Critique Silence (Allociné)

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Silence de Martin Scorsese avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson,… (USA ; 2016) ***1/2

XVIIème siècle, deux prêtres jésuites se rendent au Japon pour retrouver leur mentor, le père Ferreira, disparu alors qu’il tentait de répandre les enseignements du catholicisme. Au terme d’un dangereux voyage, ils découvrent un pays où le christianisme est décrété illégal et ses fidèles persécutés. Ils devront mener dans la clandestinité cette quête périlleuse qui confrontera leur foi aux pires épreuves.

Qui a trouvé La dernière tentation du christ (1988) et Kundun (1997) du même réalisateur trop contemplatifs doit fuir par principe son dernier opus. Ce Silence, envisagé de longue date et pouvant donc être perçu comme le 3e volet (trilogie de la foi ?) des deux films sus-mentionnés, assume sa lenteur extrême, notamment dans sa première moitié. Longtemps le propos du film nous échappe : Apologie du christianisme ? Dénonciation des tortures exercées au nom de croyances religieuses ? Mise en exergue de l’inutilité d’une politique interventionniste ? Ajoutons à cette mise en place déstabilisante l’absence d’empathie inspirée par les deux prêtres suivis ou un quelconque personnage secondaire. Nous sommes au XVIIe siècle, suivons des gens ordinaires au sein d’un paysage désertique n’offrant pas d’opportunité de flamboyance soudaine. Le scénario n’a inclut aucune concession à l’exploitation commerciale de l’œuvre, ce qui aboutira à un probable échec public. Mais alors qu’on se désespère de la répétitivité des scènes survient la capture d’un des prêtres, incarné par Andrew Garfield. Ce dernier va devoir répondre au problème de conscience posé par ses geôliers bouddhistes. Dés lors l’objectif s’éclaircit : interroger les motivations profondes cachées derrière la foi, pas forcément synonymes d’abandon de soi comme la fierté exacerbé du prisonnier le démontre. Une croyance  doit-elle primer face aux souffrances et sacrifices ? Un reniement public peut-il être dérisoire du moment que l’on conserve la foi dans l’intimité ?

La dernière demi-heure du film est magnifiée par la présence de Liam Neeson en prêtre revendiquant son apostasie au nom de la paix sociale. Ses discussions contrastées avec Andrew Garfield rappellent l’art consommé de Scorsese pour les duels rhétoriques. Avec la voix off, il s’agit d’ailleurs d’un des rares éléments que nous retrouvons au niveau de la patte propre au maître. Pas de longs travellings ni de séquences menées à bâtons rompues dans sa mise en scène cette fois-ci. Il semble s’être entièrement tourné vers son thème de prédilection, pour ne pas dire son obsession. Le plan final fera forcément débat, reflétant toute la contradiction de celui qui ouvrait Mean Streets (1973) via Harvey Keitel disant « Ce n’est pas à l’église qu’on se fait pardonner ses pêchés, c’est dans la rue » (tout en parlant continuellement à Dieu) ou montrait un Leonardo Di Caprio jetant une bible à la mer dans Gangs of New York (tout en exerçant au mieux la loi du Talion).

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