TFC-Bordeaux/Bordeaux-TFC, l’amer à boire (Fou de Foot)

Double cuvée, double déconvenue. Les temps sont durs dans la cité violette, et à force de relativiser les échecs on en viendrait presque à oublier la remise en cause. Le 3-5-2 a-t-il fait son temps ? Le mercato estival peut-il être considéré comme un cuisant échec ? Demander la démission de Casanova a-t-il du sens ?

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Il aurait fallu plus d’un grillage pour contenir les attaques bordelaises.

Marseille fut de ces brillantes défaites dont on ne s’étonne guère. Lens ? Un guet-apens au scénario dont on ne se relève pas. Le 16e de finale de coupe de la ligue ? Une de ces conjonctions d’éléments défavorables rendant impossible une analyse rationnelle, n’appelant qu’à des incantations de type « La roue va tourner » ou « Mangeons notre pain noir ». Le quatrième revers de rang dimanche dernier rend caduque euphémismes et nuances.

Suffisance, supposait-on en haut lieu, insuffisances a répondu le terrain.

L’étrange climat en Coupe de la Ligue

Hélas, trois fois hélas. les deux volets ayant opposé le TFC aux Girondins de Bordeaux sont frappés du même sceau de la fatalité. Sans que l’on perçoive par ailleurs la moindre retenue de la part des joueurs toulousains, une quelconque réserve d’énergie non puisée susceptible d’expliquer le coup de bambou reçu. Non, aucune raison objective d’atténuer les résultats, sauf à prétendre être dans le cerveau des joueurs pour déceler ce qui ne tourne pas rond.

Revenons à ce mardi 28 octobre, entrée en lice dans la Coupe de la Ligue au Stadium. Si cette compétition exalte en général assez peu la motivation des troupes, le tirage au sort a rehaussé son intérêt avec la réception de l’ennemi régional. Loin du faste des années 80 que me décrit The Kick, seul autre membre de la team Fou de Foot à répondre présent ce soir-là, cette rencontre sera symptomatique de la banalité que représente désormais ce rendez-vous.

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Le passage à l’heure d’hiver rendait le Stadium particulièrement pimpant.

Pour ce qui est de la remise en cause par rapport à l’épisode lensois, Casanova a tranché.

Les trois postes les plus sujet à polémiques quatre jours plus tôt ont été « retoqués » : Spano, Regattin et Braithwaite prenaient les galons de titulaires en lieu et place de Sylla, Trejo et Pesic. Dans le cas du jeune défenseur venu des Bouches-Du-Rhône, cela provoqua une réorganisation puisque Grigore glissait à droite pendant que lui prenait l’axe. L’événement du jour était cependant l’opportunité donnée à Marc Vidal d’évoluer au plus haut niveau. Décision contestable sur le fond, puisque le club revendique vouloir mettre les meilleurs éléments de son côté pour « faire un coup dans les coupes nationales » cette année. Pour le reste l’optimisme est de rigueur dans le virage Brice Taton, à l’image des commentaires du Kick : « Là il a vraiment mis la composition pour jouer la qualif’ ».

Que dire sinon que les premières minutes abondent dans ce sens. Les violets monopolisent le ballon et tentent de désarçonner le schéma défensif inhabituel adopté par Willy Sagnol (5-3-2). Un pénalty est injustement oublié pour un ceinturage sur Ben Yedder (5′), le même est l’auteur de la première frappe cadrée sur coup franc (9′) mais Carrasso est vigilant. Le pressing et l’envie sont là, boostés par un Casanova des plus vindicatifs et une tribune Est d’où les chants jaillissent de manière étonnamment éparse. En l’absence du kop des Indians, anti Coupe de la Ligue notoires, quelques voix lancent des encouragements, puis sont prolongés de manière anarchique, sans les équipements pour augmenter leur portée, ce qui donnait au final un côté convivial et champêtre à la partie. Aussi les protestations à l’issue de la rencontre sonneront encore plus rudes, puisque lancées alternativement des quatre coins de la tribune sans le moindre mot d’ordre.

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Il faudra à présent prier pour un parcours en coupe de France.

Le rythme fléchit au moment même où les Bordelais quittent leur moitié de terrain. Un corner au premier poteau plus tard, Pallois surgit pour tromper Vidal (17′). La stupeur passée, le public comprend vite que nous allons revivre le scénario de Lens. Suite à un coup franc toulousain expédié en pure perte, les visiteurs exécutent la contre-attaque parfaite et inscrivent le but du KO (24′). Trois longues passes ciselées ont suffit à faire la différence, quand les violets s’empêtrent eux dans un jeu trop stéréotypé sur la largeur pour espérer créer des décalages. À la demi-heure de jeu le constat est cruel : deux tirs, deux buts pour les Girondins. Peut-on afficher des statistiques parlantes en face ? Carrasso n’a pas eu d’intervention extraordinaire à réaliser non plus, seulement vu quelques exocets filer près de sa transversale. La torpeur et le manque de confiance prennent le dessus durant le dernier quart d’heure de la première période, Contento manque de tripler la mise (42′) sur une frappe instantanée à la suite d’un renvoi chaotique de l’arrière-garde toulousaine.

À la reprise, le parallèle avec le match contre Lens vire au copier/coller. Incisifs pendant un quart d’heure, les locaux obligent Carrasso à bondir sous sa transversale (Akpa-Akpro 47′), à repousser un tir vicieux (Doumbia 49′), à anticiper brillamment les intentions de Regattin (56′). L’intensité est revenue, aussi dérisoire soit-elle. Alors le coach des violets opte à nouveau pour le schéma de la dernière chance avec trois attaquants (Pesic entre, Spano sort) et un Aguilar plus bas. L’expulsion sévère de Pallois, deux jaunes coup sur coup (61′, 63′) laisse un instant croire aux chances de retour au score. Hélas, en supériorité numérique ou pas, il n’y a pas de perspective sans une animation offensive efficace. Ce sera donc le calice jusqu’à la lie avec une belle frappe enroulée de Cheick Diabaté sur une nouvelle accélération de Khazri (68′).

Le constat est inquiétant : après un Aguilar en méforme contre Lens, c’est le prodige de l’effectif Wissam Ben Yedder qui baisse pavillon le temps d’un match. Pourvu que Didier Deschamps n’ait pas eu l’idée de se brancher sur France 4 ce soir-là.

Les dernières minutes sont disputées dans un climat délétère avec une frange du public réclamant la démission de Casanova pendant que l’autre moque à contrecœur le manque de créativité des siens. Il faut une véritable toile du défenseur Mariano pour qu’Akpa-Akpro réduise la sentence (84′). De là à sauver l’honneur…difficile de s’enflammer pour les ultimes instants quand une partie du stade a déjà quitté les lieux, et l’autre demeure pour mieux préparer sa vague de sifflets dans la foulée de ceux de l’homme en noir. Il y aura bien un cafouillage digne d’intérêt sur un corner (90′), mais la chance ne sourit qu’aux audacieux.

Deuxième manche teintée d’espoir

Direction Chaban-Delmas le dimanche suivant avec une équipe très peu remaniée. Boucher récupère logiquement (encore que) sa place dans les caisses, Pesic est préféré à Braithwaite (atone le mardi) et surtout Spajic connait sa première titularisation depuis sa blessure. Bonne surprise sur le banc, la présence de Didot en dernière minute, lui aussi de retour de convalescence. Côté Girondin le bricolage est de rigueur pour composer le onze de départ, notamment une défense inédite où évoluent Yambéré, Planus et Sertic. Choix surprenant aussi en attaque avec le duo Touré-Sala quand Diabaté et Rolan sont sur le banc de touche. Willy Sagnol fait mine de s’en plaindre, mais il aurait tout lieu de se féliciter de cet alignement d’une treizième composition différente en autant de rencontres. Cette fois il donne dans le 3-4-1-2, offrant un rôle essentiel au toujours virevoltant Wahbi Khazri derrière les deux pointes. À côté de l’adaptabilité de son confrère, Casanova passe pour un dogmatique avec son 3-5-2 aux vertus balbutiantes.

TFC Bordeaux-TFC 02-11-2014 01À l’inverse du début de semaine, les débats sont largement en faveur des Bordelais pendant les premières minutes. La maladresse de Sala (7′) et le sauvetage héroïque de Moubandjé aidant (10′), les Toulousains franchissent enfin le premier quart d’heure sans craquer. Le jeu se rééquilibre passé cette minute couperet, Regattin et Akpa-Akpro multiplient les initiatives sur leurs ailes respectives. Ils peinent alors pour transmettre LA passe qui ferait la différence. Sommes-nous passés des symptômes au syndrome ? Nul ne semble vouloir prendre des responsabilités au moment de conclure les actions. En point d’orgue les touches de balle inutiles d’un Ninkov idéalement placé pour tirer suite à un décalage de Ben Yedder (25′).

Les soucis psychologiques gagnent également l’arrière-garde via un Grigore nerveux comme jamais. Averti rapidement (14′), il échappe à l’exclusion par charité de Mr Enjimi (27′). Casanova anticipe le drame et procède à l’entrée prématurée de Didot (36′). Impact immédiat avec une mainmise sur l’entre-jeu pendant les dix dernières minutes de la mi-temps. Celle-ci est atteinte avec les regrets causés par des tirs trop axiaux de Pesic (39′) et Ben Yedder (42′). L’avant-centre numéro un des violets retrouve un peu de vigueur après trois rencontres sous l’éteignoir.

Comme souvent la coupure a profité à l’équipe en ballottage défavorable. Le rythme est retombé côté TFC, la vigilance aussi. C’est avec une allure limite débonnaire que Planus propulse au fond des filets un corner préalablement dévié par Mariano (« Un but de rat crevé » dira le principal intéressé au micro du diffuseur télé). Nous sommes alors à la 52e minute, une nouvelle fois la révolte espéré cédera la place au break. En dehors d’une vaine succession de corners et d’un enlisement de ses ailiers, le TFC ne pèse pas sur le sort du match. Les duels aériens peuvent être particulièrement mis à l’index, systématiquement perdus et vecteurs d’occasions : Yambéré aura l’obligeance de toucher du bois (60′), mais Rolan ne laissera pas sa part aux chiens (63′).

TFC Bordeaux-TFC 02-11-2014 02Selon un processus devenu routinier, les violets doivent courir après deux buts de retard. Mêmes causes, mêmes tentatives d’y remédier : le basculement à trois attaquants (65′). Pour une fois cela paye ! Ben Yedder impulse l’action, Braithwaite le relaie pour le centre et Pesic conclut (68′). But nettement plus fédérateur que celui d’Akpa-Akpro au premier derby. C’est une véritable vague violette qui manque de submerger la Gironde lors des minutes suivantes, en premier lieu Sertic guère à son avantage. Le défenseur bordelais saisit néanmoins sa chance sur coup franc pour se faire pardonner, il inquiète fortement Boucher, prompt à maintenir le suspense (79′). Bien à lui, sauf que la rencontre s’achèvera comme une long fleuve tranquille. On retiendra la faiblesse d’ensemble (cinq tirs cadrés toutes équipes confondues) et le peu de passion entourant cette partie. La Garonne aura pris des teintes bleues marines durant une semaine, mais le psychodrame est ailleurs.

Un système de jeu connu de tous ?

Si ce déplacement à Chaban-Delmas n’avait pas suivi trois revers de rang, nous pourrions le classer dans le registre des défaites standards, celles où un adversaire objectivement supérieur a obtenu son dû. Or il ne s’agit pas seulement de cela. Qualitativement le TFC devrait être positionné entre la 6e et la 9e place, il est au tiers du championnat situé au 14e rang. Comment ne pas interroger alors la pertinence d’un recrutement a minima, et du maintien d’un système de jeu pas forcément optimale ?

L’effet de surprise n’opère plus cette saison : ce fameux 3-5-2 a été disséqué sous toutes les coutures, a affiché ses limites, ses failles. Les adversaires du TFC ont donc développé des plans spécifiques là où ils restaient interloqués voire démunis devant l’emprise au milieu de terrain l’an dernier. Les tours de passe-passe de Willy Sagnol en témoignent. Cette série de déconvenues met aussi en relief l’incapacité à basculer sur un système alternatif en cours de partie. Hormis à Marseille, les violets ont trois fois varié dans un ersatz de 3-4-3 pour combler le handicap de deux buts. Course à tombeau ouvert permettant des contres encore plus dangereux, mettant aussi en exergue l’absence d’un patron dans le rond central. Didot diminué, Aguilar moins consistant, Doumbia en rodage, Regattin volontaire mais attiré par les ailes, Trejo pas assez vif au démarrage. Les lacunes sont profondes, semblent se creuser plutôt que se rétracter.

TFC Bordeaux-TFC 02-11-2014 03Au-delà du schéma en tant que tel la question polémique serait plutôt « Avec quel effectif peut fonctionner un 3-5-2 ? ». Ce n’est pas faire injure à Grigore ou Moubandjé de rappeler l’abattage exceptionnel effectué par un Abdennour ou un Aurier à leurs postes respectifs. De même dans l’entre-jeu où personne n’a encore su reprendre le rôle de Clément Chantôme l’an dernier. Les hommes feraient-ils davantage le système que l’inverse ?

Ces dernières années les bonnes pioches se succèdent dans les trouvailles de la cellule recrutement, en sera-t-il de même pour la saison 2014-2015 ? Quelques recrues au mercato hivernal ne seraient pas du luxe, si possible des valeurs sûres s’étant étalonnés en Ligue 1.

Le débat concernant Alain Casanova semble lui aussi désuet. Sachant que le club n’ira jamais cherché le moindre sorcier ou nom ronflant venu de l’extérieur, la succession interne n’est pas susceptible de provoquer la révolution attendue par certains.

En concordance avec la politique de gestion rigoureuse d’Olivier Sadran, le coach tire le meilleur du groupe à sa disposition depuis 2008. Ni frayeur d’une descente, ni entrain d’une course à l’Europe, le refrain est connu et accepté. Changer son interprète ferait-il par magie évoluer sa sonorité ?

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