Critique Les huit salopards (Allociné)

Allociné Les huit salopards

Les huit salopards de Quentin Tarantino avec Samuel L. Jackson, Kurt Russell, Jennifer Jason Leigh (USA; 2015) *****

Quelques années après la Guerre de Sécession, le chasseur de primes John Ruth, dit Le Bourreau, fait route vers Red Rock, où il conduit sa prisonnière Daisy Domergue se faire pendre. Sur leur route, ils rencontrent le Major Marquis Warren, un ancien soldat lui aussi devenu chasseur de primes, et Chris Mannix, le nouveau shérif de Red Rock. Surpris par le blizzard, ils trouvent refuge dans une auberge au milieu des montagnes, où ils sont accueillis par quatre personnages énigmatiques: le confédéré, le mexicain, le cowboy et le court-sur-pattes. Alors que la tempête s’abat au-dessus du massif, l’auberge va abriter une série de tromperies et de trahisons. L’un de ces huit salopards n’est pas celui qu’il prétend être; il y a fort à parier que tout le monde ne sortira pas vivant de l’auberge de Minnie…

Les huit salopards photo+

Western moderne ? Hommage au genre par un cinéphile averti ? Pour une part sans doute, mais avant tout un authentique opus de Quentin Tarantino. Un des auteurs les plus inventifs du cinéma US distille tout son savoir-faire, réaffirme son identité, appuie tous ses maniérismes avec grandiloquence, comme s’il voulait enfoncer le clou après pas loin de 25 ans d’activité à Hollywood. En effet, une ambiance « fin de cycle » nimbe le film, une apparente volonté de boucler la boucle de manière éclatante, de reproduire les ingrédients faisant la force des précédentes œuvres du réalisateur au point de constituer une sorte de best of : la tension d’un huis-clos belliqueux à la Reservoir Dogs, le montage ingénieux et l’alternance des points de vue de Pulp Fiction, l’époque et les thèmes communs avec Django unchained, les dialogues étirés sur des détails d’apparence insignifiants comme dans Boulevard de la mort (l’ennui en moins), éléments auxquels il faut ajouter un casting composé de figures connues des films de Tarantino (Michael Madsen, Samuel L. Jackson, Tim Roth, Kurt Russell…) et la bande-son du légendaire Ennio Morricone. Le compositeur italien de 87 ans s’est tout spécialement remis à l’ouvrage pour l’occasion, après avoir vu d’anciens titres peupler Kill Bill Volume 2 et Inglorious Basterds.

Autrement dit rien de nouveau dans le désert ? Et bien non, l’exploit est là, Tarantino parvient à magnifier l’outil à sa disposition sur le fond comme sur la forme. Il tire parti d’une histoire on ne peut plus simple en redistribuant plusieurs fois les cartes en chemin, parvenant ainsi à manipuler le spectateur en continu, à multiplier les contre-pieds sans sacrifier le moins du monde la cohérence. Il transcende des décors minimalistes par une esthétique soignée et le choix d’un cadrage élargi comme le cinéma n’en ose plus. Séparément les procédés du réalisateur ne seraient que gadgets, mis bout à bout ils sont la substance de l’œuvre. Une lettre à la signature prestigieuse, un café au goût douteux, une porte à la fermeture récalcitrante, un bonbon laissé à l’abandon sur le sol, un succulent ragoût, autant de prétextes à disserter de longues minutes entre les personnages. Un moyen surtout d’obtenir des informations les uns sur les autres, avant que le chaos succède à la suspicion. La montée en puissance est renforcée par le découpage en six chapitres (un très old school entracte de quinze minutes étant censé succéder au 3e chapitre) et le jeu survolté des acteurs. Victimes et bourreaux s’inversent régulièrement dans un jeu dangereux pour faire tomber les masques. À tout moment transpire le plaisir cinéphile contagieux de l’auteur…sa jubilation complaisante diront ses détracteurs.

La promotion du nouveau Tarantino insistait sur le chiffre 8. Pour les huit salopards mentionnés dans le titre ? Accessoirement. Grâce à un décompte astucieux, ce film « devenait » le 8e du réalisateur, les deux volumes de Kill Bill (2003-2004) ne valant plus qu’un tandis que les réalisations partielles telles Four Rooms (1995) ou Sin City (2005) échappaient à la numérotation. Impossible d’y voir une coïncidence quand on connaît le fétichisme exacerbé de l’auteur. Insister sur ce point c’est une manière d’assumer un peu plus le produit fini, de revendiquer sa place dans l’histoire du cinéma. Alors, huitième Merveille du monde The Hateful Eight ? Assurément exagéré. Chef d’œuvre du septième art ? Dans son genre, oui.

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