Critiques Cinéma Janvier 2018

Un petit polar bien troussé, un remake tombant dans la facilité, une saga spatiale de plus en plus controversée, des parties de poker tournant au procès et pour finir un action movie dont on sort guère emballé. Synthèse cinéma de janvier.

TUEURS (France, sorti le 6 décembre 2017) de François Troukens et Jean-François Hensgens, avec Olivier Gourmet, Lubna Azabal, Kevin Janssens… ***

Alors que Frank Valken réalise un casse fabuleux, un commando de tueurs entre en action et exécute tous les témoins. On relève parmi les cadavres celui de la magistrate qui enquête sur l’affaire des Tireurs Fous. Trente ans plus tard, ils semblent être de retour. Arrêté en flagrant délit et face à la pression médiatique, Frank n’a d’autre choix que de s’évader pour tenter de prouver son innocence.

Inutile de faire long quand le message peut être transmis en un brillant condensé. Il ne faut que 80 minutes et des échantillons aux coréalisateurs pour rendre limpide cette histoire de casse d’orfèvres, bientôt contrariés par la collusion avec une affaire de meurtres. Si l’on n’échappe pas aux codes du genre (traque, course-poursuite, réunion de planification des truands), le récit est enrichi par la dimension hautement viscéral de ses personnages, attachants sans avoir besoin de s’exprimer abondamment, émouvants sans tirer outre mesure sur la corde sensible. C’est ce choix brut de mise en scène, à savoir ne montrer que l’indispensable et laisser le spectateur faire ses déductions, qui constitue la grande force de ce Tueurs. On ne cède jamais à la facilité, encore moins à la fascination ou la morale. Faute de marquer durablement le cinéma policier français, voilà un film qui assume parfaitement ses ambitions.

LE CRIME DE L’ORIENT-EXPRESS (États-Unis, sorti le 13 décembre 2017) de Kenneth Branagh, avec Kenneth Branagh, Johnny Depp, Michelle Pfeiffer… *1//2

Le luxe et le calme d’un voyante en Orient Express est soudainement bouleversé par un meurtre. Les 13 passagers sont tous suspects et le fameux détective Hercule Poirot se lance dans une couse contre la montre pour identifier l’assassin, avant qu’il ne frappe à nouveau. D’après le célèbre roman d’Agatha Christie.

Quand on convoque un grand classique de la littérature policière, qui plus est déjà adapté par un grand réalisateur en son temps (Sidney Lumet en 1974), il faut redoubler d’imagination pour se démarquer car on ne peut compter sur le suspense pour venir à notre rescousse. Le twist final de ce trajet mouvementé étant de notoriété publique, le devoir de Kenneth Branagh, double casquette sur ce projet, était de surprendre par la forme. Or, on comprend vite qu’il s’est concentré sur autre chose : se faire plaisir, cabotiner à l’envi via ce personnage affable et exalté (sans être toujours exaltant) qu’est Hercule Poirot, tout en se reposant sur un casting prestigieux où chacun a l’occasion de tirer son épingle du jeu, le temps d’une scénette d’interrogatoire particulièrement excluante pour le public. Ainsi, lorsque nous assistons par la suite au monologue façon cours magistral où Poirot expose les vérités de chacun des passagers, nous sommes d’autant étrangers vis-à-vis de ses déductions qu’aucun indice objectif ne nous a été livré en chemin. Sa réjouissance est aussi théâtrale qu’égoïste, comme si destiné à son seul ego. Cette adaptation trop fidèle se distingue aussi par sa faiblesse sur le plan purement cinématographique : aucune mise en perspective ou emphase du cadre cloisonné dans lequel se trouvent les personnages, faible exploitation des extérieurs, absence de procédés stylistiques ou narratifs qui viendraient enrichir le propos. Bref, à moins d’être un irréductible d’Agatha Christie on se méfiera fortement au prochain remake annoncé.

STAR WARS 8 : LES DERNIERS JEDI (États-Unis, sorti le 13 décembre 2017) de Rian Johnson, avec Daisy Ridley, Mark Hamill, John Boyega… ***

Les héros du Réveil de la Force rejoignent les figures légendaires de la galaxie dans une aventure épique qui révèle des secrets ancestraux sur la Force et entraîne de surprenantes révélations sur le passé…

Sans conteste le film le plus attendu de l’année 2017. Et sans doute le plus clivant de la saga depuis l’épisode I, si sévèrement jugé par les énamourés de la trilogie IV-V-VI qu’une horde de nouveaux convertis se sont ensuite dressés pour défendre les expérimentations, nouveautés, audaces apportés par cet opus inaugural de la prélogie. Près de vingt ans plus tard, la plupart des débats sont axés sur ce même point d’achoppement : héritage glorieux à faire perdurer face à la nécessité d’évolution d’un univers aux codes définis dans les 70’s. L’épisode VII avait à ce titre plu à la frange la plus conservatrice des fans puisqu’il constituait un hommage poli. Les mêmes tirent logiquement à boulets rouges sur ce volume VIII, à leur goût trop novateur, trop décalé avec la mythologie Star Wars, trop rude avec les anciens héros emblématiques de la saga. Ces reproches, tout comme ceux adressés à l’épisode I, sont avant tout le fait d’une génération, portée par un affect blessé plus que par des raisons objectives.

Si on ne le regarde pas d’un œil « intégriste », cet épisode s’avère non seulement honorable mais revivifiant pour la saga. Rian Johnson a procédé à des choix forts : redéfinir/enrichir le concept même de la Force, montrer pour la première fois certaines capacités (les dialogues particuliers Kylo/Rey), offrir une frontière plus mince entre le bien et le côté obscur, réaliser un contre-pied étonnant dans le processus de passation de pouvoirs attendu entre Luke et Rey, le tout sur une trame de prime abord minimaliste puisque assimilable à celle d’un film de survie (survival). Si quelques traits d’humour trop appuyés manquent de déborder l’entreprise, l’aspect profond se marie bien avec la dimension récréative. Les scènes de batailles sont elles moins innovantes, citant même discrètement certains opus précédents. Car c’est bien dans l’intimité des personnages, leurs rêves (l’idéalisme du duo Finn/Rose) autant que leurs désillusions (Mark Hamill bluffant en héros fatigué) que réside l’intérêt narratif cette fois-ci. Oui, il ne se passe pas grand-chose du point de vue de l’avancée matérielle de l’action, oui l’Empire ressort autant en position dominante qu’à l’issue de l’épisode VII, oui quelques fausses pistes « gratuites » auraient pu être évitées pour ramasser le tout à une durée inférieure à 2h30, mais la quête spirituelle de renouveau est pour sa part accomplie !

LE GRAND JEU (États-Unis/Chine, sorti le 3 janvier 2018) de Aaron Sorkin, avec Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner… ***

La prodigieuse histoire vraie d’une jeune femme surdouée devenue la reine d’un gigantesque empire du jeu clandestin à Hollywood ! En 2004, la jeune Molly Bloom débarque à Los Angeles. Simple assistante, elle épaule son patron qui réunit toutes les semaines des joueurs de poker autour de parties clandestines. Virée sans ménagement, elle décide de monter son propre cercle : la mise d’entrée sera de 250 000 dollars ! Très vite, les stars hollywoodiennes, les millionnaires et les grands sportifs accourent. Le succès est immédiat et vertigineux. Acculée par les agents du FBI décidés à la faire tomber, menacée par la mafia russe décidée à faire main basse sur son activité, et harcelée par des célébrités inquiètes qu’elle ne les trahisse, Molly Bloom se retrouve prise entre tous les feux…

Réfractaires au poker ne passez pas votre chemin. Il n’est pas question ici de développer la passion autour de ce jeu d’argent, seulement de comprendre par quel mécanisme une jeune femme hors du milieu va se faire une place au sommet d’une organisation clandestine. La publicité comparant cette ascension à celle du Loup de Wall Street est tout aussi déplacée, tant il ne s’agit pas d’arrivisme ici. Car l’accusée n’est pas une délinquante ordinaire, elle n’est pas prête à tout pour gonfler les caisses de sa petite entreprise, trop empreinte des valeurs sportives et perfectionnistes enseignées par son père. Ainsi le film s’offre une superbe séquence d’ouverture qui pose les enjeux sur le terrain du hasard, de la destinée contrariée par un infime élément, de la compétitivité exacerbée. Dans le petit business de Molly, nul n’est censé rester sur le carreau, elle se place davantage comme une intermédiaire/médiatrice du jeu qu’en reine du circuit impitoyable. L’originalité réside dans un récit déstructuré, les informations nous parvenant au fil des confidences de Molly (jouée par une Jessica Chastain charismatique) à son avocat (Idris Elba au jeu fin et persuasif), de multiples flashbacks venant compléter le puzzle initial. L’aspect très bavard du film exclura sans doute une frange du public, ce qui est dommage tant ce choix narratif sauve le propos, permet de ne pas s’attarder sur le poker en tant que tel pour mettre en exergue les différentes personnalités, les troubles, les vices, les failles de tous ces joueurs venus s’asseoir aux tables de Molly. Basé sur l’autobiographie de l’intéressée, le film assume le parti pris du refus de la condamnation morale, voire la part de fascination pour cette femme partie de rien pour investir, sans se renier, un milieu d’hommes. Aaron Sorkin, scénariste réputé du monde télévisuel (The Newsroom, À la Maison Blanche), n’a pas oublié un credo essentiel en se lançant derrière la caméra : se baser sur des faits réels n’interdit pas le point de vue.

24H LIMIT (États-Unis, sorti le 17 janvier 2018) de Bruan Smrz, avec Ethan Hawke, Paul Anderson (XVIII), Rutger Hauer… *

Travis Conrad, tueur d’élite d’une organisation paramilitaire, est tué en mission en Afrique du Sud. Mais une procédure médicale expérimentale mise en place par ses employeurs le ramène temporairement à la vie, lui offrant 24 heures supplémentaires. Dans cette course contre la montre, comment Travis va-t-il pouvoir se sortir de ce piège ?

Comme ne le dit pas le mauvais pitch officiel ci-dessus, le héros de ce film est ramené à la vie à seule fin de transmettre une information sur le contrat qui lui fut fatal, autrement dit sans mission particulière à réaliser durant ces 24 heures « bonus » sinon celle qu’il s’attribue tout seul en optant pour un soudain volte-face à l’encontre de son employeur. Difficile alors de considérer autrement que comme un gadget ce compteur indexé sur son bras, peinant à masquer un statut de film d’action lambda. Bien sûr on nous ménage ici et là quelques révélations – dont la plus importante est facile à déduire pour tout spectateur un brin chevronné – histoire de justifier une série de fusillades et course-poursuites toutes plus répétitives les unes que les autres. Rajoutons à cela des acteurs n’ayant pas l’air de croire à leurs pérégrinations, des flashbacks dénués de finesse, un manque de limpidité certain dans les scènes de fusillades et voilà l’estocade portée pour cette production digne d’un vieux téléfilm de deuxième partie de soirée.

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