Critique Patients (Allociné)

-Patients de Grand Corps Malade et Mehdi Idir avec Pablo Pauly, Soufiane Guerrab, Moussa Mansaly (France ; 2017) ****

Se laver, s’habiller, marcher, jouer au basket, voici ce que Ben ne peut plus faire à son arrivée dans un centre de rééducation suite à un grave accident. Ses nouveaux amis sont tétras, paras, traumas crâniens… Bref, toute la crème du handicap. Ensemble ils vont apprendre la patience. Ils vont résister, se vanner, s’engueuler, se séduite mais surtout trouver l’énergie pour réapprendre à vivre. Patients est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout des rencontres : on ne guérit pas seul.

Il y a tant à dire sur le handicap, tant à dire sur le milieu hospitalier, et plus encore sur les différentes façons de composer avec cet attribut peu enviable et ce cadre de vie unique. Beaucoup de séries et documentaires autour du milieu médical, mais une proportion infime portant sur la façon de vivre son handicap.

Le slammeur/rappeur Grand Corps Malade, associé au vidéaste Mehdi Idir (son premier long-métrage de fiction) se colle à l’exercice en s’inspirant très largement de sa propre expérience. Difficile de ne pas le reconnaître en Ben (joué par Pablo Pauly) sur certains plans tant la ressemblance physique et la dégaine nous le rappelle. Et au-delà de son récit autobiographique, c’est à une immersion dans un espace confiné où chacun vise à survivre socialement auquel il nous invite. Naissance d’amitiés, rapprochement amoureux, boutades et complicité permettent de s’évader « mentalement », d’oublier l’espace de quelques instants le contexte dans lequel ces micro-évènements se déroulent. Puis régulièrement des nouvelles affluent et viennent sonner la fin de la récréation. Ne serait-ce que pour le parfait équilibre entretenu entre ses versants humoristiques et dramatiques, ce film mérite que l’on cède à la curiosité. Cette course à « l’espoir adapté » (pour reprendre les termes de Toussaint, un de ces patients tétraplégiques) est jalonnée de véritables moments de grâce, offre une galerie de portraits fortement empathiques (Benjamin, mais aussi Farid, son « guide » au sein du centre médical ou Jean-Marie, l’infirmier aussi usant en bavardages que passionné par sa mission de service publique), est marquée par des obstacles que la mise en scène n’enjolive pas, tout en refusant l’apitoiement. Au risque de la fable triste convenue répond l’hymne à la vie.

La forme est tout ainsi inspirée, de la scène d’ouverture qui nous place dans la position oppressante du tétraplégique sortant du bloc à cette séance de soins « subis » parfaitement suggérés par un hyper gros plan sur les gouttes d’eau dévalant sur le corps, en passant par un thème musical entêtant et une bande-son globale ancrant le film au cœur des années 1990. Ne pas s’arrêter à la forte dominante banlieusarde du casting, accompagnée du jargon allant avec, nous ne sommes en aucun cas dans un film à visée communautaire quand bien même « Il n’y aucun Pierre-François des beaux quartiers parmi nous » comme le remarquera en substance un des intéressés, le message a une vocation universelle. Et puis comment ne pas saluer le choix du titre, si limpide et polysémique à la fois. À l’heure où Gaumont abreuve le cinéma français de comédies lourdingues construites sur le même schéma, cette exception à la règle fait plaisir à voir.

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