Critique Snowden (Allociné)

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-Snowden d’Oliver Stone avec Joseph Gordon-Levitt, Shailene Woodley, Melissa Leo (USA/Allemagne/France ; 2016) ****

Patriote idéaliste et enthousiaste, le jeune Edward Snowden semble réaliser son rêve quand il rejoint les équipes de la CIA puis de la NSA. Il découvre alors au cœur des Services de Renseignements américains l’ampleur insoupçonnée de la cyber-surveillance. Violant la Constitution, soutenue par de grandes entreprises, la NSA collecte des montagnes de données et piste toutes les formes de télécommunications à un niveau planétaire.
Choqué par cette intrusion systématique dans nos vies privées, Snowden décide de rassembler des preuves et de tout divulguer. Devenu lanceur d’alerte, il sacrifiera sa liberté et sa vie privée.
En juin 2013, deux journalistes prennent le risque de le rencontrer dans une chambre d’hôtel à Hong Kong. Une course contre la montre s’engage pour analyser les preuves irréfutables présentées par Snowden avant leur publication.
Les révélations qui vont être faites dans cette pièce seront au cœur du plus grand scandale d’espionnage de l’histoire des États-Unis.

Un jeune militaire on ne peut plus patriote, blessé en service, amené à exercer des fonctions et à assister à des actes discutables, pour finalement remettre en cause ses convictions et dénoncer la politique de son pays. Nul meilleur choix que celui d’Oliver Stone pour traiter un sujet qui rejoint à bien des égards celui de Né un 4 juillet ( l’histoire de Ron Kovic, incarné par Tom Cruise en 1989).

Si de logiques variantes existent entre ces deux destins (l’Irak succède au Vietnam, l’espionnage à l’échelle mondiale répond à un conflit emblématique de la guerre froide), la même ambition transpire de la narration du dernier grand réalisateur politique (Salvador, « Trilogie du Vietnam » de Platoon à Entre ciel et terre, JFK, Nixon, World Trade Center, W. Bush l’improbable président) : pointer les transgressions d’état, aiguiser les esprits critiques, confronter les éternels thèmes antagonistes que sont liberté et sécurité. Le postulat est clairement posé : raconter les événements du seul point de vue d’Edouard Snowden, réfugié dans un hôtel à Hong-Kong au moment de mettre au point la campagne de presse décisive.

Entre le statut de hacker traître à la nation et celui de lanceur d’alertes, le choix est vite vu. Or ce biais à l’analyse n’empêche pas le film d’exposer les motivations de ces hauts dirigeants aux grandes oreilles : Peut-on blâmer des écoutes de masse à l’heure où les individus fournissent d’eux-mêmes quantité d’informations via des sites communautaires mondialisés ? Ne serait-il pas utopique de prétendre user de moyens conventionnels pour contrecarrer des assauts mis en forme via des outils modernes ? En termes triviaux, comment faire une omelette sans casser des œufs ? Comment distinguer un innocent si on ne l’a pas suspecté auparavant ? Au-delà de ces questions sous-jacentes, on s’attarde sur le sacrifice de vie privée auquel a dû se contraindre cet homme aux fonctions trop lourdes et louches. Quelques scènes somptueuses pointent particulièrement la déshumanisation galopante de cette entreprise : l’emprise de l’écran géant lui passant littéralement « dessus » lors d’une session Skype avec son supérieur (familiarité notable avec le dirigeant d’usine dans Les temps modernes de Chaplin), l’arborescence démontrant qu’au nom de la règle des six (trois en l’occurrence) degrés de séparation espionner une personne revient à en surveiller deux millions et demi etc.

Le fond étant déjà riche en lui-même, il fallait une forme en adéquation pour transformer l’essai de simple film didactique/informationnel en long-métrage de cinéma majeur, la mise en scène parvient à être captivante, le propos à être vulgarisé sans perdre de sa vigueur, le montage astucieux permet de transformer en thriller politico-sécuritaire une histoire dont les tenants ont été largement diffusés dans la presse ces dernières années. Plus qu’à une autre œuvre de Stone, ce Snowden apparaît comme le pendant à The Social Network de David Fincher. De par son habileté à élargir à des enjeux sociétaux des aventures personnelles, mais aussi par les interdépendances de leurs sujets. Sans la révolution technologique du troisième millénaire, nulle possibilité de dérive. D’une création saluée et utilisée par la moitié de la planète (Facebook) découle des effets qu’ils seraient réducteurs de qualifier de pervers.

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