GFCA-SCB, plus qu’une tête de maure en commun

GFCA-Bastia 00 image à la une

L’une entame une quatrième saison de rang dans l’élite, l’autre découvre l’échelon supérieur à la surprise générale. Deux équipes corses en Ligue 1 ? Une hérésie à l’ère du foot business. Au-delà des fameuses « valeurs » couramment affublées aux clubs insulaires, ces voisins ont démontré tout au long de la saison dernière des ressemblances troublantes. La preuve par dix.

1*Le défenseur expérimenté qui tient la baraque.

GFCA-Bastia 01a Sébastien SquillaciGFCA-Bastia 01b Jérémie Bréchet

Au nord une icône pas loin d’être statufié, passé par Monaco, Lyon, Séville et Arsenal, doté de 21 sélections en équipe de France, voici Sébastien « Toto » Squillaci. La trentaine bien sonnée (35 ans depuis le mois d’août) mais toujours aussi propre et rigoureux dans ses interventions, il est le pilier incontestable du Sporting Club de Bastia depuis 2013. Un retour aux sources pour ce Corse d’origine, dont la carrière a par ailleurs décollé à l’occasion d’un prêt à l’AC Ajaccio entre 2000 et 2002.

Le voisin sudiste peut fièrement revendiquer la présence d’un défenseur d’aussi belle envergure dans son effectif, à savoir Jérémie Bréchet, routard du football français (Lyon, Sochaux, Troyes, Bordeaux) et international (Inter Milan, Real Sociedad, PSV Eindhoven). Recruté au moment de la montée du Gazelec Football Club de National à Ligue 2, ce joueur à forte intelligence tactique a largement contribué à faire du petit promu un candidat sérieux à l’élite. Avant que des pépins physique minent sa fin de saison, sans remettre en cause l’accession du club. Sa blessure prolongée nuit actuellement aux débuts gaziers à l’échelon supérieur.

2*Une attaque qui se découvre prolifique…sans le moindre buteur !

GFCA-Bastia 02b GFCA-Sochaux 3-0

Moment d’union sacrée avant le fabuleux 3-0 infligé à Sochaux en avril 2015.

GFCA-Bastia 02a Bastia-Paris 4-2

Le spectaculaire retournement de situation face au PSG en janvier 2015 demeure le match référence du Sporting de Ghislain Printant.

À l’issue des matchs allers de 2014-2015, l’horizon des clubs corses était limité pour ne pas dire funèbre. Côté Ajaccio, un Gazelec aussi près de la 3e que de la 9e place (goal average de 0 traduisant sa faible marge lors de ses victoires) et un AC Ajaccio entre le ventre mou et la bataille pour le maintien (12e à 3 points du premier relégable) ; côté Bastia, une place dans la charrette pour le Sporting en L1 et une augure identique pour le CAB dans le championnat National. Si l’on se limite aux deux équipes comparées à ce stade de la saison, on dénote comme principal point commun le faible rendement offensif. Sans s’inverser, la tendance s’est minimisée entre janvier et mai 2015. On a même pu assister à des matchs « références » tels Bastia-PSG (4-2) ou Gazelec-Sochaux (3-0). Cependant, aucun joueur de l’effectif n’a atteint un total à plus de deux unités, le meilleur réalisateur bastiais Floyd Ayité compte six buts contre huit pour le meneur de jeu ajaccien Mohamed Larbi.

3*Un « enfant du pays » , rugueux sur les bords mais adoré du public.

GFCA-Bastia 03a Yannick Cahuzac GFCA-Bastia 03b Roderic Filippi

Ils ne sont pas beaux à regarder balle au pied, pas les plus avisés lorsqu’il s’agit de relancer proprement ou de barrer la route d’un feu follet sans commettre de fautes, et poutant ils sont indispensables. Le gêne du footballeur corse existe-t-il ? Si on devait trancher par l’affirmative, on le caractérisait par sa pugnacité, son agressivité et son sens du sacrifice. Le Sporting a son représentant emblématique via l’infatigable capitaine Yannick Cahuzac, tandis que Roderic Filippi gagne ses galons de respectabilité au GFCA. Une action symptomatique a marqué les débuts en L1 de ce jeune au look hipster : sa spectaculaire et spontanée saisie par le col d’un Lucas filant au but. Une faute grossière mais utile, permettant de limiter la casse lors de la défaite au Parc des Princes. Partout ailleurs on aurait moqué la stupidité de ce barrage/réflexe, en Corse on salue ce type d’interventions, conscient de devoir éviter le péril avec les armes en sa possession. Souvenez-vous les avis contrastés lors du volleyage de Luis Suarez sur la ligne (Uruguay-Ghana au mondial 2010), perçu comme un héros par certains, un escroc par beaucoup. En Corse le guerrier rugueux sera toujours mieux considéré que le poète fairplay.

4*Un attaquant coqueluche du public, malgré une efficacité contestable.

GFCA-Bastia 04a Floyd Ayité GFCA-Bastia 04b John Tshibumbu

Comme vu précédemment, les joueurs offensifs des deux équipes n’ont pas spécialement brillés l’an dernier. Ce qui n’a pas empêché le public insulaire de recouvrir certains d’une bienveillance frisant la démesure. Prenons le Franco-Togolais Floyd Ayité, reconverti en pointe en cours de saison dernière au Sporting alors qu’il était un numéro 7 plutôt doué au Stade de Reims. L’expérience s’avère mitigé : autant de buts inscrits en une saison en Haute-Corse qu’en trois du côté de la Champagne certes, mais une faible présence dans le jeu aérien et un manque de repères dans la profondeur. Qu’importe, sa détermination, sa vista, sa sympathie, ont conquis le public de Furiani. Il faut dire que Brandao (voir par ailleurs) ne lui a pas opposé une vive concurrence dans ce domaine.

Même constat sur la ligne offensive du Gaz. Dans une équipe où le meilleur buteur était son numéro 10 (Larbi), John Tshibombu a gagné ses galons pour des éléments extrasportifs. D’abord l’étrange sonorité de son nom de famille, l’accolement tout aussi étonnant de son prénom, sa coupe de cheveux ostentatoire, son apparente jovialité. Sur le plan du terrain les arguments avancés se limitent à une grande combativité ou à un supposé don pour créer des espaces. Le bilan reste maigre : cinq buts en trente apparitions en Ligue 2. Son nom est pourtant sûr de rester gravé dans l’histoire du club : il est l’auteur d’un doublé lors du déjà mythique GFCA-Niort (3-2) ayant acté la montée en L1.

5*La star offensive qui a déçu (et continuera à décevoir ?)

GFCA-Bastia 05a Brandao GFCA-Bastia 05b Grégory Pujol

Toujours au rayon offensif, mentionnons les stars n’ayant pas apportés autant qu’escompté. Doux euphémisme dans le cas particulier de Brandao, rare folie financière du club bastiais ces dernières années. L’ancien Marseillais et Stéphanois avait fini par convaincre la Ligue 1 dans le registre de l’attaquant besogneux mais indispensable pour son travail d’usure. Puis patatras. Un coup de tête stupide et surmédiatisé aura eu raison d’une large partie de sa première saison en bleu. Blessure et bisbille financière achèvent le tableau. À ce jour, nouvelle suspension de trois matchs au début de la présente saison aidant, le Brésilien n’a inscrit qu’un seul but en match officiel avec le Sporting (défaite 4-1 à Marseille).

Côté rouge et bleu, le bilan de Grégory Pujol est légèrement plus flatteur. Mais éminement en-dessous des attentes vis-à-vis d’un joueur passé par Sedan, Nantes et Valenciennes, onze saisons de Ligue 1 en tant que titulaire derrière lui. Miné par des blessures, Pujol a manqué environ un tiers des rencontres la saison dernière, parvenant à inscrire une petite poignée de buts sans s’avérer décisif dans l’accession du club à l’élite. Depuis, il est apparu très effacé face au challenge du maintien. Contrairement à Brandao, son sens du collectif et son investissement ne peuvent être remis en cause. Son talent ? Disons qu’il ne saute pas aux yeux.

6*Le meneur de jeu nord-africain doué mais trop gourmand

GFCA-Bastia 06a Ryad Boudebouz GFCA-Bastia 06b Mohamed Larbi

L’un reste prometteur du haut de ses 25 ans dont sept en Ligue 1, l’autre arrive un peu tard pour espérer un destin dans de plus hautes sphères. Pour Ryad Boudebouz, deux ans en demi-teinte du côté du Sporting Club de Bastia avant de bifurquer l’été dernier à Montpellier, le problème se situe dans la régularité et l’efficacité. Sa technique au-dessus de la norme ne fait aucun doute, son sens du jeu non plus, mais travaille-t-il suffisament pour franchir le plafond de verre dans lequel il semble empêtré ? L’année écoulée est symptomatique pour l’international Algérien : il a poursuivi son 100 % dans le registre du pénalty, sa spécialité, soit cinq réalisations dans cet exercice, mais n’a pas signé le moindre but dans une action de jeu.

Bilan mitigé pour Mohamed Larbi au Gazelec l’an dernier. Meilleur buteur du club (huit réalisations) et seul véritable « 10 » de l’effectif, il essuie pourtant les foudres d’une partie du public (et de ses dirigeants parfois) pour cause d’excés de tricotage. Un temps annoncé partant pour l’Étoile du Sahel, le Tunisien participe finalement à l’aventure Ligue 1. Il n’a pas attendu pour susciter l’ire avec un pénalty manqué lors du match inaugural à Troyes…Deux points de perdus qui coûtent déjà cher pour les Ajacciens, bon dernier de L1 après cinq journées. Quant à Larbi il a déjà été écarté du groupe à deux reprises…sans explication.

7*Le trentenaire métronome du milieu de terrain.

GFCA-Bastia 07a Guillaume Gillet GFCA-Bastia 07b David Ducourtioux

La première image donnée par David Ducourtioux à un club corse concerne…Bastia, éliminé un soir de mars 2001 par Reims au stade des 1/8 de finale de la coupe de France, l’infatigable milieu de terrain signant l’unique but de la rencontre. Depuis, il aura pris du galon et tapé dans l’oeil du Gazelec à l’été 2014, au moment du projet ambitieux de maintien. Grâce notamment à l’apport de ce joueur de devoir, oeuvrant dans l’ombre pour mieux mettre ses coéquipiers dans la lumière, les ambitions initiales ont mué vers cette impensable montée. Au petit jeu des comparaisons, le Belge Guillaume Gillet a démontré des qualités similaires du côté du SCB. L’homme aux plus de 500 matchs avec Anderlecht, club emblématique où il vient de retourner malgré sa volonté de demeurer bastiais, a été autant un récupérateur précieux que le premier fer de lance des turchini. Comme Ducourtioux, il n’hésite pas à frapper au but ou à sortir de sa réserve pour percer un rideau défensif. Assurément une des plus grosses pertes de la L1 l’été dernier. Son dossier de transfert définitif au SCB a de bonnes chances d’être réactivé lors du marché hivernal.

8*Des gardiens qui ont fini par convaincre.

GFCA-Bastia 08a Alphonse Arreola GFCA-Bastia 08b Clément Maury

Comment obtenir une reconnaissance individuelle lorsqu’on évolue dans une équipe se distinguant par sa mécanique bien huilée ? Cette interrogation, Alphonse Arreola l’a ressentie au moment de son couronnement aux championnats du monde des moins de 20 ans en 2013. Il avait eu beau s’employer de manière décisive lors de la séance de tirs aux buts finale, médias et public n’avaient à la bouche que les noms de Thauvin, Pogba ou Lemina. Même anonymat au sein de la réserve du Paris SG, avant de flamber lors d’un prêt à Lens (élu meilleur gardien de L2). Alors, son passage à Bastia en 2014-2015 se devait de faire éclater son talent au grand jour. Mais à l’image de son club, Arreola est quelconque lors de la phase aller. Plutôt bon quand l’équipe assure, moyen quand elle stagne, à côté de ses pompes lors des naufrages collectifs. Perçu un temps comme un gardien « juste » spectaculaire au détriment de l’efficacité, le nouveau portier de Villarreal a fini par démontrer que le manque d’orthodoxie de ses interventions pouvait rîmer avec bonnes décisions. Sa régularité sur la phase retour n’a connu aucune fausse note, y compris un match ahurissant de tenacité au soir de la triste finale de Coupe de la Ligue pour éviter plus lourde addition (0-4 face au Paris SG).

De huit ans son aîné, Clément Maury (GFCA) devrait davantage se situer au stade de la confirmation. Pourtant, le film de sa carrière raconte l’histoire d’un gardien espoir ayant du mal à obtenir l’unanimité. De présélections en U17 et U18 sans jouer à des mises en concurrence délicates lors de ses arrivées dans de nouveaux clubs. Gazier depuis 2010, soit l’amorce de l’actuelle épopée ajaccienne (montée en national à l’issue de la saison 2010-2011), il a subi des critiques quant à son style manquant d’autorité, notamment lors de la redescente immédiate Ligue 2-National de 2012-2013. Son allure de gendre idéal n’arrangeant rien pour qui aime la rugosité, Maury a conquis les derniers sceptiques lors de la phase retour 2014-2015. Au sein d’un club peu doué pour marquer (déjà le cas la saison dernière, encore plus valable en Ligue 1), il permet concrètement au club de ne pas s’effondrer dans les méandres d’un goal-average rédhibitoire.

9*Le grand « ancien » qui se pose en gardien du temple

GFCA-Bastia 09a François Modesto GFCA-Bastia 09b Louis Poggi

L’un s’affirme toujours comme un titulaire indiscutable, l’autre soigne ses plaies et ne sait pas encore s’il pourra découvrir une Ligue 1 si méritée. Versant nord, François Modesto, auteur d’un étonnant come-back sur sa terre natale en 2013. Jusque là ce combatif défenseur polyvalent (positionné le plus souvent en charnière centrale, mais aussi en latéral voire en récupérateur au fil de sa carrière) n’était pas prophète en son pays. Formé au SCB au milieu des années 1990, il n’y joue qu’une vingtaine de matchs en pro avant de s’exiler sur une autre île : la Sardaigne. Du côté de Cagliari où il acquière une belle notoriété en cinq saisons, malgré les répétitifs ascenseurs du club entre Série A et série B. Sa régularité tape dans l’oeil de Didier Deschamps, alors entraineur de Monaco, et contraint de reconstruire son effectif après les multiples transactions autour des finalistes de la Champions League 2004. Considéré un temps comme un plan de secours, Modesto gagne ses galons et joue plus de 200 matchs en six saisons. Son palmarès reste cependant vierge et il doit joindre les Grecs d’Olympiakos pour être enfin sacré (trois titres de champion et deux coupes nationales). Désormais âgé de 37 ans, il compense ses limites physiques par une expérience bienvenue dans l’effectif bastiais, tel un sens du jeu qui le voit souvent être à la retombée sur les corners. Son caractère entier et son accent corse ayant survécu à tous les dépaysements ont aussi de quoi ravir le public de Furiani.

Perçu (à raison) comme un enfant du GFCA, Louis Poggi est pourtant né à Bastia ! Son destin rouge et bleu s’écrit alors qu’il n’est pas encore majeur, via des premières apparitions lors de la saison 2000-2001, moment où les gaziers subissait le contrecoup du refus par la ligue de l’accession en D2 de 1999. Son gabarit chétif (1m73 et une soixantaine de kilos) ne laissait pas encore deviner son aisance balle au pied, ni son rôle de métronome décisif. Aligné tout comme Modesto à tous les postes à vocation défensive, il se signale pourtant par son goût de projection vers l’avant. Son apparence physique autant que son allure évoque un certain Ludovic Giuly. Après avoir contribué à stabiliser le club en National, il ouvre une parenthèse en rejoignant Toulon à l’été 2005. Malgré une place de titulaire, l’épanouissement n’est pas au rendez-vous et il revient dans son club phare deux ans plus tard. Le club vivote alors en CFA et il faudra plusieurs saisons pour retrouver une ambition autre que le maintien. Aussi, la montée en National de 2011 coincide avec le meilleur ratio statistiques d’un Poggi sujet aux blessures (23 matchs, 7 buts), réalisant une saison davantage pleine dans la foulée (37 matchs, 5 buts) pour rejoindre une première fois la L2. Hélas mal préparé à cette révolution, le club occupe la dernière place de la division toute l’année. Et alors que la nouvelle « double montée » (de National en L1 en deux ans) sacre les années Poggi, fidèle parmi les fidèles, le capitaine courage doit jusqu’à présent suivre les affres de son club depuis les tribunes. Tout comme il avait dû renoncer aux rencontres décisives en fin de saison dernière. À l’heure où le club ne compte qu’un point en cinq rencontres, l’histoire serait particulièrement cruelle de ne pas s’en remettre à ses glorieux aînés.

10*Des stades à la mauvaise réputation

GFCA-Bastia 10a fumigènes Furiani

Les incidents ayant suivi la réception de Monaco en 2013 avaient valu trois points de pénalité au GFCA.

Les incidents ayant suivi la réception de Monaco en 2013 avaient valu trois points de pénalité au GFCA.

Qui soutient ardemment le Gazelec Football Club d’Ajaccio ou le Sporting Club de Bastia a connu les affres de rencontres « à domicile » disputées dans des contrées aussi variées que Tours, Istres ou Gueugnon. Ne parlons même pas du nombre de huis-clos imposés par la Ligue, suite le plus souvent à des débordements en tribunes. Fumigènes et bombes agricoles restent partie intégrante de la culture supportériste en Corse, le complèment aux vives interpellations des joueurs de l’équipe adverse. Hors de question qu’un déplacement à Furiani ou Ange-Casanova ressemble à une visite de courtoisie. Certains parlent de folklore, d’autres d’abus d’un autre temps. En Corse, on insiste sur l’importance de l’identité : joueurs et dirigeants vont et viennent, le public perpétue la légende. Recevoir férocément le Paris SG ou l’OGC Nice est autant un devoir qu’un héritage. Néanmoins c’est le versant familial et communautaire qui domine dans ces deux stades. On sait pourquoi on y va et on est rarement déçu.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s