My Own Private Festival 2014 – 3e Présélection Séquence Court-Métrage vue du jury Septembre 2014 (Arte Creative)

Dimanche 14 septembre (Cinéma ABC)

Une fois n’est pas coutume, la projection comprenant le jury du festival Séquence ne fermait pas la marche de la présélection. Cette séance clôt seulement les diffusions au sein de l’ABC, puisque le public aura l’occasion de choisir ses courts-métrages préférés jusqu’au 1er octobre, de Ramonville à Foix en passant par Lavaur, Auterive…et Toulouse une fois de plus (au Cratère). Autant dire que les finalistes retenus pour novembre ne devront rien au hasard.
La question emblématique d’Alain E. (« Qui vient à une projection de Séquence pour la première fois ? ») révèle une proportion d’habitués nettement supérieure à la moyenne. Peu de personnes présentes parce qu’elles ont vu de la lumière ou en quête de mondanités, c’est aussi ça Séquence : un festival centré sur le cinéma, sans tromperie sur la marchandise.

La virée à Paname

La virée à Paname

Les films présentés
Le rideau s’ouvre sur la plus grosse curiosité de la sélection. Ennui ennui navigue de manière incontrôlable entre l’humour absurde et la quête anthropologique détournée de sa visée. Certaines scènes divisent ostensiblement la salle : fous rires d’un côté, regards interloqués de l’autre. Un film assurément clivant. Soit tout l’inverse de Je suis un tombeur, dont la construction narrative (autant que sa durée) rappelle un épisode de la série Bref. Ce numéro d’auto flagellation d’un goujat se perdant dans les arcanes de son cerveau fonctionne à merveille. Certains membres de l’espèce masculine s’y reconnaitront dans les grandes lignes, si peu glorieux soit le héros.
Le troisième CM, La virée à Paname, s’ancre davantage dans la réalité que ses prédécesseurs, celle d’un adolescent de banlieue qui rêve de franchir des barrières sociales, ne serait-ce qu’en se dégageant un trou de souris. Si le chemin parait de prime abord ouvert, les blocages symboliques contrecarrent sa volonté (voir par ailleurs).
Clip d’animation cosmique, Invasion vaut autant pour sa musique techno entrainante que sa vision d’un futur chaotique. L’apparente frivolité de la forme n’altère pas la teneur du fond.

Le propos d’Aïssa est de prime abord flou, à l’inverse de son image épurée. Pourtant la gêne apparait à mesure que la caméra vient scruter l’intimité d’une jeune fille en visite médicale approfondie. La froideur clinique du débit verbal suggère un rapport de force entre l’orateur et l’analysée. Les derniers instants viendront confirmer la nature d’une consultation loin d’être anodine. L’ambiance bande-dessinée de Vigia rompt avec la sensation de malaise de son prédécesseur. Sur fond de pédagogie environnementale, un grand-père raconte les turpitudes rencontrées par les abeilles avec l’arrivée du modernisme. Une sorte de fable de LaFontaine revisitée, comportant elle aussi cette fameuse double lecture. À savourer avec du miel sous la main.
Moonlight Serenade avait la rude tâche de clore la sélection. Cette comédie de situation se jouant des stéréotypes et des codes du vaudeville, aura obtenu des réactions très positives du public. Selon le schéma toujours porteur de la journée où rien ne se passe comme prévu (sauf par l’horoscope) et la faculté à rassembler tous les personnages au même endroit pour le dénouement. Une légereté finalement apaisante et bienvenue.

Le film coup de coeur
Parler de la banlieue. En voulant sortir des idées reçues, tout en intégrant des réalités sociales omniscientes. Cette frontière invisible donnant l’impression qu’il y a un gouffre infranchissable entre Paris et sa proche périphérie. Ainsi la professeur d’expression littéraire et théâtrale de La virée à Paname se rend aisément en banlieue pour dispenser ses cours, mais le chemin inverse est plus dur à accomplir pour le plus passionné de ses élèves. Plus qu’à l’accueil fébrile d’un milieu social inconnu, il fait face à l’incompréhension de son propre milieu. À quoi bon souhaiter défricher un nouveau terreau prometteur mais incertain, quand on peut se recroqueviller sur un quotidien restreint mais protecteur ? Il saura trouver un équilibre à sa quête d’épanouissement : laisser court à ses velléités d’écriture tout en intégrant son cadre social dominant dans l’équation. Ce CM laisse entrevoir une belle sensibilité sans verser dans la sensiblerie, touche par la crédibilité des résonances de ses dialogues, pointe les risques de l’auto-sabordage sous la pression d’un entourage oppressant. Une tranche de vie qui effleure les fêlures sans appuyer explicitement dessus.

Le vote du jury
Comme le veut la tradition Séquence, un film surprise d’une dizaine de minutes a été projeté au public. Pendant ce laps de temps l’organisation décomptait les votes tandis que le jury s’affairait à décortiquer la sélection sous tous les angles. Les débats ont reflété les différentes sensibilités de ses membres, évoluant dans des univers artistiques divers et ayant tendance à relever certains points plus que les autres. À qui s’attache davantage à la qualité technique, à qui au jeu des acteurs, à qui au scénario ou à la portée sociale de l’oeuvre. Ennui ennui est salué pour sa créativité, mais irrite quelque peu par la redondance de ses gags. Au final, le jury s’accorde à évaluer sa durée (34 minutes) comme rédhibitoire pour figurer dans la compétition française de novembre. Malgré son indéniable efficacité, Je suis un tombeur n’a pas recueilli plus qu’une mention honorable. Si certains apportent des nuances au jeu de ses comédiens et au traitement stéréotypé de son thème, La virée à Paname est le premier film apprécié à l’unanimité du jury. En revanche le côté clipesque d’Invasion et son sujet portant sur un débarquement de zombies l’élimine de la course. Simplement un morceau musical hypnotisant ou un véritable court-métrage ? Le clivage est resté stérile. Peu de contradiction pour Aïssa, dont le thème et l’image épurée ont conquis l’assistance. Seuls deux voix manqueront à l’appel au moment de désigner les deux lauréats. Vigia se pose en sérieux outsider, grâce à son savant mélange entre fraîcheur de la forme et gravité du fond. Quant à Moonlight Serenade, son côté kitsch séduit sans toutefois compenser ses limites intrinsèques, telles des interprétations en roue libre.
Le verdict tombe : la préférence échoit à la consultation médicale policière d’Aïssa et l’abeille au destin contrarié de Vigia.

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