Critique Split (Allociné)

-Split de M Night Shyamalan avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley (États-Unis ; 2017) ***

Kevin a déjà révélé 23 personnalités, avec des attributs physiques différents pour chacune, à sa psychiatre dévouée, la docteure Fletcher, mais l’une d’elles reste enfouie au plus profond de lui. Elle va bientôt se manifester et prendre le pas sur toutes les autres. Poussé à kidnapper trois adolescentes, dont la jeune Casey, aussi déterminée que perspicace, Kevin devient dans son âme et sa chair, le foyer d’une guerre que se livrent ses multiples personnalités, alors que les divisions qui régnaient jusqu’alors dans son subconscient volent en éclats.

Douzième film déjà pour le toujours jeune réalisateur M.Night Shyamalan (46 ans), référence de toute une génération de cinéphiles pour son entrée en force dans le mainstream avec son troisième long-métrage, Sixième Sens, en 1999. Depuis ? Une œuvre contrastée voire clivante qui a semblé échapper à son auteur, avant de carrément toucher le fond en fin de décennie 2000 (le plat Le Dernier Maître de l’Air et le foncièrement dénué de sens Phénomènes). Heureusement, le plus célèbre Indo-Américain d’Hollywood a démontré sa capacité à se réinventer (After Earth, The Visit), cessant de privilégier le mystère pour rehausser l’épaisseur de ses personnages. Là où Sixième Sens, Incassable ou Le Village valaient essentiellement pour l’étourdissant rebondissement de leur intrigue, ses films récents offrent davantage d’axes de réflexion, s’appuient sur des héros plus complexes. Sans rien renier des obsessions du réalisateur pour les propriétés métaphysiques ou les capacités « paranormales » de l’être humain. Ainsi il s’agit dans Split du sort d’un individu abritant plusieurs identités dans la même enveloppe corporelle. Plutôt que conclure à une forme de folie, le personnage de la psychiatre se fait l’écho du cinéaste en qualifiant cette particularité de nouvelle étape de l’évolution. Elle argue des différentes aptitudes ou propriétés physiologiques de chacune des facettes pour défendre l’option d’une métamorphose allant au-delà du seul mental. Ainsi son patient principal, Kevin (joué par James McAvoy), ne fuit pas sa réelle identité via différentes personnalités de façade : il incarne chacune d’elles comme une existence propre, accordant seulement le leadership à sa face la plus sombre, celle dont les autres « lui » seront conscients sans pouvoir la stopper. Ainsi l’essentiel de l’action se concentre sur le vieux logement de fonction insalubre où il retient en otage trois adolescentes. Il ne s’agira pas tant d’entretenir le suspense sur le sort qui sera dévolu aux victimes, mais de suivre les divers basculements physiques/psychologiques de leur kidnappeur. Tantôt prévenant en femme complice, tantôt naïf en gamin un brin retardé, tantôt fin manipulateur ou dénué de sensibilité, autant de transformations s’accompagnant d’une autre gestuelle, d’un regard modifié, d’intonations variables. Résumer le film à la prestation d’envergure de son acteur principal serait bien sûr un raccourci, mais une partie de la captation repose bel et bien sur ses épaules. On peut regretter un dernier quart d’heure optant pour une résolution à la fois simple et radicale, se démarquant fortement du climat anxogène généré jusqu’ici. Shyamalan se permet même de conclure par une auto-citation dont on cherche longtemps à comprendre la nécessité durant le générique de fin. Une invitation à réévaluer son œuvre à l’épreuve du temps ?

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