Critique L’Odyssée (allociné)

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L‘odyssée de Jérôme Salle avec Lambert Wilson, Pierre Niney, Audrey Tautou (France; 2016) ****

1948. Jacques-Yves Cousteau, sa femme et ses deux fils, vivent au paradis, dans une jolie maison surplombant la mer Méditerranée. Mais Cousteau ne rêve que d’aventure. Grâce à son invention, un scaphandre autonome qui permet de respirer sous l’eau, il a découvert un nouveau monde. Désormais, ce monde, il veut l’explorer. Et pour ça, il est prêt à tout sacrifier.

L’art du biopic se décline décidément en maintes formes, plus ou moins efficaces, plus ou moins adaptées à la figure étudiée. Pour parler du célèbre Commandant Cousteau, Jérôme Salle opte pour une brillante alternative, ni exhaustivité ni centralisme empêchant la hauteur de vue, c’est autant un film sur l’entourage de Cousteau, son « monde », à la fois intime et professionnel, que sur les changements des mœurs de notre société à travers les décennies. La mer et ses habitants est le vrai sujet du long-métrage, la façon dont on la considérait dans les années 1950 quand on voulait la conquérir puis l’évolution des mentalités vers une volonté de la préserver avant tout. En tant qu’explorateur passionné, Cousteau a grandement participé à la prise de conscience générale, non sans être tombé auparavant dans de multiples travers. La palme d’or reçue par Le monde du silence en 1956 paraîtra incongrue aux enfants des années 1980 et 1990, et le point de vue consistant à condamner les exactions de l’équipage d’alors serait à la fois réducteur et anachronique. Aussi le coup de génie du film est d’avoir réservé ce regard critique à un des fils du commandant (nouvelle performance éblouissante de Pierre Niney), écologiste d’avant-garde dont l’opposition constante avec les ambitions de son père est un des fils rouges.

Loin de l’hagiographie, le récit se permet aussi de titiller la légende de l’homme au bonnet rouge (sans jamais l’écorner sur le fond) sur le plan privé (infidélités, choix égoïstes propres à tout passionné) et gestion (flop économique de certains de ses projets démesurés). L’homme de génie transpire tout autant à d’autres moments : visionnaire, culotté, audacieux, sans concessions. Ses traits péjoratifs semblent découler tout droit de ses qualités. En se concentrant sur sa période de navigateur, le film évite toute digression psychologique inutile sur un éventuel traumatisme d’enfance ou un choix de vie découlant de sa carrière militaire, laisse le spectateur libre d’interpréter les aspirations de Cousteau pour la mer. Lambert Wilson excelle dans ce costume d’homme aussi sobre qu’extraverti, Audrey Tautou est aussi très convaincante dans le rôle de la femme progressivement délaissée, elle donne à sa carrière des virages de plus en plus détonnants.

Sur le plan de la réalisation elle-même, le pari de l’équilibre entre histoire personnelle et grand spectacle est lui aussi tenu. L’expédition finale en Antarctique est particulièrement digne d’intérêt, n’a rien à envier aux grosses productions américaines, les montages permettant la mise en avant des contrastes entre le père et le fils sont tout aussi brillants. La musique utilisée est elle aussi en adéquation avec le sujet. Si défauts il faut signaler, ce serait ces quelques séquences longuettes (le feu de camp sur la plage en premier lieu) n’étant pas indispensables à l’intrigue. Mais ne boudons pas notre plaisir, nous voici face à un des meilleurs films français de l’année, voué logiquement à concourir à quelques statuettes à la prochaine cérémonie des Césars.

Bande-annonce

 

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