Ennemis du football et pourtant (parfois) décisifs (Be In Sports Your Zone)

Clinton Njie, Cheick Diabaté ou encore Brandao, autant d’attaquants de Ligue 1 à la pâle réputation. Une étiquette surtout due à des physiques ingrats et des conduites de balle déstructurées. Derrière le côté lourdaud et le manque de poésie se cacheraient d’authentiques footballeurs.

Glissade ou volée fantastique, au choix.

Glissade ou volée fantastique, au choix.

« Les mecs qui écrivent ne voient pas les matchs, c’est pas possible autrement ! ». Octobre 2014. Jack Jy est dans un état de crise avancé durant son trajet quinzomadaire Agen-Toulouse. La raison de son courroux ? Un simple article de quotidien sportif estimant qu’Aleksander Pesic, cet illustre inconnu déniché par la cellule recrutement du Toulouse Football Club, avait réalisé un début de saison prometteur. Comment ne pas comprendre son scepticisme devant la lenteur et le manque d’habileté de l’international espoirs Serbe ? Le tableau serait desespérant si on ne prenait en compte le travail de l’ombre, l’art de la déviation ou cette simple faculté à se trouver au point de pénalty sur chaque centre. Pesic n’est pas Zlatan Ibrahimovic, l’affaire est entendue. Mais Gignac ne l’était pas plus à l’aube de son étincellante saison 2008-2009. Faute de grand joueur, il faut se contenter d’éléments « faisant le travail ». Or ce « 11 » tout embarassé de son corps parvient à sortir ici et là le petit truc qui fait la différence. Il s’avèrera le fer de lance d’une des rares (la seule?) réactions d’orgueil du TFC à l’heure d’assurer le maintien. Mené 1-2 au moment de son entrée en jeu, les Violets renversent les Lillois sous son impulsion au soir de la 36e journée (victoire 3-2) et sauvent les apparences grâce à un ancrage à la 17e place.

L'amorti yeux fermés que le monde entier lui envie.

L’amorti yeux fermés que le monde entier lui envie.

Le concept d’attaquant de soutien

Bilan de Pesic à la fin du printemps 2015 ? Six buts et quatre passes décisives en Ligue 1, le tout sans avoir été un titulaire en puissance (2100 minutes de jeu, soit environ 23 rencontres disputées sur 38). Des statistiques loin d’être médiocres pour un transfuge du championnat moldave. Le temps dira si une marge de progression existe. Tout reste à faire du côté de la ville rose…

Le supporteur moyen condamnait de la même façon John Carew durant ses années lyonnaises. Trop pataud, pas assez réaliste pour un avant-centre, peu spectaculaire. On peut reprendre la même terminologie pour Emmanuel Adebayor durant ses années monégasques. Aussi peut-on se demander si un attaquant ne doit pas être jugé sous d’autres prismes que son nombre de buts en fin de saison ? Combien d’attaquants dits « de soutien » ont pu paraître pâles sur le plan statistique alors qu’ils permettaient à leur coéquipier le plus proche de flamber ?

Durant ses deux saisons stéphanoises, Brandao a épuisé les arrières gardes adverses pour libérer les espaces à ses partenaires d’attaques. Ce Brésilien, brocardé pour son allure de tortue ninja sous xanax, n’a rien d’un artiste, il fait dans l’utilitaire. Et que lui demander de plus ?

Une fois parti sous d’autres cieux, les Verts se sont mordus les doigts. Des joueurs tels Erding, Corgnet et Hamouma, bénéficiaires du travail de Brandao les années précédentes, ont dévissé complétement lors de l’exercice 2014/2015. Les dirigeants du club ont bien cru reproduire le schéma du joueur offensif poussif et néanmoins essentiel avec Ricky Van Wolfswinkel. Coup d’épée dans l’eau tant chaque « ennemi du football » présente des caractéristiques différentes.

Parti sur un coup de cœur de Saint-Étienne, arrivé sur un coup de tête à Bastia.

Parti sur un coup de cœur de Saint-Étienne, arrivé sur un coup de tête à Bastia.

Tour de contrôle…sauf pour les amortis

Sans faire se dresser les foules, un Marouane Chamack était devenu en son temps l’emblême de cette catégorie de joueurs aussi valeureux que peu esthétiques. Il était le pivot par excellence, celui dont la tête traînait toujours pour transformer en caviar un dégagement besogneux. Son efficacité n’était pas en reste avec notamment treize buts en 2008/2009, saison du dernier titre de champion des Girondins de Bordeaux. Son bilan chiffré chez les Bleus Marines ne dit pas tout puisqu’à raison d’un total de 56 réalisations en huit ans, il obtient le prorata d’un milieu offensif quelconque. Encore en rodage du temps de son association avec Lilian Laslandes ou Jean-Claude Darcheville, Chamackh contribuera largement aux explosions respectives de David Bellion et Fernando Cavenaghi en 2007/2008, avant de développer une complicité technique avec Yoann Goucuff les deux saisons suivantes.

Car le Marocain s’affirmait au-delà de son rôle de tour de contrôle pour ballons fuyants, il était le travailleur respecté faisant éclore des stars autour de lui.

Parfois « l’ennemi du football » agrave son cas par un individualisme éffréné. Reparlons d’Emmanuel Adebayor du temps de sa splendeur monégasque. Au sein du collectif rôdé de Didier Deschamps entre 2003 et 2005, le Togolais parvenait à inscrire moins de dix buts par an, tout en s’exemptant d’adresser la moindre passe décisive à ses équipiers.

Même époque, même condamnation pour le gagesque Ibrahima Bakayoko du côté de l’OM, le genre de joueurs capable de marquer dans une position excentrée complexe et de tirer à côté face à des cages désertes.

Un soir où tout passe sur un malentendu (Old Trafford 1999)

Un soir où tout passe sur un malentendu (Old Trafford 1999)

Autrefois représentant de ces attaquants maladroits, Cheick Diabaté ne fait plus rire personne. Au diable la chanson popularisé à son détriment par Julien Cazarre, Bordeaux a peiné de sa convalescence l’an dernier et se réjouit déjà de son retour, en dépit de l’émergence de Diego Rolan. Même des clubs à l’abri du besoin comme Lyon prennent soin de conserver leur besogneux. Ici joue Clinton N’Jie, sorte de cinquième roue du carrosse pour les jours de pénurie de Nabil Fekir et Alexandre Lacazette. Soi-disant empoté, le jeune Camerounais prend confiance au fil de son premier exercice dans l’élite, terminant avec sept buts et sept passes décisives (dont cinq pour le seul Lacazette).

Ces hommes de l’ombre ne marqueront sans doute jamais d’une talonnade acrobatique, ne dribbleront jamais une ligne défensive à eux seuls, ne délivreront pas (sauf accident) de reprises de volée millimétrées dans la lucarne adverse, mais ils sont le sel de notre Ligue 1, les indispensables bouc-émissaires. Les indispensables, tout court.

Où en serions-nous si on devait s'en remettre à la signature de Paul Pogba pour voir des coupes originales en L1 ?

Où en serions-nous si on devait s’en remettre à la signature de Paul Pogba pour voir des coupes originales en L1 ?

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