Critique Rock N Roll (Allociné)

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Rock N’ Roll de Guillaume Canet avec Guillaume Canet, Marion Cotillard, Gilles Lellouche (France ; 2017) ****

Guillaume Canet, 43 ans, est épanoui dans sa vie, il a tout pour être heureux… Sur un tournage, une jolie comédienne de 20 ans va le stopper net dans son élan, en lui apprenant qu’il n’est pas très « rock », qu’il ne l’a d’ailleurs jamais vraiment été, et pour l’achever, qu’il a beaucoup chuté dans la « liste » des acteurs qu’on aimerait bien se taper… Sa vie de famille avec Marion, son fils, sa maison de campagne, ses chevaux, lui donnent une image ringarde et plus vraiment sexy… Guillaume a compris qu’il y a urgence à tout changer. Et il va aller loin, trè loin, sous le regard médusé et impuissant de son entourage.

Le cinéma français avait bien tenté une ou deux fois l’expérience : prendre une flopée de stars dans leur propre rôle et se lancer dans un trip de type méta-communication autour de leurs frasques. On se souvient du Grosse Fatigue (1993) de Michel Blanc ou du bien-nommé Les Acteurs de Bertrand Blier. Deux œuvres culottées qui peinaient cependant à exploiter leur concept jusqu’au bout.

À l’inverse, Guillaume Canet parvient à étirer sur deux heures une comédie audacieuse, inventive, jubilatoire, tout en gommant la part d’entre-soi que le projet pouvait laisser escompter. À aucun moment nous ne tombons dans des références trop personnelles ou seulement vouées à satisfaire son ego, le plaisir est toujours dirigé vers le spectateur, toujours prompt à l’immerger dans cette œuvre de cinéma SUR le cinéma.

L’exercice n’était pas gagné d’avance et on pouvait craindre le pire lors de la première vanne lourdingue (une histoire de couilles) qui ouvre le film. Heureusement la suite est plus inspirée, elle poursuit une logique ascensionnelle dans tout ce que va mettre en œuvre Guillaume Canet pour se prouver qu’il peut devenir quelqu’un d’autre. Ses rebellions inopinées sur un plateau ou face à ses producteurs (Alain et Yvan Attal) sont tout simplement hilarantes, le contraste entre sa vie fantasmée et sa relation routinière avec Marion Cotillard est lui aussi bien mis en valeur. Cette dernière joue volontiers la caricature dans son incarnation d’elle-même, notamment en prenant accent québécois et expressions allant avec sous prétexte de préparer le prochain Xavier Dolan. Elle offre une confrontation solide aux excès de son mari.

Et alors que le retour à la raison semble poindre au bout d’une heure, l’intrigue connaît un virage plus radical. Non seulement Canet évite la rédemption moralisatrice, mais il en remet une couche dans le registre burlesque pour aller vers un paroxysme final surprenant. Il se transforme physiquement comme psychologiquement et atteint un délire expérimental rare dans le cinéma français.

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