CHRONIQUE/BILAN ALBUMS DE 2017

Retour sur l’année discographique via une quinzaine de sorties marquantes. Sont notamment au programme le retour réussi de Matmatah après une décennie d’absence, le virage déconcertant d’Arcade Fire vers le conformisme, la profonde déception Indochine, le « toujours » difficile 2e album de Marina Kaye et les derniers opus de facture classique de Queens of the Stone Age et Marilyn Manson.

GRANDADDY – Last place (sorti le 3 mars) ***

Dans la catégorie des retours inattendus, celui des skateurs/hipsters californiens se pose là, onze ans après le brillant Just like the fambly cat. Et c’est comme si on ne les avait jamais quitté ! La voix nasillarde, les guitares chatoyantes et petites percussions qui vont bien. Grandaddy, c’est un peu un Coldplay (celui des deux premiers albums) qui aurait refusé de céder à la tentation de devenir mainstream. De fait, il ne manque pas grand-chose pour que les boucles avenantes de Way we won’t et Brush with the wild puissent envahir les radios. En cause l’absence de la petite touche putassière dans les arrangements, le refus de la facilité attendue pour privilégier la dissonance ou l’ingrédient venant à rebrousse-poils. Les variations de rythme spectaculaires de A lost machine ou la fin abrupte de Check injin illustrent parfaitement ce point. Si recette il y a, c’est seulement celle de l’honnêteté artistique, de la cohérence vis-à-vis d’un passé sur lequel on s’appuie (on pense parfois à l’album Sumday) sans le recycler pour autant. Quelques compositions plus faibles émaillent la deuxième moitié, empêchant ce disque come-back de surclasser ses prédécesseurs. Last place ? Du moment que le prochain ne se nomme pas Last Time

MATMATAH – Plates coutures (sorti le 3 mars) ****

La tentation est forte d’établir le même constat que pour la critique de Grandaddy. Et pour cause : même longue absence, même retour réussi avec un son rock dans la lignée de La Cerise (4e album, sorti en 2007). À l’image de Merzhin, confrères régional, le groupe n’a jamais paru autant éloigné de l’étiquette de « groupe phare de la scène bretonne » accolée à ses débuts. Dix ans plus tard, on reprend la route là où on l’avait stoppée, hors de question de céder à la nostalgie. Matmatah n’a plus la dimension drôle et festive des origines certes, mais il peut se targuer d’être devenu un candidat crédible au titre de meilleur groupe de rock français. Les années aidant, les préoccupations ont varié pour se porter davantage sur les enjeux planétaires (Nous y sommes, titre d’ouverture qui met la barre haute) ou les scandales politiques (la superbe Marée haute), sans oublier de nous faire danser avec des titres plus légers (Lésine pas ou Retour à la normale). L’amalgame entre l’invitation au voyage (la surprenante Toboggan ou l’idéaliste Peshmerga) et un concret moins reluisant est parfaitement réalisé. Et rappelle qu’arrêter de rêver ne signifie pas arrêter de croire.

SAEZ – Le manifeste – Lulu (sorti le 10 mars) ***1/2

Nouveau triple album (déjà le troisième sur ce modèle après Paris en 2008 et Messine en 2012) pour le définitivement indépendant Damien Saez, en cohérence avec sa volonté de se démarquer des majors de l’industrie musicale pour poursuivre sa route sans compromissions. On atteint des sommets de colère toutes griffes dehors sur cet opus, avec des textes de plus en plus maîtrisés qui relèguent les Jeune et con et Sauver cette étoile originels au rang de pochade, ou encore à un enrichissement des mêmes sujets traités dans l’expérimental et inégal God Blesse. La maturité d’ensemble des thèmes explorés n’empêche pas l’emprunt d’itinéraires bis à valeur d’hommage voire de pastiche : Guantanamo sonne comme du Manu Chao de manière trop appuyée pour ne pas être volontaire ; le rock breton joyeux et ses excès sont transcendés le temps de Rue d’la soif ; tandis que Ma gueule frise le plagiat du Renaud années 1980 ; et que dire du titre le suivant directement, Pleure pas bébé, une parodie de « chanteurs à minettes » drôle et émouvant à la fois. Après une première écoute déstabilisante, on se laisse vite prendre au jeu de cette entreprise portée avant tout par la liberté.

Ce triple se heurte cependant aux mêmes limites que les exercices précédents : la difficulté d’une écoute intégrale tant l’ambition de la formule reste immense : une galette rock, une seconde davantage centrée sur des ballades douces/amères (« tristes » concluront trivialement les détracteurs de l’artiste) et une troisième principalement composée de thèmes au piano. Dans l’équation, c’est souvent le dernier cd qui subit le renoncement de l’auditeur, face à l’effort d’immersion demandé. Un album qui impressionne plus qu’il ne séduit.

GOLDFRAPP – Silver eye (sorti le 31 mars) ***

Il y a plusieurs nuances de Goldfrapp : celui privilégiant l’atmosphérique mystérieux (Felt Mountain, album initial en 2000), celui assumant une pop FM 80’s dans ce qu’elle a de plus caricaturale (le mitigé Head first de 2010) ou celui optant pour des penchants doucement électroniques (Black Cherry en 2003, sans doute le chef d’œuvre du groupe). Ce septième opus semble vouloir renouer avec cette époque dorée. Si la structure conventionnelle couplet/refrain est conservée, l’environnement s’éloigne d’un prédécesseur (Tales of US, 2013) essentiellement composé de ballades minimalistes. Les claviers prennent le pouvoir sur la sensuelle voix d’Allison, luttant contre les machines (Systemagic, Become the one), puis retenue prisonnière d’un cadre lugubre (Zodiac black) avant d’être carrément emportée par l’afflux des vagues (Ocean). Une musique davantage planante que dansante, les saturations diverses ne contrariant jamais le fil du récit construit par les dix pistes. Difficile en effet de considérer chaque titre individuellement tant on reçoit l’album comme une bande-son lancinante. De là à réduire Goldfrapp à une toile de fond écoutée en soirée mondaine, il n’y a qu’un pas. Le groupe a toujours su aller au-delà des étiquettes et ne pas attacher d’importance à produire un nouveau hit comparable à ce que fut Strict Machine.

BETH DITTO – Fake sugar (sorti le 16 juin) ***1/2

Déjà star exclusive du temps du combo glam/rock Gossip, Beth Ditto vole officiellement au-dessus de la mêlée via cet opus solo. Elle confirme d’abord sa part de responsabilité dans le virage pop pris par son ancien groupe (sur les deux derniers albums) en prolongeant largement cet aspect ici. Exercice globalement réussi avec des séquences évoquant le meilleur de la variété noble américaine, telle la puissance d’une Cindy Lauper sur Oh my god ou la douceur embuée par le chagrin d’une Bonnie Tyler sur la ballade irrésistible Love in real life. L’efficacité formelle des compositions est bluffante, à la fois toutes différentes et rapidement assimilables. À l’exception d’une Go baby go peu inspiré, chaque morceau apporte avec lui un gimmick ou une atmosphère. Mention spéciale au très sexy Oo la la incluant quelques mots susurrés dans la langue de Molière.

Puis il y a le tube en puissance, We could run, son lyrisme exacerbé, ses arrangements incisifs à défaut d’être originaux. À la réécoute on ne peut s’empêcher d’exulter avec la chanteuse. Ce n’est pas un best of d’une chanteuse glorieuse des années 1980 mais bien un premier album solo, cela frise la sorcellerie. Et quand Beth Ditto vous ensorcelle, vous ne marchez pas vous courez !

ARCADE FIRE – Everything now (sorti le 28 juillet) **

Sans aucun doute l’incompréhension de l’année. Des signaux d’alertes avaient émergé via un single sorti en début d’année. Présenté par les grands médias comme un pamphlet anti-Trump (une mode prévu pour durer entre quatre et huit ans), ce I give you power insipide sera finalement absent de la version finale de l’album. La trivialité du morceau, les accords paresseux et le manque d’épaisseur de l’ensemble fit même croire à un fake chez certains fans ultras du groupe Canadien le plus novateur de la dernière décennie. Hélas, ce Everything now confirme ce pavé lancé en éclaireur : Arcade Fire est rentré dans le rang, il n’est plus ce groupe unique sachant se réinventer à chaque album pour nous transporter dans des univers propres. Se répète-t-il ? Se caricature-t-il ? Pis, il semble piocher dans son environnement concurrentiel, s’oublie en chemin en pondant une musique lambda ou presque. On est bien pris d’émotions ou d’envies de danser ici (Electric blue) ou là (Put your money on me), mais aucun sentiment de l’ordre de la transe quasi religieuse provoquée par les précédents opus.

Soyons clairs, cet album en tant que tel se laisse écouter et se place au-dessus de bien des productions actuelles, si ce n’était la barre d’exigence placée plus haute en vertu du passé d’un tel groupe. Si l’on met de côté les quelques effets estampillés Arcade Fire (double voix homme/femme, le côté chorale de certains titres), on pourrait croire à un disque de Phoenix ou Metronomy. Il y a pire comparaison remarque…

QUEENS OF THE STONE AGE – Villains (sorti le 25 août) ***1/2

L’hyperactif Josh Homme prend régulièrement le temps de se rappeler à son groupe principal, un nouvel album des QOTSA paraissant en moyenne tous les quatre ans, interstice pendant lequel s’additionne projets parallèles et diverses participations pour leur frontman de génie. Alors, qu’en est-il de ce millésime aux allures minimales avec ses neuf petits titres dans l’escarcelle ? Faisons une fois pour toute le deuil d’un nouveau Songs for the deaf (2002), sommet musical des Californiens, vraisemblablement indépassable tant la mécanique était bien huilée. Ce Villains saisit d’emblée par l’intro crescendo géniale de Feet don’t fail me, une agressivité préfigurant un album « coup de poing ». Or la suite se veut plus bluesy, basé sur un mid-tempo laissant croire à une explosion qui ne viendra pas, à l’image d’un Domesticated animals réglé aux petits oignons. Fortress se pose en hit potentiel par son caractère abordable du grand public, un peu le pendant de Go with the flow. Le climat demeure longtemps dans cette douceur savoureuse avant que The evil has landed se décide à enchevêtrer plus franchement guitares et batterie lourde. Et on croit alors distinguer une cohérence à l’ensemble, celle d’une recherche de l’état de plénitude, totalement atteinte avec le Villains of circumstance refermant ce nouveau chapitre. Doutes et atermoiements présents au cœur de l’album sont balayés au profit d’une percée vers les cieux. Plusieurs écoutes sont nécessaires pour ressentir la pertinence de cette histoire d’Homme.

STARSAILOR – All this life (sorti le 1er septembre) *

Encore une histoire de revenants avec ce groupe pop US autrefois prometteur, le temps du dyptique Love is here/Silence is easy (2001-2003) en fait. Soumis comme la plupart de ses confrères à l’impératif de démarquage vis-à-vis du leader de la catégorie U2 (voir ci-dessous la chronique du dernier opus des Irlandais), le combo mené par James Walsh a su émerger au début de la décennie des groupes en « the » pour choisir le lyrisme bien enrobé à la puissance rock revendiqué par d’autres. Aussi Starsailor peut-il encore être considéré aujourd’hui dans la culture pop(ulaire) comme une synthèse entre Coldplay et The Killers, sans avoir pu creuser un véritable sillon. Là où des Poor misguided fool, Alcoholic ou Tie up my hands pouvaient bouleverser, aucun titre phare ne se détache de ce nouvel opus, désespérément uniforme. Avec le recul, on peut se demander si l’hyper-diffusion de Four to the floor via un remix dance horrible qui l’a dénaturé n’a pas été un cadeau empoisonné pour le groupe. Le rendant si hermétique à la culture du tube qu’il a pondu un cd dénué de temps forts, encore moins d’une variation de styles entre les différentes plages. Peu ou prou la même structure pour chaque morceau, la classique déclinaison couplet/refrain/couplet/refrain/pont/refrain teintée d’un ingrédient progressif non assumé. Ainsi la lancinante/entêtante Sunday best aurait gagné à une explosion finale plus significative tandis qu’elle revient rapidement à son aspect monocorde. Idem pour Fallout et ses saturations inabouties. En somme un album qui s’écoute sans sourciller et s’oublie aussi vite.

INDOCHINE – 13 (sorti le 8 septembre) *1/2

Quelques mois après une chronique détaillée concernant la dernière livraison d’Indochine (lire https://lecrivant.com/2017/09/27/chronique-de-lalbum-13-dindochine-sorti-le-8-septembre-2017), le ressenti reste le même. Celui d’un groupe en stagnation voire en perte de vitesse après avoir su capitaliser brillamment son retour à la vie médiatique depuis Paradize. Au lieu de redite de son plus large succès de vente, le combo de Nicola Sirkis avait su défricher de nouvelles terres tout en confirmant son statut de véritable monument rock. La prédominance des claviers renvoie ici à l’Indochine pré-1996, et une complaisance coupable pointe même au détour de certains textes (l’inconsistant 2033 ou ce La vie est belle décharné), des rallonges inutiles des morceaux, avoisinant tous les six minutes. Quelques pistes sauvent les meubles, redonnant une place importante à l’alliage guitares/batterie (Station 13, Song for a dream) sans pouvoir relever le goût amer de l’ensemble. Le commentaire concernant le dernier Arcade Fire vaut également ici : comment un mastodonte au si fort potentiel peut accoucher d’une telle production ?

FOO FIGHTERS – Concrete and gold (sorti le 15 septembre) ***

L’infatigable Dave Grohl réunit de nouveau ses troupes trois ans après un Sonic highways conceptuel qui a déstabilisé une bonne frange de fans. Ce neuvième opus s’avère dans une lignée davantage propre aux FF. Des structures souvent complexes, pouvant comprendre alternance de berceuses et agressions dans le même titre (Run et surtout La Dee Da) ou basculement inattendu en milieu de piste (la géniale Dirty water). Les influences de Grohl, déjà présentes du temps de Nirvana, les Pixies en tête mais aussi d’autres moins avouables comme Kiss, sont désormais parfaitement digérées et s’intègrent subtilement à l’univers du groupe. On peut tout se permettre dans ce cadre comme une authentique respiration nommée Happy ever after (zero hour) ou un mid-tempo troublant comme Sunday rain. Le tout de se conclure sur le crépusculaire Concrete and gold, piste que l’on ne peut imaginer placée ailleurs. Si plusieurs identités musicales se côtoient au sein du même groupe, sa rigueur architectural permet de ne pas encombrer l’édifice du jalon de trop. Et de se payer le luxe de se passer de titres aussi instantanément efficaces que le furent All my life sur Oneby one (2002) ou The pretender sur Echoes silence patience and grace (2007).

THE KILLERS – Wonderful wonderful (sorti le 22 septembre) **

Perdus de vus ces dernières années,The Killers fut un temps porté aux nues. Grâce à un opus initial lumineux se tenant de bout en bout (Hot fuss en 2004) et un successeur à la puissance rock affirmée de plus belle (Sam’s town, 2006). Hélas, le virage sirupeux est venu avec le gentillet Day & age (2008), sorte de mauvaise redite où toutes les qualités du combo ont été gommées. Perte de rythme, manque d’énergie, basculement dans de la variété lambda, ce choix artistique était pour le moins déconcertant. Battle born (2012) tenta bien de rectifier le tir, revenant à une orchestration plus fidèle aux sources. Hélas, le tout demeurait trop mielleux et anecdotique. Du recyclage 80’s désincarné, flirtant grossièrement avec Foreigner, Simple Minds ou Duran Duran. Cinq ans plus tard, quels sentiments nous évoquent ces Tueurs mal nommés ? L’espoir d’abord avec une ouverture de Wonderful wonderful sur un titre éponyme à l’allure de grande messe fédératrice teintée de flamboyance.Celle-ci aurait tout à fait eu sa place sur Sam’s Town. La bonne surprise continue avec la funk/groovy The man, dansante et riche en superposition d’effets. La suite est plus oubliable, marquée par des refrains criards (Run for cover) et des bluettes pop peu inspirées (Rut, Some kind of love). Pas de quoi sauter au plafond donc, néanmoins la bête a prouvé qu’elle bougeait encore.

MARILYN MANSON – Heaven upside down (sorti le 6 octobre) ***1/2

Le temps de la réinvention permanente et du « choquage » de bourgeois est révolu pour Marilyn Manson, désormais bien installé dans la sphère du metal mélodique. Avec ce dixième album studio, le Révérend ressort bon nombre de recettes typiques de ses précédents attelages, se rapprochant notamment de son plus haut sommet, Holy wood (2000) mais aussi du partiellement décrié Eat me drink me (2007) qui actait un pas important vers la pop. Ici, l’hypothèse d’un retour à un style plus agressif n’excède pas le temps du titre d’ouverture Revelation #12. La suivante, Tattooed in reverse verse dans un mélange d’énergie indus/electro/new wave. Le cœur de l’album s’avère le plus accrocheur avec les tubes en devenir Say10 et Kill4me, une cavalcade de huit minutes nommée Saturnalia rappelant l’influence toujours intacte de Nine Inch Nails sur la carrière de MM, ou encore la baroque Je$u$ Cri$i$ taillée pour le live. C’est la part la plus profonde/lyrique de Manson que nous trouvons sur la fin du disque avec la déchirante Blood honey ou la fiévreuse Threats of romance. Belle variation sur les mêmes thèmes qui ravira les amateurs du genre, et continuera de rebuter les autres.

MARINA KAYE – Explicit (sorti le 20 octobre) **1/2

C’est un cliché d’analyse critique, mais aussi une réalité palpable pour un artiste : la « toujours difficile » deuxième œuvre après un premier jet unanimement reconnu comme une réussite. La réflexion principale concernant le chemin à emprunter : marcher dans les mêmes pas ou privilégier un itinéraire novateur. Le deuxième opus de Marina Kaye se classe clairement dans la première voie, déclinant des odes dans la lignée de Fearless. On ne peut parler pour autant de copier/coller car quelques nouveautés et expérimentations sont disséminés au fil de l’eau. À commencer par les quelques titres chantés en français. Pas inoubliables hélas. Pour une superbe reprise du Vole de Céline Dion, on déplore les arrangements très chanteuse RNB standard de Merci quand même ou le manque de plus-value du duo Vivre avec Soprano. Qui d’ailleurs ressemble plus à une chanson décomposée en deux qu’à une association. Les ballades restent les moments les plus forts, de Armour à la version acoustique de On my own en passant par Something. À croire que la voix lumineuse de la petite perle se prête moins aux plus punchys My escape ou This time is mine. On ressort donc de l’écoute à la fois convaincu de la longévité promise à l’artiste et déçu de ne pas avoir vu se concrétiser une prise de risque artistique.

U2 – Songs of experience (sorti le 1er décembre) **1/2

Voilà maintenant vingt ans (depuis le virage pris avec l’album Pop) qu’il est de bon ton de cracher sur U2, symbole malgré lui de la compromission commerciale et de la musique trop passe-partout pour être honnête. Les liens rapprochés avec Itunes et les engagements altermondialistes d’un Bono aux allures de gourou n’aidant pas à juger le groupe sur ses seules productions musicales. Aussi, de moins en moins de critiques prennent le temps de décortiquer le contenu des albums du combo irlandais. « Pompier », « Gentillet », « Auto-satisfait » sont des adjectifs souvent brandis à son encontre. À raison ? Sans doute, mais aucune de ces restrictions ne permet de conclure à un manque de savoir-faire des Dublinois en matière pop/rock. U2 réaffirme à chaque nouvel album une griffe propre, donne en quelque sorte le ton à la cohorte de groupes s’en inspirant plus ou moins ouvertement. Il est le leader d’un genre musical en partie désuet, pourrait se contenter d’enchaîner les tournées comme les Rolling Stones mais apportent couramment une nouvelle pierre à l’édifice. Comment nier l’efficacité de You’re the best thing about me, premier single extrait de cet album ? Le côté fédérateur de Get out of your own way qui recycle brillamment Beautiful day  dix sept ans plus tard? La constante des multi-voix sur les refrains confère une dimension festive à l’entreprise, traduit la légèreté habitant désormais un combo n’ayant plus rien à prouver. Les dancefloors pourront même être investis par Red flag day ou The blackout, tandis que les ballades The little things that give you away ou Love is bigger than anything in its way n’ont pas à rougir vis-à-vis des compositions des concurrents du genre.

Entre allergie impossible à désensibiliser et respect inconditionnel des anciens, le choix se porte aisément sur le second. Ni génie, ni vilain petit canard, U2 demande juste à être lui-même.

SHANGRI-LA – Trouble maker (sorti le 15 décembre) ***1/2

Petit coup de projecteur amical sur un groupe de rock qui a réussit à sortir un premier opus l’année même de sa formation, le tout du côté de la Cité Impériale ajaccienne. Ce démarrage en trombe ne signifie pas amateurisme ou inexpérience, les musiciens composant ce quatuor, aussi basse soit leur moyenne d’âge, ont des années de rock derrière eux. La production soignée de ce premier jet interpelle dans le bon sens du terme, dénuée du côté « crade » caractérisant souvent les débuts discographiques de groupes dans cette mouvance.

Le groupe est capable de citer distinctement ses influences (grunge, punk, rock indus voire heavy metal) sans basculer dans le plagiat. Si elle utilise sur son refrain des accords/arrangements on ne peut plus classiques, l’énérgique Lucky one n’en reste pas moins gravée en mémoire à la première écoute, donnant envie de sauter au plafond d’emblée. A place to found est une variation réussie de la forme passive/agressive. Part of the clown se distingue par un brillant solo de batterie tandis que Misstic puppets emprunte une structure famillière au ska. Moins dansantes mais tout aussi efficaces, Protect the throne ou Same (hampstea heath) optent pour un son plus massif.

Passée cette explosion de saveurs, la ballade Postpoinement arrive au moment M pour convaincre/conclure des différentes facettes à l’actif du groupe. Un premier opus qui sera donc difficile à classer sur les étagères, mais se doit d’y figurer.

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