OM-TFC, pile à côté (Fou de Foot)

À moins d’un éventuel match nul, ce rendez-vous dominical au Stade Vélodrome devait sceller la fin de série pour une des deux équipes de L1 les plus fringantes avant la trêve internationale. Le sort a rapidement basculé en faveur d’Olympiens, vainqueurs sans trembler malgré un TFC vaillant en deuxième période.

Nul à domicile, victoire à l’extérieur. Depuis quatre journées, les Toulousains nous ont habitué à cette façon peu orthodoxe d’engranger les points. Ils ont ainsi suscité des espérances bien plus vives que ce qu’augurait le calendrier de septembre/octobre. Qui aurait dit de l’enchaînement Rennes/PSG/Saint-Étienne qu’il déboucherait sur le doublement des unités acquises lors des six premières journées (sept + sept = quatorze et une 8e place à la clé) ?

Après le parfait coup réussi à Geoffroy-Guichard (5 octobre), la perspective de la coupure « Éliminatoires Euro 2016 » sonnait comme une épine dans la dynamique violette. Était-il possible de maintenir ces belles dispositions chez le leader marseillais ?

TFC OM-TFC 19-10-2014 Affiche du match

La notion de test… oui mais pour qui ?

Durant ces deux semaines sans compétition, les violets n’avaient pas totalement disparus, ni ne s’étaient murés dans le silence. Un en particulier prit la parole de manière inopinée, brisant une des règles tacites du footballistiquement correct. Au moment où on ne l’attendait plus, Ali Ahamada s’épanchait dans les colonnes de L’Équipe (édition du 10 octobre 2014) au sujet de sa brutale rétrogradation dans la hiérarchie des portiers en janvier dernier : « Dès que Zac est arrivé, on m’a mis à l’écart. J’ai été sorti du groupe, soi-disant pour ne pas qu’il se sente mal à l’aise. Ma mise à l’écart c’est clairement parce que je n’ai pas prolongé. J’étais dans une période où mes performances étaient moins bonnes, c’est vrai. Mais ils étaient déjà à la recherche d’un gardien bien avant. Comme je n’ai pas prolongé, les dirigeants ont dû donner l’ordre à Casanova de ne plus me faire jouer ». Nous avions déjà pointé le manque de transparence sur cette situation conflictuelle peu coutumière du club Haut-Garonnais, véritable bombe à retardement qui a donc fini par être dégoupillée. Dans la foulée, l’ancien titulaire aurait été recadré de plus belle par dirigeants et même par certains coéquipiers. Sentence ultime d’Olivier Sadran, en tout cas relayée par les médias spécialisés, la promesse que le nom Ahamada ne figurera même plus sur une feuille de match. Autrement dit il ne bénéficierait même pas des vitrines Coupe de France/Coupe de la Ligue, compétitions allouées par convention au gardien numéro deux. Marc Vidal grand gagnant de l’affaire ?

En ce dimanche 19 octobre ensoleillé comme une fin juin, la polémique est déjà noyée sous un flot de nouvelles questions : l’OM accomplira-t-il le grand huit ? Toulouse confirmera-t-il soin aisance à l’extérieur ? Le travail de sape a payé sur les médias nationaux qui n’évoquent plus le TFC comme une victime désignée, mais parlent dans une belle unité de « test grandeur nature » pour la formation du « mage » Bielsa. Certes Saint-Etienne avait déjà plié devant l’armada alignée invariablement par l’Argentin (le onze type sera encore de la partie pour ce rendez-vous), mais cela venait trois jours après un déplacement diabolique en Europa Ligue. C’était écrit. En cas de succès l’OM s’afficherait candidat au titre, comment pourrait-il en être autrement avec un total de 25 points sur 30 possibles ? À se focaliser sur cet angle, les analystes oubliaient de considérer la tendance du premier quart de championnat toulousain : s’incliner (Nice, Bastia, Reims) ou ramer (Evian TG, Caen) devant des « petits » (les cinq équipes mentionnées sont classées actuellement entre la 12e et la 18e place) tandis que les joutes avec les présumés « gros » débouchaient sur des prestations d’éclat. En cas de tonitruante victoire en terres phocéennes, les violets graviteraient autour de la 4e place, relanceraient le mythe européen entretenu par une frange de supporteurs et accessoirement les enjeux de la Ligue 1 toute entière.

TFC OM-TFC 19-10-2014 Gignac Celebration

On n’est jamais mieux crucifié que par ses anciens.

Première mi-temps en dedans

Le vrai suspense se situait dans cette capacité à faire déjouer les cadors du championnat. À maîtriser le milieu de terrain grâce à ce 3-5-2 qui ne fait plus rire personne. La trêve internationale ne fit pas de miracle sur les organismes, l’entraîneur devait une nouvelle fois se passer des services de Spajic, Didot et Matheus, trois hommes considérés comme membres de l’équipe-type à l’orée de la saison dont les absences n’auront pas trop coûté. Ajoutons aussi les forfaits prolongés de Roman et Tisserand, sur lesquels tout verdict serait présomptueux.

L’effectif à la disposition d’Alain Casanova restait suffisamment qualitatif pour offrir autre qu’un rôle de sparring-partner à l’ogre marseillais. Ainsi le trio défensif Moubandjé-Grigore-Veskovac a su trouvé sa complémentarité lors des dernières rencontres. Mais là où Bielsa ne change pas une équipe qui gagne, son homologue choisit d’aligner Yago au poste d’arrière droit, décalant Veskovac dans l’axe et Grigore… en dehors du groupe retenu. Aucune info n’a filtré sur une éventuelle blessure du Roumain pour justifier cette option. Les autres modifications prêtent moins à contestation : Trejo retrouve le carré vert d’entrée en jeu pour mieux tenailler aux côtés d’Aguilar, on pourrait lui préférer Doumbia, dont le volume de jeu impressionne en dépit d’une arrivée en toute fin de mercato ; idem avec le retour en pointe de Martin Braithwaite en lieu et place de Pesic. Les deux peinent à traduire en statistiques leur influence sur le jeu, un seul ballon mis au fond des filets pour un temps de jeu relativement proche. Voilà de quoi doucher quelconque motif d’espoirs (la team Fou de Foot a néanmoins misé à 75 % sur un résultat nul…les 25 % restants optant pour une victoire toulousaine!), à l’image d’un texto prophétique de Jack pointant la présence de Yago comme problématique.

Coup d’envoi tout en vivacité, des Marseillais portés sur l’offensive avec une frappe enroulée de Payet que Boucher claque pour plus de sûreté (4′). L’ancien Stéphanois est le plus remuant et combine bien avec André Ayew. Pas encore de menace Gignac dans ces premiers instants.

Dans un registre tout ce qu’il y a de plus classique pour lui, Braithwaite accomplit la prouesse de prendre le dessus sur la défense, de rabattre un puissant centre de Ninkov vers les cages…pour la déviation de Mandanda sur la barre transversale (5′). Le Danois entretient sa réputation de malchanceux. J’intercepte d’ailleurs, au milieu du large flux de textos que j’échange avec plusieurs interlocuteurs durant une rencontre télévisée, une mention de l’excellent Denis P à ce sujet : « Black cat est de retour ». Je me contente d’imaginer le sort du même ballon repris par Pesic et tranche à la face de tous mes destinataires : « Il l’aurait mis ». Depuis son streaming d’Aquitaine, Jack J cisaille ma réflexion : « Tu n’as pas terminé ta phrase, il l’aurait mis…au dessus, à côté, en touche, tu avais le choix pourtant ».

Les Toulousains contribuent à rendre les échanges emballants, se portent en peu de passes vers la surface adverse, c’est même l’OM qui prend le parti de jouer les contres. Homme le plus en vue du premier quart d’heure, Adrien Regattin déploie tous ses gris-gris pour mieux servir ses attaquants, mais il va presque trop vite pour tout le monde, à l’image de ce centre fuyant (18′) capté par Mandanda. L’ouverture du score n’en semble pas moins éminente, mon instinct m’incite à la signifier à un de mes amis pro-OM. Prédiction immédiatement vérifiée, dans le sens adverse. Suite à un coup franc indirect, Payet trouve la tête épaulée de Nkoulou (20′). Beaucoup de réussite pour le défenseur camerounais, et voilà une partie qui change de configuration.

Méthodiquement les locaux vont littéralement asphyxier l’entrejeu, réduire à peau de chagrin les incursions violettes dans leur moitié de terrain. Seule la fougue de Regattin parvient à créer des décalages par intermittence, comme sur cette accélération où il transmet à un Ben Yedder de peu hors-jeu (34′). Le match est plié dans la foulée, un Gignac dans son pur style opportuniste fusille Boucher sur un centre déviée par Yago (35′). Les Olympiens transpirent la confiance et enchaînent les frappes au but tandis que les esprits s’échauffent côté visiteurs. Aguilar (40′) puis Yago (41′) prennent des cartons évitables, tacle à l’emporte-pièce pour l’un, gifle assénée au cœur d’une échauffourée pour l’autre.

Le gong de la mi-temps sonne sur un score finalement logique de 2-0, et non de 2-1 comme le tableau d’affichage espiègle du diffuseur télé l’a laissé croire un temps.

Passé la vingtième minute, le TFC a paru totalement désemparé, incapable de contrecarrer la mécanique bien huilée de son hôte. Plus que le système du 3-5-2 mis en cause par les commentateurs télés, l’accent doit être mis sur le manque de complémentarité entre le trio défensif, ainsi que les insuffisances à la récupération.

L’un des plus en difficultés est Veskovac. Sans repères dans cette position centrale, le Serbe traîne son spleen de longues minutes, son compatriote Aleksander Pesic (entré en 2e mi-temps) ne sera guère plus heureux à l’autre bout du terrain.

Cette inefficacité aurait-elle un quelconque lien avec le souvenir vivace du drone ayant menacé leur équipe nationale le mardi précédent ? Si encore ils avaient été sélectionnés on aurait compris.

Les changements s’imposent, le score demeure

Les paroles des commentateurs télés semblent avoir été entendues par Alain Casanova. Le coach fait mine d’envoyer le même onze au charbon, mais procède à deux changements rapides : Doumbia remplace Yago (52′), Pesic suppléé donc Braithwaite (56′). Avant cela, Akpa-Akpro avait provoqué un léger frisson dans la surface marseillaise (47′) tandis que la paire Regattin-Ben Yedder démontrait une nouvelle fois sa créativité (48′).

Toutes ces considérations ne nous ont pas empêché de savourer le plus beau geste technique de la reprise.

Pour en revenir aux changements, ils aboutissent à une mutation en une sorte de 4-4-2 avec Aguilar et Doumbia positionnés plus bas par rapport à leur rôle de prédilection. L’impact est au rendez-vous avec des sorties de balle plus propres et des ailiers qui parviennent enfin à exister : coup sur coup Akpa-Akpro et Ninkov amènent le danger aux abords de la surface adverse. La nouvelle vigueur des violets est favorisée par la baisse d’intensité générale, nettement due à des Marseillais lâchant du lest sur le pressing.

Pas la moindre occasion franche cependant, seules des percées débouchant sur des tirs contrés ou des quiproquos au moment du dernier geste. Issiaga Sylla est-il le bon élément pour apporter le second souffle salvateur ? Il prend la place d’un Ninkov exténué (72′) et se signalera au final très peu.

En face l’homme du match est incontestablement Nicolas Nkoulou. Comme un candidat de Koh-Lanta auréolé du totem d’immunité, il se permet d’accrocher en toute quiétude les basques de ses camarades sans risque de sanction : Pesic (73′) puis Ben Yedder (80′) sont ainsi jetés au sol sans éveiller les soupçons de Monsieur Delerue (à la rue ?)

Le sursaut d’orgueil se poursuit essentiellement par l’entremise de Regattin et Trejo, les seuls à délivrer des centres et envolées susceptibles de renverser la vapeur. Alors que les quelques centimètres manquant toujours à Pesic, pourtant souvent à la retombée, soldent les derniers espoirs, l’OM passe proche de corser l’addition suite à une toile de Boucher (90’+1).

Il n’en sera rien grâce à un retour salvateur de Sylla. Cette défaite 2-0 n’a rien d’honteux, mais on ne peut contenir un goût amer quant au flottement généralisé en première mi-temps, on ne peut ne pas s’interroger sur la pertinence du onze de départ sélectionné.

Le TFC serait-il voué cette saison encore à demeurer le roi sans couronne du ventre mou ? Un ventre mou particulièrement étendu puisque seulement quatre points séparent les Parisiens 2e et les Niçois 12e. Il est encore en temps de s’en extirper pour rejoindre plus durablement le quinté de tête, cela passe par assumer le statut de favori devant Lens puis de négocier au mieux le double derby de la Garonne la semaine prochaine (1/16 de finale de la coupe de la ligue au Stadium mardi puis déplacement en Gironde pour le compte de la Ligue 1 le dimanche).

Lens, l’équipe piège par excellence…

Aussi vrai que le milieu de tableau est plus large que de coutume, la place de lanterne rouge va et vient d’un club à l’autre au gré des journées. Sans que l’on puisse conclure à une infériorité manifeste de son propriétaire. Point de Grenoble, Istres ou Boulogne S/Mer cette année pour jouer le rôle de souffre-douleur patenté. Il ne faudra donc pas prendre de haut le visiteur nordiste du Stadium ce vendredi 24 octobre au soir. Lens n’est qu’un collectif organisé, sans stars ni fond de jeu enthousiasmant. Or c’est précisément sa qualité de densité qui pourrait lui permettre d’assurer son maintien, et on ne demande guère plus à un promu. À ce titre la prestation des sang et or face au PSG le week-end dernier était tactiquement parfaite, bien plus aboutie que ce que le résultat le laisse supposer (1-3). Il faudra s’attendre à une équipe très regroupée, loin d’ouvrir le jeu comme de précédents visiteurs comme Lyon ou Caen ont pu le faire. Or c’est face à ce type de concurrent que souvent le bât blesse côté violet. Sans remonter aux multiples points abandonnés face à des équipes sportivement inférieures la saison dernière, il suffit de se repasser le film de la partie à Reims il y a un mois et demi ou même devant ETG. La domination stérile face à de redoutables formations de contres, ça nous connaît du côté de la ville rose. Pourvu que l’avertissement n’ait pas été vain.

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