Le TFC en Ligue 2, tout sauf un accident ! – Lettre ouverte à Olivier Sadran (Fou2Foot)

Cruelle désillusion. Une de plus. Une de trop. À l’issue d’un énième samedi soir catastrophique, le Toulouse Football Club s’est retrouvé à dix longueurs de la zone verte.

Les plus illuminés pourraient encore voir les deux buts rennais inscrits dans les arrêts de jeu comme de la malchance…Ce serait oublier que le football comporte des instants supplémentaires « compensatoires », ayant la même valeur que le temps de jeu « officiel ».

Dominique Arribagé a (enfin) jeté l’éponge tandis qu’Olivier Sadran promet de relever le gant, tout en distillant quelques contre-vérités en chemin.

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Ceci n’est pas un article, mais le droit de réponse d’un sympathisant du TFC comme tant d’autres. De ceux qui ont vu le mur se rapprocher depuis longtemps.

Cher Mr Sadran,

Voici maintenant trois ans que j’écris, porté par ma seule passion puisqu’à titre bénévole, des compte-rendus et articles critiques sur les prestations du Toulouse Football Club. J’ai vécu neuf ans à Toulouse, me suis rendu une bonne centaine de fois au Stadium, et suis même allé jusqu’à m’abonner durant la saison 2014/2015. Pourtant, je ne me définis pas comme un supporteur du club, plutôt un sympathisant, un observateur (je l’espère éclairé) de la marche des Violets. Durant ces dernières années, ma plume se voulait, au-delà des constats objectifs de performances et résultats, bienveillante à l’attention du TFC, limite amicale, jamais complaisante.

Depuis 2006, j’ai vu éclore d’authentiques grands joueurs de football au Stadium (Capoue, Sissoko, Ben Yedder), en ai vu d’autres franchir un palier dans leur carrière (Mathieu, Gignac, Aurier), me suis délecté de certaines trouvailles de la cellule recrutement (Elmander, Braaten, Abdennour), j’ai hélas constaté aussi le déclin progressif de l’ambition du club, pour ne pas dire l’absence d’une ligne directrice dans sa politique sportive. Celle-ci s’est caractérisé par les ventes à prix d’or de ses meilleurs éléments (normal en soi) et surtout leur remplacement par des joueurs de faible envergure. Au fil des saisons, le marché des transferts devint le sujet de plaisanterie le plus répandu dans les travées du Stadium. Principalement tourné vers le circuit national entre 2003 et 2010, le recrutement a ensuite pris un virage que l’on qualifie volontiers « d’exotique », avec notamment un goût prononcé pour les joueurs issus de l’Est de l’Europe (Ninkov, Spajic, Furman, Grigore, Veskovac, Pesic). Des cracks issus des championnats de l’ancien bloc communiste ? Que nenni, des seconds couteaux d’un âge trop avancé pour prétendre à une marge de progression. Les belles affaires réalisées lors des départs d’André-Pierre Gignac (20 millions d’euros), Étienne Capoue (14 millions d’euros) et Serge Aurier (15 millions d’euros) auront servi à assainir les caisses, et pas plus. Être le seul club de Ligue 1 à afficher une balance commerciale excédentaire sur l’année 2014 a constitué votre plus grande fierté, soit ! Le TFC est ce patient qui va mourir en bonne santé…

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Le président Sadran face à un exercice de justification qu’il abhorre.

Mais revenons plus en détail sur vos déclarations lors de cette conférence de presse improvisée suite à TFC/Rennes. Ainsi, selon vous le Toulouse Football Club est « un club auquel il arrive un accident après treize ans de Ligue 1 ». De prime abord, le choix du mot « accident » m’a interpellé, m’a paru déconnecté de la situation, mais en tâchant d’être un minimum magnanime j’ai pris le dictionnaire en ligne à ma disposition pour me pencher sur le terme.

Accident (nom masculin) : Événement soudain et inattendu qui entraîne des dégâts et des dommages. Soudaine la chute au classement des Violets ? Inattendu le déclin du club Haut-Garonnais ? Difficile à croire, par contre pour les dégâts et les dommages on pourra juger sur pièces à l’orée de la prochaine saison. Rien concernant le système de fonctionnement du club n’a été remis en cause suite au naufrage évité de justesse en 2015. Pis, il s’est ajouté une certaine parole évangélisatrice voulant que les incantations multiples suffiraient à maintenir le club au-dessus de la zone rouge.

Vous avez cependant, Mr Sadran, intégré le fait de jouer en L2 l’an prochain en arguant pouvoir compter sur « Des jeunes de talents » pour remonter le plus vite possible. Or les éléments auxquels vous faites référence, issus du centre de formation, sont peu ou prou les mêmes n’ayant su ramener l’équipe réserve du CFA2 au CFA. Peut-on parier les yeux fermés sur un apprentissage en accélérée du monde professionnel ?

Vous avez par ailleurs, en dépit d’un mea culpa entre les lignes, assumé le choix de Dominique Arribagé comme coach dépassant la fonction de pompier car « C’est lui qui a sauvé le club l’an dernier, je voudrais qu’on ne l’oublie pas. ». La notion d’un « sauvetage » réduit à l’action d’un seul homme est un raccourci factuellement malhonnête. Il omet de mentionner l’effondrement d’un club comme l’Evian TG dans la dernière ligne droite, le retour de la motivation de certains joueurs à l’approche de la période des transferts, il fait fi du faible écart de points avec le premier non-relégable (trois, soit une victoire) laissé par Alain Casanova au moment de son départ. Le TFC sous Dominique Arribagé c’est deux matchs références (au Moustoir et au Stadium face à Lille), trois tout au plus si on inclut son baptême devant Bordeaux, et rien derrière. Les deux cuisantes défaites, anecdotiques sur le fond mais radicales sur la forme, subies en fin de saison 2014-2015 auraient dû alerter davantage sur la capacité sportive de ce groupe. Au-delà du rebond propre à un changement de coach, l’effectif n’était pas assez riche pour rivaliser sur le long terme avec ses homologues de L1.

Vous avez souligné votre volonté de « ne pas prendre quelqu’un à la hâte », soit. On pourrait pointer de nouveau le manque d’anticipation tant le sort de Dominique Arribagé paraissait inéluctable depuis l’automne dernier, mais ne faisons pas la fine bouche, vous avez tranché avec les traditions locales en débauchant Pascal Dupraz de sa place en or à Canal+. Ce fort en gueule, mais aussi en actes, a le profil pour relever le challenge. Quand bien même il n’y parviendrait pas, il aura l’occasion d’insuffler un regain de gnac au sein d’un groupe amorphe, puis de travailler à la reconfiguration de l’effectif l’été prochain.

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Dupraz, une arrivée « historique » vue d’un bon œil par beaucoup de supporteurs violets.

Vous m’avez laissé circonspect au détour d’une question sur votre part de responsabilité dans le bilan famélique de ce TFC 2015-2016 : « Lorsqu’on est propriétaire d’un club on en est la première victime et le premier responsable ».

La notion de « victime » pour un dirigeant laisse pantois. Êtes-vous victime de vos activités plurielles ne vous laissant que 5 % de temps disponible pour vaquer aux destinées du Toulouse Football Club ? Êtes-vous victime de votre entêtement à conserver Wissam Ben Yedder, entretenant ainsi des tensions malvenues, alors qu’un destin doré s’ouvre à lui depuis longtemps ? Êtes-vous victime de votre propension à un entre-soi où la critique ne fait pas bon ménage ?

Autant d’interrogations traversant le petit cerveau de « journaleux » auquel vous ne manqueriez pas de me ramener.

En dehors des erreurs de management, vous n’avez pas esquissé le moindre grief quant au niveau sportif de l’effectif, au contraire vous avez affirmé que « ce ne n’est pas qu’il y ait des mauvais joueurs, c’est qu’ils jouent avec la pression », implacable, n’est-ce pas ?

Pensez-vous sérieusement qu’un Aleksander Pesic dénué de pression claquerait quinze buts par saison ? Qu’un Marcel Tisserand serein réussirait davantage de centres millimétrés ? Qu’un Yann Bodiger à l’esprit dégagé deviendrait une sentinelle infranchissable ? Qu’un Issa Diop décomplexé prendrait moins de cartons rouges ? Qu’un Mauro Goicoechea confiant se révélerait le nouveau Petr Cech ?

Lors de cette conférence de presse, autant que lors de la suivante aux côtés de Pascal Dupraz, vous avez effectué Mr Sadran un petit pas vers l’autocritique, sans vous démunir d’une certaine morgue à l’encontre de vos contradicteurs. Ne serait-ce que pour cela je continuerai à souhaiter le meilleur au Toulouse Football Club, quand bien même sa descente en Ligue 2 aurait tout d’une morale à la Jean De La Fontaine. Elle ne serait pas évoquée à la rubrique des faits divers comme un vulgaire accident, mais bien au centre des pérégrinations sportives.

Émilien Bartoli

www.lecrivant.com

https://twitter.com/emilienbartoli2

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