Retour sur la 7e édition du festival Under My Screen – Ajaccio, Espace Diamant

Durant une semaine, la Cité Impériale a vécu au rythme de la production cinématographique anglo-irlandaise via le festival Under My Screen. Lancé en 2009 par un petit groupe de passionnés, ce programme connaît un succès grandissant. Diagnostic confirmé de visu avec les importantes affluences de cette année.

Affiche Under My Screen

C’était un vieille curiosité que de me rendre à ce festival, mais n’ayant jamais réussi à faire concorder le calendrier de ma vie toulousaine avec la semaine automnale d’Under My Screen, il avait été remis à des jours incertains. 2015 fut donc la bonne édition pour étoffer mon champ cinéphilique, mieux qu’un lot de consolation face à ma désertion forcée du festival Séquence Court-Métrage, programmé une semaine plus tôt à Toulouse.

Je n’ai pu jauger de l’intégralité des films en compétition, puisque pris le festival en cours le vendredi soir, en commençant qui plus est par une séance spéciale chapeautée par l’Espace Diamant. En effet, Indian Palace 2, hors-compétition, était voulu comme une sorte de respiration avant deux derniers jours chargés. Ne connaissant pas le premier volet, je ne saurais dire si mon jugement sur sa séquelle aurait été plus clément. Rarement l’ennui ne m’aura gagné à ce point dans une salle de cinéma. Pas grand-chose à sauver dans cet énorme fouillis autour d’un hôtel conceptuel pour les personnes âgés. Le film est tant miné par ses micro-histoires secondaires que tout le devient : même les acteurs principaux se noient dans la masse, les guest stars prestigieuses paraissent aussi embarrassées que les spectateurs, Richard Gere le premier, jouant uniquement sur son aspect iconique. Les cinq premières minutes préfiguraient un univers fantasque au cœur de l’Inde, de quoi laisser poindre l’espoir d’un grain de Wes Anderson dans le texte (réalisateur qui m’est brièvement venu en tête, encore marqué que je suis par Grand Budapest Hotel deux ans après), doux rêve rapidement brisé tant les films ont si peu en commun.

La suite du festival me fera aisément oublier cette première amère. Via notamment le très attendu Kill your friends, diffusé le samedi en fin d’après-midi. Il s’agit d’une plongée dans le dernier âge d’or (commercialement parlant) de l’industrie du disque, soit la fin des années 1990. Nous suivons ce monde vorace et perfide à travers les yeux d’un arriviste sans scrupules. Le film déconstruit tout fantasme idéaliste concernant l’univers étudié, offre des scènes à la violence physique et morale insoutenables, se permet des procédés de mise en scène ingénieux. L’acteur Nicholas Hoult nous enferme dans son carcan, nous devenons complices de ses manigances à notre corps défendant, éprouvons parfois de la culpabilité pour mieux nous languir de la suite. J’ai pu ainsi me délecter des réactions paradoxales de deux femmes situées au rang au-dessus de moi, répétant « Ho là là, non vraiment c’est n’importe quoi ! Cela va trop loin ! » sans pouvoir s’empêcher d’être captivé.

Seul bémol à apporter, les diverses impressions de déjà-vu, aussi bien par son thème et son ton rappelant furieusement 99 francs ou American psycho, son montage saccadé à la façon de réalisateurs issus de la pub tels David Fincher ou Michel Gondry, ou son message amorale de fond avec une fin pied-de-nez, similaire en tous points à celle du film social de Costa-Gavras, Le couperet où José Garcia liquidait ses concurrents pour obtenir l’emploi de ses rêves.

Journée dominicale chargée avec enchaînement de trois films, à la fois très divers par leur sujet mais tous portés par l’idée d’une avancée humaniste. Ainsi l’infirmière de guerre de Mémoires de jeunesse prend une part dans la cause féministe des militantes des Suffragettes, figures avant-gardistes d’une génération, tandis que les suicidaires refoulés de A long way down reprennent goût à la vie en se soudant face à une médiatisation outrageuse de leur histoire.

Le premier nommé est une œuvre poignante, située au cœur du conflit 14-18 sans être un film de guerre à proprement parler. En fil rouge le portrait d’une jeune femme tiraillée entre ses différentes vocations, se construisant à travers la perte d’êtres chers. Sous forme de journal de bord intime, Mémoires de jeunesse retrace une époque charnière avec des acteurs impeccables et un soin particulier apportée à la photographie. Ce film m’a rappelé par certains côtés la série Downtown Abbey (le côté soap-opera appuyé en moins) ou Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet. À la fois une époque et un climat commun, difficilement définissable.

J’ai été un peu moins convaincu par la comédie sociale contemporaine A long way down, dont l’enjeu dramatique m’a échappé. Le lien entre les quatre protagonistes est construit de manière abrupte, puis renforcé sans que la situation sonne juste. En dehors de cette mise en place contestable, l’alchimie opère grâce à la profonde empathie que nous inspire le quatuor. Pierce Brosnan appréciable dans un registre survolté, Imogen Poots touchante dans son mélange de fragilité pleine de verve, Aaron Paul convaincant en cœur fêlé tandis que Toni Collette apparaît comme une sobre dépressive. Les dialogues, épicés et savoureux, suffisent à balayer les quelques approximations. J’avoue ne pas avoir pu profiter de la séance à part entière, car j’avais à ma gauche une personne âgée ruminant d’indescriptibles propos doublés d’une forte respiration, le genre de coup du sort qui peut changer la perception d’un film.

Retour à la petite histoire dans la grande avec Les suffragettes, caméra embarquée dans le bouleversement du quotidien d’une ouvrière décidant de militer pour le droit de votes des femmes. En plus de constituer une œuvre pédagogique sur un des premiers mouvements prônant l’égalité des droits entre les sexes (là aussi les années 1910), le film de Sarah Gavron est une ode universelle sur la liberté. Par sa critique d’un monde entrepreneuriale confinant à l’asservissement, il résonne encore et toujours un siècle plus tard.

La forme est assez conventionnelle, sans grande variété de plans ou de procédés techniques, mais était-ce bien nécessaire avec un sujet aussi fort ?

Je ressors donc globalement ravi de ce Under My Screen 2015, me demandant seulement si une vision moins partielle (les deux tiers du programme m’ont échappé) aurait renforcé ou atténué mon enthousiasme. D’ici là, l’envie de réviser mes classiques en cinéma britannique aura eu tout le temps de me tarauder.

La bande-annonce officielle du festival, aussi dynamique que poétique, donne un fidèle aperçu de la sélection.

Voici les différents pitchs des films ayant figuré au programme, pour certains en avant-premières nationales :

A LONG WAY DOWN de Pascal Chaumeil avec Pierce Brosnan, Toni Collette, Aaron Paul…

Londres, le soir du nouvel an. Déterminé à en finir, Martin, ancien présentateur vedette grimpe sur le toit d’un immeuble. Mais la malchance le poursuit. Maureen, Jay-Jay et Jessie, trois autres cabossés de la vie sont venus eux aussi se jeter dans le vide au même endroit ! Cette improbable bande réunie par le destin se lance alors un défi : retrouver le sens de leurs vies d’ici à la Saint-Valentin. Mais pour l’ex-star de la TV, le livreur de pizza frustré, la mère célibataire et la fille de politicien, obligés de cohabiter, c’est le début d’aventures qui ne seront pas de tout repos !

CHRISTINA NOBLE de Stephen Bradley avec Deirdre O’Kane, Sarah Greene, Gloria Cramer Curtis…

Lorsqu’elle arrive au Vietnam – un pays qu’elle n’aurait pas su situer sur une carte – Christina ignore ce qu’elle vient y chercher. Guidée par une intuition , cette irlandaise de caractère pressent qu’ici sa vie va changer. Sa rencontre avec deux petites orphelines livrées à elles-mêmes va la renvoyer à son propre passé. Celui d’une gamine des quartiers déshérités de Dublin, qui, elle aussi, a connu la pauvreté, la violence, l’abandon… Pas d’hésitation: la main qu’on ne lui a pas tendue à l’époque, elle va la tendre maintenant à ces fillettes et leur rendre leur enfance. Ce qu’elle ignore encore, c’est qu’il y en aura bientôt des milliers. Pour tous ces enfants, Christina va devenir « Mama Tina »…

LES SUFFRAGETTES de Sarah Gavron avec Carey Mulligan, Helena Bonham Carter, Meryl Streep…

Au début du siècle dernier, en Angleterre, des femmes de toutes conditions décident de se battre pour obtenir le droit de vote. Face à leurs revendications, les réactions du gouvernement sont de plus en plus brutales et les obligent à entrer dans la clandestinité pour une lutte de plus en plus radicale. Puisque les manifestations pacifiques n’ont rien donné, celles que l’on appelle les suffragettes finissent par avoir recours à la violence pour se faire entendre. Dans ce combat pour l’égalité, elles sont prêtes à tout risquer: leur travail, leur maison, leurs enfants, et même leur vie. Maud est l’une de ces femmes. Jeune, mariée, mère, elle va se jeter dans le tourbillon d’une histoire que plus rien n’arrêtera…

45 YEARS d’Andrew Haigh avec Charlotte Rampling, Tom Courtenay, Geraldine James…

Kate et Geoff Mercer sont sur le point d’organiser une grande fête pour leur 45e anniversaire de mariage. Pendant ces préparatifs, une lettre bouleverse la vie du couple : le corps du premier grand amour de Geoff, disparue 50 ans auparavant dans les glaces des Alpes, vient d’être retrouvé…

MEMOIRES DE JEUNESSE de James Kent avec Alicia Vikander, Kit Harington, Taron Egerton…

Printemps 1914. Jeune femme féministe à l’esprit frondeur, Vera Brittain est résolue à passer les examens d’admission à Oxford, malgré l’hostilité de ses parents particulièrement conservateurs. Décidée à devenir écrivain, elle est encouragée et soutenue par son frère et sa bande d’amis – et notamment par le brillant Roland Leighton dont elle s’éprend. Mais les rêves de Vera se brisent au moment où l’Angleterre entre en guerre et où tous les jeunes hommes s’engagent dans l’armée. Elle renonce alors à écrire pour devenir infirmière. Tandis que la jeune femme se rapproche de plus en plus du front, elle assiste avec désespoir à l’effondrement de son monde.

LES EXILÉS de Rinatu Frassati avec Jérémy Alberti, Marie-Ange Casta, Paul Garatte…

Le film nous plonge dans la seconde moitié du XVIIIème siècle quelque part au royaume de Naples. Un jeune soldat de l’armée royale française est à la recherche d’un exilé corse, du nom de Pasquale Paoli. Il a une mystérieuse lettre pour lui. Il croise sur sa route le vieux Ghjacintu qui va alors lui proposer un étrange voyage pour l’aider à accomplir sa quête. Ce périple entrainera au cœur de la Corse et de son histoire, où d’étonnantes révélations l’attendent…

KILL YOUR FRIENDS de Owen Harris avec Nicholas Hoult, Craig Roberts, James Corden…

Londres, 1997. Les groupes pop comme Blur, Oasis et Radiohead règnent en maîtres sur les ondes. Steven Stelfox, 27 ans, producteur de musique et chasseur de talents, écrase tout sur son chemin. Poussé par sa cupidité, son ambition et une quantité inhumaine de drogues, il recherche le prochain tube. C’est l’époque d’un business où les carrières se font et se défont. A mesure que les tubes se font plus rares, il tente de désespérément de sauver sa carrière.

HECTOR de Jake Gavin avec Peter Mullan, Keith Allen, Natalie Gavin…

Comme tous les ans à l’approche de Noel, Hector Mac Adam (Peter Mullan) prend la route entre l’Ecosse et Londres pour retrouver un peu de chaleur dans un refuge qui offre aux sans abris un bon diner de fête.Depuis qu’il est SDF Hector a appris à accepter les gens et la vie comme ils viennent : amitié et douceur, déception et cruauté, peine et joie. Sentant que c’est peut-être son dernier voyage, Hector prend des chemins de traverse et tente de se raccrocher à son passé et ce qu’il a laissé derrière lui.

INDIAN PALACE 2, SUITE ROYALE de John Madden avec Judi Dench, Maggie Smith, Bill Nighy

Maintenant que l’hôtel Marigold affiche complet, ses directeurs, Muriel Donnelly et Sonny Kapoor songent à l’agrandir. Ils ont justement trouvé l’endroit idéal pour ouvrir un deuxième établissement. Tandis que le projet avance, Evelyn et Douglas qui travaillent désormais à Jaipur, se demandent où leurs rendez-vous réguliers autour des délices de la cuisine indienne vont les mener. Norman et Carole essaient de maîtriser les difficultés d’une relation exclusive, et Madge hésite entre deux prétendants aussi intéressants l’un que l’autre. Récemment arrivé, Guy Chambers trouve sa muse en la personne de Mme Kapoor la mère de Sonny, pour écrire son nouveau roman. Sonny doit très bientôt épouser Sunaina, l’amour de sa vie mais il est de plus en plus absorbé par le nouveau projet d’hôtel, qui exige tout son temps… Seule Muriel pourrait peut-être avoir des réponses : personne n’a de secret pour elle. Alors que le grand jour approche, l’ivresse de la préparation d’un mariage traditionnel indien s’empare de tout le monde…

WOMAN IN GOLD de Simon Curtis avec Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl…

Lorsqu’il fait la connaissance de Maria Altmann, un jeune avocat de Los Angeles est loin de se douter de ce qui l’attend… Cette septuagénaire excentrique lui confie une mission des plus sidérantes : l’aider à récupérer l’un des plus célèbres tableaux de Gustav Klimt, exposé dans le plus grand musée d’Autriche, dont elle assure que celui-ci appartenait à sa famille ! D’abord sceptique, le jeune avocat se laisse convaincre par cette attachante vieille dame tandis que celle-ci lui raconte sa jeunesse tourmentée, l’invasion nazi, la spoliation des tableaux de sa famille, jusqu’à sa fuite aux Etats-Unis. Mais l’Autriche n’entend évidemment pas rendre la « Joconde autrichienne » à sa propriétaire légitime… Faute de recours, ils décident d’intenter un procès au gouvernement autrichien pour faire valoir leur droit et prendre une revanche sur l’Histoire.

THE RIOT CLUB de Lone Scherfig avec Sam Clafin, Max Irons, Douglas Booth…

Le Riot Club est réservé à l’élite de la nation. Ce cercle très secret d’Oxford fait de la débauche et de l’excès son modèle depuis 3 siècles. Miles et Alistair, deux étudiants en première année, ne reculeront devant rien pour avoir l’honneur d’en faire partie…

CALVARY de John Michael McDonagh avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly…

La vie du père James est brusquement bouleversée par la confession d’un mystérieux membre de sa paroisse, qui menace de le tuer. Alors qu’il s’efforce de continuer à s’occuper de sa fille et d’aider ses paroissiens à résoudre leurs problèmes, le prêtre sent l’étau se refermer inexorablement sur lui, sans savoir s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend…

LE MONDE DE NATHAN de Morgan Matthews avec Asa Butterfield, Rafe Spall, Sally Hawkins…

Nathan est un adolescent souffrant de troubles autistiques et prodige en mathématiques. Brillant mais asocial, il fuit toute manifestation d’affection, même venant de sa mère. Il tisse pourtant une amitié étonnante avec son professeur anticonformiste Mr. Humphreys, qui le pousse à intégrer l’équipe britannique et participer aux prochaines Olympiades Internationales de Mathématiques. De la banlieue anglaise à Cambridge en passant par Taipei, la vie de Nathan pourrait bien prendre un tour nouveau…

LE PETIT PRINCE de Mark Osborne avec les voix de Clara Poincaré, André Dussollier, Florence Foresti…

C’est l’histoire d’une histoire. C’est l’histoire d’une petite fille, intrépide et curieuse, qui vit dans un monde d’adultes. C’est l’histoire d’un aviateur, excentrique et facétieux, qui n’a jamais vraiment grandi. C’est l’histoire du Petit Prince qui va les réunir dans une aventure extraordinaire.

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