Critique Saint Laurent (Allociné)

Allociné Saint-Laurent

Saint Laurent de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel, Louis Garrell, Jérémie Renier, Léa Seydoux (France; 2014) ***

1967 – 1976. La rencontre de l’un des plus grands couturiers de tous les temps avec une décennie libre. Aucun des deux n’en sortira intact.

Comment aborder ce film sans établir une comparaison avec l’autre biopic sorti début 2014 au sujet du grand couturier ? Un même timing de tournage, des points communs évidents comme ce parti pris de se concentrer sur une période faste plutôt que de retracer une vie en long et en large, une emphase mise sur les mêmes collections célèbres, une galerie commune de personnages secondaires etc. Et pourtant ce sont d’abord les différences de traitement qui sautent aux yeux du spectateur ayant encore en tête la première version : là où le film de Jalil Lespert sacrifiait à quelques codes esthétiques consacrés et à une teneur somme toute romantique, celui de Bonello dresse un portrait sans concessions et donne à voir un héros dépouillé de ses idéaux. Quelques scènes pourraient marquer durablement l’histoire du cinéma français : une overdose inattendue (n’en disons pas plus), des fêtes débridées tissant le lien entre l’artiste et son époque, des coups de folie livrés à l’état brut…Le tout valorisé par un montage aussi classiciste que dynamique, une bande son de qualité et des acteurs au diapason. Tous les choix de narration sont plus vifs, plus tranchés que ceux de son prédécesseur, tel ce brillant split screen en guise d’ellipse pour survoler certaines années : à gauche les événements sociaux constituant le tournant majeur entre les années 60 et 70, à droite la loi des saisons obligeant sans cesse les modes à se renouveler. Il y a incontestablement du Scorsese dans ce savant équilibre entre moments d’intimité et grandiloquence publique, surtout dans cette fluidité pour passer des uns aux autres. L’ensemble de l’œuvre pose d’ailleurs des jalons avec un certain cinéma américain. Impossible de taire LA polémique de ce second jet, l’incarnation de Pierre Bergé dans cette aventure humaine : de touchant, sensible, victime empathique dans le Yves Saint Laurent de début d’année il passe à businessman féroce, colérique, limite tortionnaire dans cette version. Sans gommer totalement les aspects précédents il est vrai, oui mais voilà, il faut ajoutez à cela la place importante prise par l’amant Jacques de Bascher, égérie de Karl Lagerfeld, dont on suggère ici qu’il pourrait être le vrai grand amour de YSL. Un ingrédient de plus pour confirmer ce volet dans ses velléités de biographie non-autorisée, tandis que celui de Lespert passe pour institutionnel au vu de l’agrément des principaux concernés. À chacun de mettre à l’épreuve sa sensibilité pour établir sa préférence entre deux univers aussi contrastés, il n’est pas interdit non plus de les considérer complémentaires, deux faces pour décrire une iconoclaste figure.

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