure à ingurgiter et une République Des Météors (2009) au son heavy perturbant les fans originels, cette Parade dans une Ville Noire constitue une espèce de synthèse idéale entre les différentes facettes du groupe. Des mélodies pop évidentes (« College Boy », « Le Messie », « Kill Nico ») côtoient des morceaux électroniques enlevés (« Belfast ») et des structures progressives sophistiquées (« Memoria », « Le Fond De L’air Est Rouge »). Les thèmes dominants nous replongent dans l’essence du groupe, cette invitation constante aux voyages, à la tolérance, l’insouciance.

Comment imaginer qu’un titre aussi ambitieux et singulier que « Wuppertal » puisse dépasser le succès d’estime ? La chanson aborde une reconstruction personnelle à travers la danse, mais elle touchera tous ceux étant passés par une remise en cause profonde de leur existence, ceux ayant vaincu leurs appréhensions pour pouvoir s’accomplir totalement. Les composantes du morceau sont troublantes et inhabituelles, à commencer par cet intro en allemand comme sortie d’un vieux tourne-disque, puis l’irruption de la voix de Nicola Sirkis, beaucoup plus grave qu’à l’accoutumée, cette absence de refrain, cette façon de croiser une batterie agressive avec un piano chatoyant. Cela donne ni plus ni moins qu’une aventure symphonique nous transportant vers les cieux. Une façon de marcher sur l’eau comme une autre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s