Comment le Bellator FC a perdu sa singularité… – Bilan MMA 2015-2016 Partie 3 : L’état préoccupant de la Ligue 2 du fight

À force de coups médiatiques douteux, de champions peu pressés de défendre leur titre et de recrutement largement centré sur les « rebuts » de l’UFC, le Bellator est en train de se perdre. Aux manettes un certain Scott Coker, dirigeant qui avait déjà sévi pour le meilleur et pour le pire au StrikeForce.

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Envoyé en sous-marin par l’UFC pour détruire toute velléité de concurrence ?

On a dû se gratter les yeux plusieurs fois pour en être sûr, avant de se résoudre à la réalité des faits : Ken Shamrock vs Royce Gracie épisode III aurait bien lieu en 2016 ! Et pas dans une organisation en cours de création non, au sein de la deuxième compagnie de MMA au monde, et en main event s’il vous plaît… Résultat ? Un pâle et bref échange menant le Brésilien à une victoire par TKO, lui le spécialiste de la soumission. Le papy américain (52 ans) conteste vainement l’interruption de l’arbitre, tente de créer un climat, de persuader le public que le match avait un enjeu au-delà du gros chèque, au-delà du buzz consistant à retrouver deux des pionniers du MMA (adversaires au tout premier UFC de 1993). Le finish a un goût de simulacre, un parfum de souffre, diffuse une image pathétique du Bellator, cette organisation qui avait promis de toujours faire valoir la compétition sur le business…

Révélé au sein du Bellator, le toujours invaincu Ben Askren fait les beaux jours du ONE en Asie...

Révélé au sein du Bellator, Ben Askren fait les beaux jours du ONE en Asie.

Les tournois mis au banc

Il faut revenir en 2009 pour mesurer à quel point ces deux dernières années constituent une haute trahison vis-à-vis de l’ADN du programme.Au lancement la stratégie était claire : l’UFC ayant plusieurs longueurs d’avance et le StrikeForce peinant à le concurrencer, le Bellator FC prit une autre voie : se distinguer plutôt que de tenter d’imiter ses aînés. Tournois, système de saisons à la manière d’une série télévisée, cartes reposant sur des stars en herbe, le vendredi soir comme sacro-saint jour de diffusion, tous les ingrédients différaient d’une organisation de fight classique. Plus rien de tout cela aujourd’hui. Le perdant dans le changement ? Le Bellator lui-même.

Et Ken Shamrock, venu rajouter des défaites humiliantes à son palmarès.

Et Ken Shamrock, venu rajouter des défaites humiliantes à son palmarès.

Prenons le principe des tournois que l’organisation avait su moderniser pour coller aux réglementations sportives : hors de question de livrer trois duels le même soir, d’où l’alternance de plusieurs catégories d’une semaine à l’autre : si les quarts de finale poids lourds ont le focus le temps d’un épisode d’octobre, les demi suivent en novembre et la finale parachève le tout en décembre, tandis que d’autres compétitions avancent en parallèle et que d’autres combattants (les précédemment éliminés par exemple) s’illustrent en dehors du cadre des tournois pour compléter les cartes.

En plus de fidéliser le public, cette forme de compétition permet de révéler instantanément le fighter allant au bout, offre le minimum de légitimité que l’on peut attendre d’un champion. Car les tournois servent d’abord à couronner des premiers lauréats, avant de désigner les challengers les saisons suivantes. Un procédé efficace pour assurer le dynamisme et les rotations de combattants dans chaque catégorie. L’assurance aussi d’éviter de longs débats et passe-droits extra-sportifs dans la distribution de title shots. L’apparent défaut de ne bénéficier d’aucune star au départ se transforme en qualité : « Vous ne le connaissiez pas ? Le Bellator vous l’a fait connaître ! » est en substance le slogan publicitaire de la compagnie. Suggérant que l’âge d’or du MMA était devant nous, le CV de fighters passés ou encore présents à l’UFC n’était pas la valeur-étendard absolue. Au lieu de se poser en concurrente, la compagnie californienne assume sa fonction d’alternative.

Au gré des saisons, les meilleurs éléments du Bellator franchissent d’ailleurs le pas vers le grand-frère UFC, devenant pour certains des membres éminents du roster : Hector Lombard et Eddie Alvarez (ancien champion poids légers de l’Octogone) en têtes de file.

Vainqueur de tournoi, Eddie Alvarez a poursuivi une courbe ascendante jusqu'au titre suprême de l'UFC.

Vainqueur du tournoi d’ouverture en 2009, Eddie Alvarez a poursuivi une courbe ascendante jusqu’au titre suprême de l’UFC.

Recrutement de stars lessivées

Aujourd’hui la tendance se situe à l’opposée de critères sportifs : des combattants en fin de contrat à l’UFC rejoignent le Bellator. Le plus souvent pour cause de déclin sportif, parfois pour des raisons économiques tels récemment Benson Henderson ou Rory MacDonald, irrités par l’exclusivité conclue entre l’Octogone et Reebok en matière de sponsoring. Mais ces récents transfuges sont une bénédiction comparés aux stars débarqués en dépit du bon sens. Outre le désolant Gracie vs Shamrock, le goût pour les paillettes a incité l’organisation à accorder une place de choix à Kimbo Slice. Traversée par la polémique d’un contrôle antidopage positif face à Dhafir « Dada 5000 » Harris (autre freak), l’histoire s’est achevée dramatiquement par un arrêt cardiaque début juin 2016, à quelques semaines d’un présupposé main event face à James Thompson. L’opération commerciale hasardeuse consistant à recruter un fighter devant sa notoriété à la rue s’épaissit d’une ombre supplémentaire.

Des 4 fighters présents sur l'affiche de cet évènement qui n'aura jamais lieu, aucun n'est emblématique du Bellator.

Des 4 fighters présents sur l’affiche de cet évènement qui n’aura jamais lieu, aucun n’est emblématique du Bellator.

Un coup d’œil à l’ensemble du roster témoigne d’ailleurs d’une exception devenue la règle. Au moment des premières signatures de Cheick Kongo et Quinton Jackson en 2013, les ex-UFC étaient quantité négligeable dans un effectif grossi au fil des tournois. Trois ans plus tard, la dynamique a basculé au détriment de l’identité. Les arrivées promises de Wanderlei Silva et Chael Sonnen, après des Tito Ortiz ou Alessio Sakara, n’aideront pas à réconcilier les fans originels avec le produit actuel.

Phil "Wonderfull" Davis, le premier ex-UFC à se parer d'or au Bellator début novembre 2016.

Phil Davis, le premier ex-UFC à se parer d’or au Bellator début novembre 2016.

Des défenses de titre qui se font attendre

Si encore la compétition tenait la route en parallèle… Mais le Bellator a donné des signes de faiblesse à ce niveau-là aussi. En mai dernier, Vitaly Minakov a enfin été destitué de la ceinture poids lourds, plus de deux ans après son unique défense de titre. Dans l’intervalle, le Russe s’est permis de disputer avec succès des rencontres dans des organisations de son pays. L’éternel problème des contrats flexibles des combattants du Bellator (à l’inverse de l’UFC ou du ONE) n’explique pas tout. L’absence d’établissement de rankings clairs, des désignations de challengers devenant plus arbitraires encore qu’à l’UFC ou le manque de profondeur de certaines catégories conduisent à quantité de galas sans championnats majeurs. Plus d’émergence de nouveaux talents comme le démontre les nombreux rematchs pour une ceinture ou les titles shots accordés à Benson Henderson, Muhammed Lawal, Phil Davis ou Melvin Manhoef, autant de fighters ayant construit leur notoriété hors du Bellator.

La défaite d'Alexander Shlemenko, alors champion poids moyens, dans un catchweight face à Tito Ortiz en 2014, sonnait le début de la fin.

La défaite d’Alexander Shlemenko, alors champion poids moyens, dans un catchweight face à Tito Ortiz en 2014, sonnait le début de la fin.

Incontestable depuis 2011, son statut de numéro 2 mondial du fight est en train de vaciller tant la ligne « éditoriale » de la compagnie se noie à force d’utiliser différentes ficelles. Et le tout moins bien que d’autres. Rayon recyclage de stars en provenance de l’UFC, le World Series of Fighting le tient en respect (Dave Branch, Matt Hamill, Jake Shields, Jon Fitch, Yushin Okami). Côté capacité à stariser des combattants lui étant propres, le ONE le bat à plate couture (Bibiano Fernandes, Eduard Folayang, Zorobabel Moreira, Eddie Ng, Kotetsu Boku, Honorio Banario, Jake Butler). Que dire de l’internationalisation en cours (shows en Italie et en Irlande cette année), sinon qu’elle apparaît prématurée tant le socle, autrefois solide, a été dévissé dans chaque recoin.

Gros show européen pour clore une année 2016 mi-figue mi-raisin.

Gros show européen pour clore une année 2016 mi-figue mi-raisin.

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