Le MMA asiatique entre fric et freaks – Bilan MMA 2015-2016 Partie 5 : Pourquoi le nouveau Pride n’est pas pour demain

Le One Championship en leader, la Rizin FF en buzz du moment, sans oublier les traditionnels Pancrase, Shooto ou Deep en pain quotidien, le MMA asiatique affiche des signes rassurants de prospérité. À y creuser de plus près le bilan est moins reluisant.

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Depuis la publication de ce tableau, King Mo Lawal a remplacé Wanderlei Silva et Heath Herring prit la place de Shane Carwin, pour quels effets ?

Lorsqu’il s’agit de galas de fight une tradition ne meurt jamais. Ainsi au pays du Soleil Levant événement rime avec jour de l’an. Le passage en 2017 ne fera pas exception puisque une soirée se voulant exceptionnelle aura lieu à la légendaire Saitama Super Arena. Même deux. La compagnie chargée des festivités ? La Rizin Fighting Federaton, une structure quasiment inactive tout le reste de l’année, mais qui avait plutôt réussi son galop d’essai avec les deux premiers shows de son histoire les 29 et 31 décembre 2015. Y figuraient des héros nationaux comme Shinya Aoki, Kazushi Sakuraba, Satoshi Ishii, Tsuyoshi Kosaka, mais aussi des figures internationales emblématiques telles Fedor Emelianenko, Peter Aerts ou Muhammed Lawal (à nouveau à l’affiche cette année). L’animation soignée, le succès publique et commercial pouvait donner l’impression d’assister à la naissance d’un concurrent continental au One Championship, les plus optimistes entrevoyaient même un ambitieux successeur au Pride FC (après l’échec du Dream dans cette mission). Las. Passé la leçon de communication impeccable, le Rizin se mit en sommeil…jusqu’à septembre dernier où un tournoi openweight débutait, promettant de ranimer la flamme originelle du MMA.

Prestigieux sur le papier, l'opposition entre un Aoki au top et un Sakuraba usé de 46 ans avait été une purge.

Prestigieux sur le papier, l’opposition entre un Aoki au top et un Sakuraba usé de 46 ans avait été un long calvaire de six minutes.

Stars locales, vieilles gloires mais peu de tops actuels

C’est bien cette compétition multi-catégories qui se poursuivra lors des deux galas clôturant 2016 : quarts de finale le soir du 29, demi-finales et finale le soir du 31. En point d’orgue la participation du Croate Mirko Filipovic, légende parmi les légendes, qui s’est facilement débarrassé de son adversaire du premier tour (Hyun Man Myung) en septembre. L’organisation voyait les choses en grand en concluant une entente avec le Brésilien Wanderlei Silva, retraité de l’UFC depuis 2013, pour sceller une trilogie (après deux rencontres au Pride FC) avec Cro Cop. Premier objectif manqué puisque l’Axe Murderer a dû déclarer forfait pour laisser place à l’hyperactif Muhammed Lawal, un des combattants phares du Bellator FC.

Autour de ce Lawal/Cro Cop inédit, trois quarts de finale peu enthousiasmants : le super-lourds Estonien Kaido « Baruto » Hoovelson (2-0 MMA) face à un Tsuyoshi Kosaka âgé de 46 ans, le revenant Heath « The Texas Cray Horse » Herring (pas le moindre combat pro depuis sa démolition par Brock Lesnar à l’UFC 87 en 2008) croisera le fer avec le peu expérimenté Iranien Amir Aliakbari (3-0), pour finir une opposition dénuée de star power entre le Polonais Szymon Bajor (16-6) et le Russe Valentin Moldavsky (4-0).

L’intention est perceptible : auto-générer le prestige via ce choix d’opposer des combattants de nationalités diverses, donner l’occasion à des jeunots du circuit d’accrocher de vieilles gloires à leur palmarès, permettre au futur vainqueur, surtout s’il s’agit d’un des participants méconnus, de se doter d’une notoriété immédiate. Pas sûr que la qualité des combats soit au rendez-vous tant ce tableau souffre de la comparaison avec ce qu’ont pu proposer les quarts de finale des divers Pride Grand Prix…

Seul "survivant" du dernier grand prix du Pride en 2006, Mirko Cro Cop va tenter de réaliser le doublé.

Seul « survivant » du dernier grand prix du Pride en 2006, Mirko Cro Cop va tenter de réaliser le doublé.

Des catégories de poids dépouillées

Oublions le Rizin pour nous projeter du côté du leader actuel du marché asiatique, à savoir le One Championship (anciennemment One FC). Lancé en 2011 avec l’ambition de concurrencer l’UFC, la compagnie dirigée par Victor Cui est encore bien loin du compte.

Malgré une cinquantaine de shows tenus en l’espace de cinq ans, une implantation réussie dans des contrées où le MMA manquait d’une locomotive pour être mis en avant (Malaisie, Philippines, Singapour, Indonésie, Chine) et la génération rapide de stars à l’affiliation exclusive (Eduard Folayang, Eddie Ng, Kotetsu Boku, Kevin Bellingon, Honorio Banario, Vincent Latoel, Geje Eustaquio, Jake Butler) complétée plus tard par le recrutement de combattants confirmés (Shinya Aoki, Bibiano Fernandes, Ben Askren, Brandon Vera, Marat Gafurov, Roger Huerta), le One souffre de son côté décousu quant à l’équilibre de ses fightcards et le manque de profondeur de certaines catégories.

L'homme qui a osé dire non à l'UFC.

L’homme qui a osé dire non à l’UFC.

Ainsi l’essentiel du roster est constitué de petits gabarits et il a fallu des années pour couronner des champions initiaux dans les divisions poids lourds à poids welters. Depuis, il n’y a toujours pas vraiment de quoi mettre en exergue une compétition ou un quelconque top 10 : Brandon Vera règne par défaut chez les lourds, sa seule défense a eu lieu début décembre contre Hideki Sekine, un Japonais n’ayant alors jamais chaussé les mitaines au One et dont le dernier combat remontait à deux ans ; Roger Gracie bénéficie de la même zone désertique en mi-lourds ; Vitaly Bigdash n’a toujours pas défendu le titre poids moyens acquis en octobre 2015, tandis que Ben Askren semble bénéficier de trois longueurs d’avance chez les welterweights. Avec cinq défenses de titre chez les coqs, le Brésilien Bibiano Fernandes fait figure d’exception. Il est d’autant plus la vitrine promotionnelle majeure du One par son rejet des avances de l’UFC en 2012, rare exemple de combattant à ne pas avoir été débauché par le leader américain.

Le One montre ses muscles via ses affiches promos pour 2017. Davantage de matchs de championnat en vue ?

Le One montre ses muscles via ses affiches promos pour 2017. Davantage de matchs de championnat en vue ?

La tentation du mauvais goût

Comme d’autres organisations asiatiques avant lui, le One a longtemps souffert aussi de son attrait pour les matchmakings voués seulement à créer du buzz ou de la présence de freaks bankables sur ses cartes. De même qu’un amateur éclairé de MMA ne peut vibrer devant un Royce Gracie vs Ken Shamrock III au Bellator, il ne peut s’enflammer à l’été 2012 pour un Tim Sylvia vs Andrei Arlovski IV. Pas plus que se réjouir des « performances » d’un Bob Sapp démotivé (aujourd’hui retiré du circuit) ou des tentatives de revival d’anciens grands noms tels Phil Baroni ou Jens Pulver. Cet aspect a été gommé au fil du quinquennat d’existence de la compagnie, il s’agit à présent de privilégier l’émergence de figures locales de chaque pays visité, via notamment des mini-tournois d’un soir auxquels ne participent que des nouveaux membres du roster. Ce réajustement salutaire retarde la volonté de « mondialiser » le produit, mais a le mérite de construire une cohérence, de se placer sur du long terme, quitte à proposer de nombreuses cartes où certains protagonistes ont peu de combats professionnels à leur actif quant leur compteur n’affiche pas carrément 0-0. Il faudra bien emprunter ce chemin pour parvenir à un savant amalgame notoriété/respectabilité.

En cette fin d’année où la Rizin FF tente de (provisoirement) voler la vedette au come-back de Ronda Rousey à l’UFC (ce vendredi 30 décembre), le One Championship opte pour affûter ses armes pour 2017 avec pas moins de 18 galas d’ores et déjà programmés.

À l'image d'Angela Hill, sa championne poids pailles, âgéé de seulement 20 ans, le One doit puiser dans la jeunesse.

À l’image d’Angela Hill, sa championne poids pailles, âgée de seulement 20 ans, le One doit puiser dans la jeunesse.

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