Rattrapage Critiques Cinéma – Dix films vus entre juin et octobre 2017 (Une vie violente, The Circle, Seven Sisters, Ca, Mother!, Le Redoutable, Mon Garçon, Blade Runner 2049…)

La période estivale est connue pour être pauvre en productions cinématographiques de qualité – entendre par là hors blockbusters lambdas et autres suites à des fins purement commerciales – mais une petite synthèse/retour sur quelques films sortis ces derniers mois s’imposait.

 

CE QUI NOUS LIE (France, sorti le 17 juin 2017) de Cédric Klapisch, avec Pio Marmai, Ana Girardot, François Civil… ***1/2

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces trois jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Voilà donc le si connoté « urbain » Cédric Klapisch (via notamment sa trilogie L’auberge espagnoleLes poupées russesLe Casse-tête chinois) s’aventurer dans les contrées de la France profonde, incursion seulement esquissée autrefois avec Un air de famille. En ressort autant une comédie efficace en première lecture qu’une ode aux valeurs universalistes maintes fois défendues par le réalisateur. Amateurs d’œnologie ne fuyez pas, car oui la fabrication du vin a une place forte dans ce long-métrage : on l’hume, on le goûte, on en débat férocement, on le vénère autant qu’on en subit la prédominance face aux autres choix de vies qu’il nous a volés. Et même quand on tente de le quitter, il s’impose de nouveau à nous. Ainsi Jean est parti à l’autre bout du monde, mais continue une activité dans le domaine viticole, toujours imprégné de ses souvenirs d’enfance, de l’influence d’un père craint et admiré.

L’immersion dans la vie de groupe durant la période des vendanges est remarquablement installée via des personnages attachants, des situations et dialogues sonnant très vrais, un humour constant sans paraître forcé. Pourtant, le bât blesse lorsque la vie de couple à distance de Jean vient envahir la scène avec multiples coups de fils houleux puis l’arrivée dans le domaine de sa femme, nous sortant un temps de la vigueur familial pour nous renvoyer aux soucis bohèmes du Xavier de la trilogie précédemment citée. Quelques traits sentimentaux paraissent tout aussi incongrus, comme ajoutés en chemin pour coller au message universaliste : Jean attiré par une jeune fille noire, autant que sa sœur séduite par un salarié rebelle pour nous jouer une énième version de la bourgeoise et le prolétaire.

Reste un film s’adressant à tous, se laissant regarder sans déplaisir et permettant à Klapisch de retrouver sa vista lorsqu’il s’agit de donner corps à une flopée de personnages, qualité qu’il avait un peu laissé en chemin depuis Paris en 2008.

 

THE CIRCLE (États-Unis, sorti le 12 juillet 2017) de James Ponsoldt avec Emma Watson, Tom Hanks, John Boyega… **

Les États-Unis, dans un futur proche. Mae est engagée chez The Circle, le groupe de nouvelles technologies et de médias sociaux le plus puissant du monde. Pour elle, c’est une opportunité en or ! Tandis qu’elle prend de plus en plus de responsabilités, le fondateur de l’entreprise, Eamon Bailey, l’encourage à participer à une expérience révolutionnaire qui bouscule les limites de la vie privée, de l’éthique et des libertés individuelles. Désormais, les choix que fait Mae dans le cadre de cette expérience impactent l’avenir de ses amis, de ses proches et de l’humanité toute entière…

Éternel débat que nous offre cette production, certifiée hollywoodienne mais sans moyens clinquants : Où s’arrête la liberté individuelle face à l’intérêt général ? La sécurité, enjeu majeur nécessitant de restreindre la liberté, ou prétexte à la violation pure et simple de la vie privée ? Chacun aura pu en juger à son échelle depuis l’arrivée de Facebook en 2004, offrir des parcelles de sa vie à ses contacts constitue à la fois un moyen de communier et un piège pouvant se refermer sur soi. Dictature de l’agenda « médiatique » nous poussant à évoquer nos moindres faits et gestes, sorties triviales comme vicissitudes professionnelles et sentimentales. Mae, dans la peau de la naïve immergée dans le panier de crabes, parlera à tous ou presque tant on a tous un jour été le « petit nouveau » d’une entreprise dont on doit intégrer les codes.

Nous nous trouvons donc dans un futur palpable, totalement dévoué à la toute puissance de la technologie au détriment de l’humain. Tout doit être raconté, partagé, sous-pesé, tourné vers des followers au lieu de répondre à des envies, plaisirs, passions, encore moins pulsions personnelles. Aussi Mae l’apprend à ses dépends lors d’une des scènes-clés du film où deux de ses supérieurs hiérarchiques lui expliquent avec une froide douceur qu’elle doit être plus active sur le réseau, au point de démarcher des collègues avant d’entreprendre la moindre sortie en kayak. L’oppression de l’humour bureaucratique est parfaitement restituée pour clore une amorce impeccable.

La suite est moins convaincante car le film se perd dans son refus de trancher pour/contre les préceptes de ce monde basé sur la transparence totale où il y aurait une mini-caméra implantée dans chaque arbre. L’héroïne alterne moments de rébellion et soumission zélée aux suggestions de ses chefs pour offrir un pied-de-nez final tombant un peu à plat. Quant aux conséquences sur son entourage, elles restent de l’ordre du prévisible, trop appuyés et caricaturales pour donner du corps au récit, construire une argumentation forte. Au final ce sujet majeur aura été traité par le bout de la lorgnette, pas le moindre des paradoxes !

 

UNE VIE VIOLENTE (France, sorti le 9 août 2017) de Thierry De Peretti avec Jean Michelangeli, Henru-Noël Tabary, Cédric Appietto… *

Malgré la menace de mort qui pèse sur sa tête, Stéphane décide de retourner en Corse pour assister à l’enterrement de Christophe, son ami d’enfance et compagnon de lutte, assassiné la veille. C’est l’occasion pour lui de se rappeler les événements qui l’ont vu passer, petit bourgeois cultivé de Bastia, de la délinquance au radicalisme politique et du radicalisme politique à la clandestinité.

De par sa rareté, le cinéma corse (réalisation et distribution insulaires), à ne pas confondre avec le cinéma incluant le cadre corse dans son scénario, est souvent accueilli avec un mélange de curiosité et de bienveillance. On se plonge donc dans le deuxième long-métrage de Thierry De Peretti avec une certaine gourmandise, dans l’espérance que le sujet fort des dérives de la lutte identitaire/indépendantiste/autonomiste (rayez la mention inutile selon votre point de vue) donne lieu à une œuvre d’un calibre équivalent. Quand bien même son premier jet, Les Apaches, traitant d’un fait divers sordide, avait témoigné de maladresse et de défauts techniques rédhibitoires. Hélas, nous retrouvons les mêmes éléments problématiques ici : dialogues limite inaudibles par séquences, construction narrative désordonnée, scènes de divagation « gratuites », volonté de se dégager de toutes ressemblances avec les faits réels au point d’enchaîner les scènes sans les contextualiser…

Si la fraîcheur des acteurs est bien présente pour nous forcer à nous accrocher jusqu’au bout, elle ne parvient pas à dissiper le malaise, le sentiment de gâchis à l’égard du traitement réalisé. Issu du même tournage, le documentaire sortant ces jours-ci autour de la jeunesse corse promet d’être plus intéressant.

 

SEVEN SISTERS (Coproduction Angleterre/Belgique/États-Unis/France, sorti le 30 août 2017) de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace, Glenn Close, Willem Dafoe… **1/2

2073. La terre est surpeuplée. Le gouvernement décide d’instaurer une politique d’enfant unique, appliquée de main de fer par le Bureau d’Allocation des Naissances, sous l’égide de Nicolette Cayman. Confronté à la naissance de septuplées, Terrence Settman décide de garder secrète l’existence de ses sept petites-filles. Confinées dans leur appartement, prénommées d’un jour de la semaine, elles devront chacune leur tour partager une identité unique à l’extérieur, simulant l’existence d’une seule personne : Karen Settman. Si le secret demeure intact des années durant, tout s’effondre le jour où Lundi disparaît mystérieusement…

S’appuyer sur un thème d’actualité (le surpeuplement) pour mieux nous présenter un pur concentré d’action : voilà éventuellement le seul reproche que l’on peut formuler à cette production au casting prestigieux, celui d’un point de départ futuriste apportant finalement peu à l’intrigue. Cette légère tromperie acceptée, le film est construit de manière assez habile pour rendre acceptable les incohérences de son univers : un monde sous contrôle où les yeux et les empreintes permettent de circuler mais où sept personnes peuvent en paraître une seule aux yeux de tous ; un réseau gouvernemental hyper sophistiqué pouvant être hacké par une geek à peine plus douée que la norme etc.

Nous balayons facilement ces questionnements tant les personnages principaux sont convaincants, notamment Glenn Close en politicienne impitoyable. Les personnalités très marquées de chaque sœur et la succession de rebondissements quant à leur devenir constituent aussi un atout fort, créent une empathie instantanée. Ainsi nous soucions-nous de leur sort malgré une phase d’exposition minimaliste. Cette course contre la montre, très bien rythmée et esthétisée, tient ses promesses et offre un twist politiquement incorrect en guise d’apothéose. Un pari réussi si l’on s’en tient à la forme, un film d’action parmi tant d’autres pour qui espérait un développement plus pointu de sa toile de fond.

 

ÔTEZ-MOI D’UN DOUTE (France, sorti le 6 septembre 2017) de Carine Tardieu avec François Damiens, Cécile De France, André Wilms… **1/2

Erwan, inébranlable démineur breton, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père.
Malgré toute la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme des plus attachants, pour qui il se prend d’affection.
Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan croise en chemin l’insaisissable Anna, qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

Comment transcender un thème de comédie maintes fois exploité ? En effet rien de bien original concernant la recherche du père, l’opposition entre celui qui conçoit et celui qui éduque, idem pour les divers quiproquos et situations burlesques en résultant. Or ce petit film sans prétention tire tout de même son épingle du jeu, via notamment l’humanité se dégageant de son casting : François Damiens en paysan un brin rustre, Cécile de France éternellement dotée de cette fraîcheur incomparable, Guy Marchand et ses deux ou trois expressions suffisant à diffuser ses sentiments.

Les personnages secondaires sont du même acabit, citons cette drôle d’enquêtrice ouvrant vers la rencontre père-fils. Loin de se contenter de la facilité, le scénario offre même un petit rebondissement qui permet d’échapper au message moralisateur convenu vers lequel il semblait se diriger. Le moindre dialogue est soigné aux petits oignons, réussissant le tour de force de sonner à la fois naturel et préparé. Comédie restant dans le domaine de l’anecdotique ? Oui. Film se laissant regarder une seule fois ? Également. Production pouvant largement être vu à la maison plutôt qu’au cinéma ? Tout à fait. Et ça tombe bien, on ne s’attendait pas à une réinvention du Septième Art.

 

MOTHER ! (États-Unis, sorti le 13 septembre 2017) de Darren Aronofsky avec Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Ed Harris… ****

Un couple voit sa relation remise en question par l’arrivée d’invités imprévus, perturbant leur tranquillité.

Retour très attendu pour le clivant Darren Aronofsky et ses films donnant tant et tant de travail interprétatif au spectateur. Le point d’exclamation du titre lui-même appelait déjà à sa dose de cogite sur la portée symbolique de l’intrigue présentée. Le pitch minimaliste contribuait lui aussi au mystère. Sur la base toujours casse-gueule du huis clos, trouvant ici pour cadre une immense demeure isolée, le film débute comme une simple pochade : celle concernant un invité sans-gênes s’incrustant un peu plus chaque jour dans la vie de ses hôtes. La drôlerie provient surtout des réactions ambivalentes du couple, l’une est légitimement outrée de son comportement quand l’autre est prêt à prétexter toutes les circonstances atténuantes pour défendre l’attitude de « l’intrus ».

Mais le mystère va bien vite s’épaissir à mesure que la maison se remplira, de même que la mise en scène basculera de la sobriété initiale à l’artillerie lourde déconcertante. Aronofsky reprend ici son schéma gagnant « rise and fall » (ascension/chute) déjà utilisé dans ses films majeurs tels Requiem for a dream ou Black swan. Corrosif, subversif, quasiment hilarant à regarder au premier degré, le film dégage simultanément une gêne, provoque des hauts le cœur, stimule notre imaginaire, nous plonge dans des références historiques et religieuses pour un rendu unique et éprouvant. Que dit de notre monde l’effondrement de cette maison ? De quels métaphores le déchirement de ce couple se fait-il l’écho ?

Par son refus d’explications complètement palpables, le film divisera son auditoire, frustrant les spectateurs attendant un twist formel et laissant une étrange sensation à ceux qui se seront laissés emporter par ce « voyage ». Une chose est sûre : nous voilà face à une œuvre ambitieuse, prête à aller au-delà des standards hollywoodiens pour décliner une variation sur la vie au sens large, d’où quantité de sous-thèmes imperceptibles à la première vision. Les interprétations ambiguës de Jennifer Lawrence et surtout Javier Bardem se mettent au service du message pour donner plus d’épaisseur encore à l’ensemble. Une expérience cinématographique riche, peut-être qui sait la pierre angulaire d’un genre nouveau, assurément une œuvre qui trouvera sa place avec le temps.

 

LE REDOUTABLE (France, sorti le 13 septembre 2017) de Michel Hazanavivius avec Louis Garrel, Stacy Martin, Bérénice Bejo… ***1/2

Paris, 1967. Jean-Luc Godard, le cinéaste le plus en vue de sa génération, tourne La Chinoise avec la femme qu’il aime, Anne Wiazemsky, de 20 ans sa cadette. Ils sont heureux, amoureux, séduisants, ils se marient. Mais la réception du film à sa sortie enclenche chez Jean-Luc une remise en question profonde.

Mai 68 va amplifier le processus, et la crise que traverse Jean-Luc va le transformer profondément passant de cinéaste star en artiste maoïste hors système, aussi incompris qu’incompréhensible.

Est-ce une pure parodie ? Un plaisir coupable de cinéphile ? Ou encore un hommage aigre-doux à une figure mythique du Septième Art ? Quand un réalisateur consacre un film à un autre réalisateur, qui plus est un glorieux aîné national, on peut s’attendre à quelques fautes de goûts en chemin, soit par respect trop appuyé envers un maître de son temps soit par une volonté de le dézinguer à tout rompre. Rien de tout cela ici, nous sommes à la frontière entre le Hazanavicius « esprit Canal » (son fameux Grand détournement: La classe américaine) et celui de The artist. Autrement dit humour loufoque et hommage font bon ménage pour nous donner un portrait mesuré de ce génie controversé du cinéma français.

Godard est successivement présenté comme auteur usé après des années 1960 glorieuses, emballé par le mouvement de mai 1968, excédé par le conformisme de ses contemporains et enfin rattrapé par le fossé entre ses théories et sa pratique de réalisateur. Son couple se déchire au gré de ses humeurs, comme un sempiternel va-et-vient entre ses artifices de provocation et ses ressentis d’éternel insatisfait. Sans pousser la psychanalyse bien loin, voilà un film traitant d’un homme qui ne s’aime pas (ou plus) et se retrouve pris dans une fuite en avant, condamné à créer des formes narratives de plus en plus complexes pour contrecarrer ses déceptions. Sans jamais donner son absolution à son sujet, Hazanavicius consacre ses différentes gimmicks de mise en scène tout au long du récit, retrace fidèlement le contexte et tourne formidablement en dérision les obsessions Godardiennes. L’exploit du processus consiste à pouvoir attirer à la fois les néophytes, les fans ultras et les anti Godard puisque chacun y trouvera son compte. Autant ne pas passer à côté de cet exercice de genre audacieux.

 

ÇA (États-Unis, sorti le 20 septembre 2017) d’Andy Muschietti avec Bill Skarsgard, Jaeden Lieberher, Finn Wolfhard… ***

À Derry, dans le Maine, sept gamins ayant du mal à s’intégrer se sont regroupés au sein du « Club des Ratés ». Rejetés par leurs camarades, ils sont les cibles favorites des gros durs de l’école. Ils ont aussi en commun d’avoir éprouvé leur plus grande terreur face à un terrible prédateur métamorphe qu’ils appellent « Ça »…

Car depuis toujours, Derry est en proie à une créature qui émerge des égouts tous les 27 ans pour se nourrir des terreurs de ses victimes de choix : les enfants. Bien décidés à rester soudés, les Ratés tentent de surmonter leurs peurs pour enrayer un nouveau cycle meurtrier. Un cycle qui a commencé un jour de pluie lorsqu’un petit garçon poursuivant son bateau en papier s’est retrouvé face-à-face avec le clown grippe-sou…

Donner au remake un sens nouveau, une véritable plus-value par rapport à l’original au-delà du simple principe de le moderniser. Un projet maintes fois tenté et rarement réussi. Mission accomplie en ce qui concerne ce clown-tueur qui a hanté notre enfance et adolescence via ses multiples rediffusions télés (sur M6 dans l’Hexagone avec ce titre stupide et magique à la fois « Il » est revenu). En effet la technique cinématographique vient enrichir un point de départ assez ténu, sorte de croisement maladroit entre Les goonies et Freddy, les griffes de la nuit. Le film d’Andy Muschietti est esthétiquement superbe, pas loin de l’irréprochable sur la forme. Ne serait-ce que la scène d’ouverture en plan-séquence qui plante superbement le décor : l’avancée irrésistible de ce bateau face à la peur sourde enfoui dans les égouts, le challenge espiègle face au vice le plus malsain qui soit, le tout bien accompagnée musicalement pour instaurer le climat trouble.

Enlevons toute ambiguïté quant aux sensations ressenties : Ça n’est pas à proprement parler un film d’horreur, plutôt une variation fantastique sur un fait divers. Car aussi terrible qu’elle soit, l’histoire de ce clown-tueur trouve sa source dans la réalité, celle de John Wayne Gacy envoyé au couloir de la mort dans les années 1970. Si les faits sont largement édulcorés dans la fiction, on peut percevoir des métaphores à des viols ou tortures. Les limites de ce long-métrage sont précisément dans ce choix de demeurer grand public, privant l’intrigue de clarification sur les motivations/intentions du clown : tantôt il mange instantanément sa victime, tantôt il la conserve en « frigo », tantôt il se contente de l’effrayer.

De même, aucune limite n’est fixée à son pouvoir, sinon celui de n’apparaître qu’aux enfants marginaux de l’école. Ce manque de restrictions donne une dimension désuète aux combats livrés face au groupe d’enfants dont on comprend rapidement qu’aucun ne passera l’arme à gauche. Passé ce défaut de sens, le spectacle répond largement aux promesses et on se prend à espérer que le deuxième volet livrera de plus amples explications sur les origines du clown, dévoilera un traumatisme originel à l’image de ses prédécesseurs 80’s Freddy et Jason.

 

MON GARÇON (France, sorti le 20 septembre 2017) de Christian Carion avec Guillaume Canet, Mélanie Laurent, Olivier De Benoist… ***1//2

Passionné par son métier, Julien voyage énormément à l’étranger. Ce manque de présence a fait exploser son couple quelques années auparavant. Lors d’une escale en France, il découvre sur son répondeur un message de son ex femme en larmes : leur petit garçon de sept ans a disparu lors d’un bivouac en montagne avec sa classe. Julien se précipite à sa recherche et rien ne pourra l’arrêter.

Rarement a-t-on eu l’occasion de voir un film français osant ouvrir une telle place à la violence, qui plus est avec un casting populaire composé de coutumiers des comédies et drames intimistes. Sans atteindre l’audace d’un Gaspar Noé ou la frénésie d’un Quentin Dupieux, Christian Carion (Joyeux noël, L’affaire Farewell) donne toute sa superbe à la loi du Talion dans une atmosphère parfaitement lugubre. Le sujet de l’auto-justice choquera sans doute les bonnes âmes, en particulier par la forme sans concession avec laquelle un « monsieur tout le monde » peut avoir recours face à de terribles circonstances. Heureusement, le film évite le côté binaire en pointant du doigt le risque de dérapage/fausse route lorsque l’on se trouve dans cet état second. Ainsi un Guillaume Canet incarnant ce père « possédé par sa cause » s’en prend à plusieurs reprises à des innocents, perçus à tort comme complice dans l’enlèvement de son fils. Ses instincts dominent sa raison comme sa peur, lui permettant d’aller au front sans se fixer de limites.

Le peu de dialogues et les diverses focales contemplatives du cadre montagneux contribuent à donner une plus grande force au propos. Au-delà de la fonction essentielle de l’acteur principal pour crédibiliser cette traque, les autres intervenants jouent bien leur gamme : Mélanie Laurent en mère effondrée, Olivier De Benoist en beau-père à la légèreté déplacée, Mohamed Brikat en lieutenant de police en charge de dépassionner les débats au profit de la stricte enquête. Aussi le malaise instillé dans les premières minutes se poursuit jusqu’à une apothéose sanglante, que l’on ne peut accuser de complaisance vu les ellipses pratiquées. Le format relativement court du film (à peine plus de 80 minutes) renforce cette impression d’œuvre dépouillée, ce refus d’auréoler la quête du père de gloriole, l’absence de jugement moral pour mieux renvoyer un miroir au spectateur. Un courage cinématographique tout à fait louable.

 

BLADE RUNNER 2049 (États-Unis, sorti le 4 octobre 2017) de Denis Villeneuve avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto… *1/2

En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bio ingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies…

Une chose que l’on ne peut pas enlever à BR 2049 : sa volonté de se démarquer d’un strict blockbuster, aussi bien par les thèmes abordés, le rythme lent, l’absence de grandes scènes d’actions. Une fois dit cela, que conserver de cette suite plus que tardive (le premier, signé Ridley Scott, date de 1982) ? Si peu hélas. À la lecture du pitch exhaustif, on suppose une œuvre palpitante aux enjeux riches de sens, un futur renvoyant un message d’alerte à notre présent. Si certains fans voudront y voir cela, le film passe objectivement à côté de ses intentions. En admettant la forme employée, d’autant que certains plans superbes font avaler la pilule de la longueur (environ 2h45), rien ne permet au spectateur de s’immerger dans l’univers, par ailleurs si centré sur le personnage de K qu’il semble une coquille vide.

Aussi on ne ressent aucunement l’importance de la recherche effectuée par le héros, le fil du récit confirmant d’ailleurs le côté nombriliste de la chose : son espoir d’être une sorte d’élu, ce bébé étant le fruit de la relation entre humain et droïde. Une seule scène retient l’attention : la halte de K dans le repère des clones rebelles, rassemblés en vue d’une future bataille pour affirmer leurs droits. Et puis rien ne viendra. Ce sujet essentiel semble repoussé à un éventuel opus suivant pour mieux retrouver Harrison Ford en Blade Runner reclus. La sensation de passer du coq à l’âne est constante, tantôt une scène de sexe gratuite, puis une simulation de bagarre et quelques attitudes inexpliquées voire incohérentes. Le clou du spectacle, si l’on peut dire, est la révélation à laquelle K est tout aussi étranger que le spectateur. Jusqu’à un plan final censé faire la jonction avec le premier volet alors qu’il relève de l’anecdote. Les moyens étaient là, la mythologie intacte, le potentiel de déclinaison aussi, et pourtant on a opté pour le bout de la lorgnette : de l’eau de rose sur fond futuriste.

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