Ces angles dépréciés par l’IWC, et pourtant… Épisode 1 : la première période face de Randy Orton (Les Cahiers Du Catch)

Tout est relatif, et cela seul est absolu.

Auguste Comte

En matière de sport, il y a références communes et consensus historiques. Prenons le plus exposé d’entre eux, le football, et plus particulièrement notre terreau quotidien, la Ligue 1. Un tacleur fou se verra toujours comparé à Cyril Rool ou Francis Llacer, la réussite d’un joueur brésilien renverra à Raï ou Sonny Anderson quand des Everton ou Luis Fabiano seront symboles d’un échec. Le catch, comprenez la WWE, ne diffère pas : il y a les vaches sacrées (l’Attitude Era, les lutteurs techniques tels Bret Hart, HBK, Chris Benoit, Eddie Guerrero) et les rebuts de l’histoire (Great Khali, les storylines de gamin attardé, le General Manager anonyme). Mais certains événements, considérés comme flops en leur temps, méritent d’être réévalués.

À défaut de crédibiliser le titre Cruiserweight...

À défaut de crédibiliser le titre Cruiserweight…

on réévaluera la portée du venin de la Vipère version 1.0.

…on réévaluera le venin de la Vipère version 1.0.

Retour sur des épisodes pas si ratés de l’histoire de la WWE

Numéro 1 : La première pèriode face de Randy Orton

(15 août 2004 – 4 avril 2005)

De quoi s’agit-il ?

Un grand classique : la montée en puissance d’un rookie au sein d’un clan heel où il jouait le passe-plat du leader. Devenu au gré de circonstances challenger numéro un au titre suprême, l’outsider s’absout de l’autorité du maître et franchit un palier prématurément. Puni par le groupe, il réalise de fait un face-turn aux yeux du public. Son booking est alors réajusté, lui offrant quantité de victoires « cleans » et moments héroïques.

Évènement déclencheur : SummerSlam 2004 + Raw du lendemain

L’as du RKO est encore heel à l’heure de confronter Chris Benoit. Ce dernier représente le type de catcheurs techniques à qui on a dit « Tu es bon, mais il te manquera toujours quelque chose pour aller au sommet ». Or le temps des vaches maigres est révolu pour les favoris des smarts : Benoit donc, mais aussi Eddie Guerrero, Kurt Angle ou Chris Jericho dans une moindre mesure trustent les premiers rôles à la WWE. L’adepte du Crippler Crossface règne depuis WrestleMania XX, et une certaine victoire…sur Triple H ! Le gendre de Vince 2M est alors au summum de la détestation au niveau de la sphère Internet (bien pire qu’aujourd’hui). Pour cause, il occupe une place de main-eventer depuis environ cinq ans, avec une présence renforcée depuis la mise en place du championnat poids lourds à Raw en 2002. Ses défaites se font rare, choix de booking porté par la constitution du clan Evolution. Épaulés du vieux renard Ric Flair, du jeune loup Randy Orton et du brutale lion Batista, le Cerebral Assassin règne sans partage. Cet été-là, HHH est pourtant en proie à l’impatience, chacune de ses tentatives de reconquête (dont un superbe Iron Man match à Raw) s’est soldée par un échec. En plus de sa nemesis d’alors, nul autre que Shawn Michaels, il doit feuder avec le trublion Eugene. Pendant ce temps, Orton remporte une bataille royale pour devenir le nouveau challenger de Benoit.

Au soir du « biggest event of the summer », c’est la stupeur ! Le disciple réussit (clean) là où le maître s’est vautré. Il s’avère en sus le plus jeune champion poids lourds de l’histoire de la WWE. Le lendemain, Orton a droit à un long segment solitaire pour célébrer son succès. L’Evolution se joint à lui en fin de show pour lui permettre de vaincre Benoit dans le rematch. Un adoubement ? Non, le baiser de judas avant l’exécution. Le trio se ligue contre le roi inattendu. C’est le début d’une série d’échauffourées entre l’Evolution et le nouveau chouchou du public. Au fil du temps, Randy fédère le vestiaire pour s’opposer efficacement au clan.

- Félicitations man, il était temps de rendre hommage à ce run si méprisé. - T'inquiète Chris, le temps de reconsidérer ton heel-turn de 2007 viendra aussi.

– Félicitations man, il était temps de rendre hommage à ce run si méprisé.
– T’inquiète Chris, le temps de reconsidérer ton heel-turn de 2007 viendra aussi.

Étapes-clés du processus

Raw du 26 juillet 2004 : Randy Orton remporte une bataille royale de vingt hommes pour devenir le challenger au titre. Le même soir, Chris Benoit s’impose 4-3 dans un Iron Man Match contre Triple H. Soirée en demi-teinte pour le clan Evolution.

SummerSlam 2004 (15 août) : Orton bat Benoit et adopte des attitudes propres à un face durant sa célébration (serrage de main de l’adversaire, complicité avec le public de Toronto).

Raw du 16 août 2004 : Long segment du nouveau champion du monde sur l’angle provocateur « Et vous qu’avez-vous accompli à l’âge de 24 ans ? », la foule reçoit le speech de manière mitigée, nombreuses réactions positives. En fin de show, HHH ordonne à Batista d’exécuter leur ancien allié.

Raw du 23 août 2004 : Evolution laisse la possibilité à Orton d’abandonner la ceinture mondiale pour solder leurs comptes, il leur répond d’un crachat à la face de HHH.

Unforgiven 2004 (12 septembre) : Triple H bat Orton et redevient ainsi champion poids lourds.

Raw du 13 septembre 2004 : Opposé à Evolution dans un 3-on-1 handicap match en fin de show, Orton reçoit les soutiens de Shelton Benjamin et Chris Benoit.

Raw du 27 septembre 2004 : Suite à sa défaite contre Batista (match sans disqualification), Orton n’obtient pas de rematch pour le titre poids lourds

Taboo Tuesday 2004 (19 octobre) : Orton conforte son statut de legend killer avec sa victoire sur Ric Flair. À noter que la rencontre occupait la place de main event malgré la présence du match de championnat HHH/Shawn Michaels.

Raw du 25 Octobre 2004 : Orton perd le rematch de TT contre Flair. Conformément à une clause établie avant la rencontre, il ne pourra plus avoir de match de championnat tant que HHH est champion. Suite au coup de gong, l’Evolution allait matraquer le Legend Killer, mais le vestiaire face au complet (Benoit, Jericho et Maven en tête) se solidarise pour encercler Evolution autour du ring. Le clan heel reçoit une volée comme il n’en avait jamais subi depuis deux ans.

Raw du 1er novembre 2004 : Eric Bischoff officialise un quatre contre quatre au PPV Survivor Series impliquant Evolution & alliés face à ses principaux ennemis. Les membres de l’équipe victorieuse auront la charge de l’émission durant le mois suivant le PPV.

Survivor Series 2004 (14 novembre) : La team Orton (Jericho, Maven, Benoit) s’impose dans un 4-on-4 elimination match. Conformément à la stipulation mise en place, les protagonistes seront GM de Raw à tour de rôle.

Raw du 29 novembre 2004 : En tant que GM d’un soir, Orton impose à HHH de défendre son titre dans une bataille royale, ne pouvant l’affronter lui-même. Cependant, Vince McMahon modifie sa directive, la bataille désignera seulement le challenger de HHH. Chris Benoit et Edge remportent la bataille ex aequo, puis le triple threat pour le titre se termine de manière tout aussi alambiquée.

Raw du 13 décembre 2004 : Le titre mondial est officiellement vacant depuis la semaine précédente. Bischoff annonce sa remise en jeu dans un Elimination Chamber dans un tout nouveau PPV début janvier. Puisque le règne de HHH a été interrompu, Orton réintègre le title picture.

New Year’s Revolution 2005 (9 janvier) : Triple H remporte le Elimination Chamber, grâce notamment à son association constante avec Batista durant le combat. Orton, ultime éliminé, se montre héroïque pendant la majorité de l’affrontement.

Raw du 10 janvier 2005 : Lors du segment d’ouverture, Orton gâche la célébration de HHH en instillant des troubles dans son entente avec Batista, images du match de la veille à l’appui. En fin de show, The Beast perdait d’ailleurs son duel suite à une intervention manquée de HHH.

Royal Rumble 2005 (30 janvier) : Triple H conserve son titre devant Orton. Pour la première fois le finish se réalise de manière clean. Le même soir, Batista remporte la bataille royale de trente hommes.

Raw du 21 février 2005 : Batista envoie paître le contrat de SmackDown et choisit donc d’affronter HHH à WrestleMania 21, sonnant la fin d’Evolution. En parrallèle, Orton trouve un allié de circonstance en Shawn Michaels. Le vétéran conseille au jeunot de « provoquer » les choses pour rentrer dans l’histoire de la WWE.

Raw du 7 mars 2005 : Orton défie officiellement l’Undertaker pour WrestleMania 21, l’objectif de mettre fin à la streak en point de mire. Excellent segment récapitulant son lien viscéral au catch.

Raw du 14 mars 2005 : Alors que Jake « The Snake » Roberts vient le mettre en garde contre son ambition prématurée vis-à-vis de l’Undertaker, Orton lui assène un RKO. Le virage heel est en cours.

SmackDown du 31 mars 2005 : Avec l’aide de son père Bob Orton, le maître du RKO tent une embuscade à l’Undertaker.

WrestleMania 21 (3 avril  2005) : Randy Orton s’incline face à Undertaker après sans doute son meilleur combat depuis trois ans. Une partie de la foule embarque avec le jeunot, le scénario du match laissant largement croire à une possible fin de streak.

Raw du 4 avril 2005 : Orton officialise son retour en heel en déclarant tout son mépris pour Batista, tombeur de HHH la veille. En fin de show, le nouveau champion du monde domine son ancien équipier.

Suite à cela disparition de l'antenne plusieurs semaines, parait-il que l'épaule n'était pas encore à 100%.

Suite à cela disparition de l’antenne plusieurs semaines, parait-il que l’épaule n’était pas encore à 100%.

Que reproche-t-on à cette séquence ?

D’avoir donné lieu à la transformation d’un personnage d’une extrême à l’autre en quelques semaines. Non content de se démarquer de sa faction, Randy devient un babyface puissance 1000 là où un statut de tweener semblait plus approprié. On reprochera la même chose au Kurt Angle champion poids lourds en 2006, devenu légaliste et fairplay à l’excès, alors qu’il venait tout juste de quitter les habits d’un heel fourbe et pervers. Le basculement de personnalités opéré lors des turns reste une des données les plus difficiles à gérer dans le catch. En plus d’une faculté mémorielle courte pour accepter les nouveaux alliés, il faut croire aux capacités émergentes d’un mec autrefois auteur de triche pour vaincre le moindre midcarder.

Le truc vraiment en trop : Orton en embuscade dans un gâteau géant au lendemain d’Unforgiven. Gag éculé et cheap.

Coucou les divas, je me suis sacrifié, vous n'aurez pas à vous mettre à poil pour une fois.

Coucou les divas, je me suis sacrifié, vous n’aurez pas à vous mettre à poil pour une fois.

Huit raisons pour réhabiliter cette pèriode

1- Le soutien massif de la foule.

Dés SummerSlam et jusqu’à WrestleMania 21 inclus, la future Vipère a su soulever les foules en sa faveur. Il suffit de réécouter les clameurs lorsque Randy frappe son poing au sol pour annoncer l’imminence du RKO.

2- Un nouveau thème d’entrée culte.

Avant de quitter Evolution, Orton n’avait pas de chanson d’entrée digne de marquer les esprits. Grâce à ce judicieux Burn in my light de Mercy Drive, son face-turn est accompagné de la meilleure des manières. Il gardera ce thème prés de quatre ans.

3- Le statut de chasseur de streak.

Qui peut prétendre avoir mis en avant la série de victoires du Deadman avant lui ? L’idée avait été effleurée par Ric Flair en 2002, mais c’était un conflit de légendes avant tout. Idem à Mania XX où l’enjeu d’invincibilité passait en second plan, loin derrière le retour à la gimmick historique pour clore la parenthèse American Bad Ass.

4- Les épisodes de Raw avec GM tournants.

La fin d’année 2004 fut riche en rebondissements et innovations scénaristiques. Une fraîcheur en partie due au turn-over à la direction du show rouge suite aux Survivor Series.

5- Le cage match contre Ric Flair à Taboo Tuesday.

Un affrontement sanglant et intense. L’Apex Predator a su tirer le meilleur d’un Nature Boy en fin de carrière.

6- Une place de main-eventer sans boucher la voie aux autres.

Push de Maven, maintien de Jericho, Edge et Benoit dans l’équation, émergence parrallèle de Batista, le moins que l’on puisse dire c’est que Orton n’a pas accaparé tout le spotlight lors de ces huit mois en top face.

7- Une séquence culte à la fin de Raw du 25 octobre 2004

Fédérer et élever l’ensemble des babyfaces du roster, ce n’est pas rien. Quand Evolution trouve enfin du répondant, après des mois d’hégémonie, c’est le bas de carte qui en profite. Même la paire masqué Rosey/Hurricane apparaît crédible lorsqu’elle contribue à empêcher la fuite de HHH.

8- La transition réussie pour amener le face-turn de Batista.

Le genre de glissement boiteux par excellence. Un double face-turn de rising stars issus du même clan en quelques mois. Or la montée en puissance de l’Animal se réalise de manière parfaitement limpide. Peut-on jurer qu’il en aurait été de même sans la désertion préalable d’Orton ?

Il y aurait tellement plus à redire du face-turn de 2010, manière si peu élégante de griller deux jeunes pousses simultanément.

Il y aurait tellement plus à redire du face-turn de 2010, manière si peu élégante de griller deux jeunes pousses simultanément.

À suivre… Numéro 2 : l’invasion WCW/ECW de 2001

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