Daniel Cormier, à une victoire de devenir le plus grand de tous les temps ? – Oui/Non épisode 1 (ACTUMMA.COM)

Lors de l’UFC 220, le champion poids lourds Stipe Miocic a conservé son bien devant Francis Ngannou tandis que son homologue des mi-lourds, Daniel Cormier, déjouait le sacre annoncé de Volkan Oezdemir. Une idée a alors germée : opposer les deux champions. Choc programmé pour juillet et à l’issue duquel DC pourrait posséder deux ceintures. Ce qui en ferait selon lui le plus grand combattant MMA de tous les temps. Des données objectives permettent de confirmer son affirmation, d’autres de les infirmer.

Un choc de champions où il a tout à gagner et si peu à perdre, déjà une victoire pour Cormier.

OUI : Une capacité hors du commun à contrer des adversaires plus complets

Le combat face à Volkan Oezdemir était un parfait prototype de ce qui fait la touche Cormier : un art exacerbé du game plan, une application extrême pour ce qui est de contrer la stratégie adverse, y compris quand le background de l’opposant est sur le papier supérieur au sien. Lorsqu’il doit suppléer Jon Jones pour confronter Anthony Johnson en mai 2015, peu lui donne une chance face à ce redoutable striker qui a couché les ténors de la catégorie les uns après les autres. Or l’aventure DC n’est pas loin de s’achever au premier round sous les coups de bambou d’AJ. Le fait est qu’il y résiste et entraîne son adversaire sur le terrain où il est fragile : le sol. Johnson s’incline par Rear-Naked Choke en milieu de 3e round. Arrive ensuite Alexander Gustafsson, l’homme étant passé tout prés de détrôner Jon Jones. Et pour cause puisque le Suédois possède une multitude de qualités communes avec le roi des 93 kg : allonge, fougue de la jeunesse, striking d’une grande variété… Cormier annihile durant cinq rounds tous ces atouts en imposant tantôt une boxe rapproché tantôt un épuisant corps-à-corps. Gus a beau être déclaré devant par l’un des trois juges, c’est la prestation de l’Américain qui a retenu l’attention. Été 2016, la revanche Cormier-Jones, prévue à l’UFC 200, est de nouveau repoussée. Un remplaçant de luxe du nom d’Anderson Silva se présente. Même vieillissant, le Brésilien est plus rapide, plus souple, plus créatif, bref beaucoup plus complet que DC. Pourtant, la lutte virile du champion mi-lourds a raison de l’ancien roi des poids moyens. Le Suisse Oezdemir, perçu à juste titre comme une machine de guerre, s’est donc rajouté à cette liste de combattants devant s’incliner contre un homme censé leur être inférieur. Dans ce cas c’est l’absence de plan B qui aura été fatal. Faute d’avoir obtenu son habituel KO express, le challenger a souffert dés la fin du 1er round, et plus encore dans le 2e de son game plan borné. Comme à son habitude, DC a laissé passé l’orage pour mieux triompher. Ne serait-ce pas une forme de génie ?

Difficile de reconnaître Oezdemir le destructeur lors de sa dernière prestation.

OUI : Une régularité en lourds/mi-lourds supérieure aux Couture, Coleman, Shamrock

Qui prétend à la distinction de plus grand combattant de tous les temps doit nécessairement se comparer à ses glorieux aînés voire ses contemporains. Alors, qui parmi les retraités ou actifs peut-on considérer à ce jour supérieur, en termes d’accomplissements sportifs, à DC ? Qui parmi les légendes reconnues possède un parcours plus enviable ? Pas grand-monde à vrai dire si l’on regarde du côté des Hall of Famers de la compagnie : Certes Randy Couture a détenu trois fois la ceinture des lourds et deux fois celle des mi-lourds, mais sa carrière a surtout été marquée par des résultats irréguliers, une inconstance ne pénalisant pas ses multiples title shots tant la concurrence était alors moins rude ; quant aux mérites d’autres intronisés comme Mark Coleman, Ken Shamrock ou Tito Ortiz (pour ne citer que les tops des lourds/mi-lourds), ils se sont essentiellement concentrés en début de carrière. Ainsi The Hammer comme The Most Dangerous Man ont la particularité d’avoir été des pionniers de la polyvalence à une époque où le MMA n’était qu’une confrontation de disciplines. Premier champion du Pancrase au Japon puis premier UFC Superfight Champion, Shamrock a connu un âge d’or de trois ans (1993-1996) pour une carrière d’ensemble (2000-2016) ressemblant à un long déclin. Premier champion sous l’appelation UFC Heavyweight en 1997, Mark Coleman a ensuite connu une descente aux enfers…avant une résurrection au Pride Grand Prix 2000 suivie d’un nouveau parcours en dents de scie jusqu’en 2010, ce qu’illustre son score (16-10). Quant à Tito, son règne en mi-lourds dans la première moitié des années 2000 souffrira toujours de son statut de chouchou de Dana White, longtemps protégé des vrais cracks de la catégorie qu’on opposait à Chuck Liddell. Sur le papier, on peut débattre de l’éventuelle supériorité des performances réalisées par tous ces champions, non sans pointer l’irrégularité générale par laquelle s’est caractérisée leur carrière.

À l’exception de Jones, aucune zone d’ombre dans la carrière de DC.

OUI : Plusieurs compagnies de MMA marquées de son empreinte

Actuel champion mi-lourds de l’UFC, Daniel Cormier compte aussi à son palmarès une victoire-surprise dans le StrikeForce Grand Prix de 2011-2012, des titres poids lourds au XMMA et King of the Cage, sans parler des multiples médailles acquises en lutte au préalable. Même en considérant les seuls arts martiaux mixtes, la multitude de trophées acquis le long d’une carrière commencée à l’âge de 30 ans est bluffant ! En huit ans, aucun soubresaut à l’exception des défaites controversées contre Jon Jones, l’une requalifiée en no contest. Comment ne pas saluer cette adaptabilité exceptionnelle pour qui n’était à la base qu’un excellent lutteur ? Début des entraînements aux côtés de Cain Velasquez en 2008, premier combat pro en MMA en septembre 2009 et premier titre décroché en juillet 2010 ! Cormier apprend à boxer en quatrième vitesse, idem pour les notions de jiu-jitsu brésilien (il est aujourd’hui ceinture marron) comme tend à le prouver son succès par Rear-Naked Choke sur Tony Johnson au King of the Cage. Deux semaines après un couronnement au XMMA, DC s’empare du graal du KOTC face à un homme bien plus massif que lui. Le meilleur reste à venir avec son run au StrikeForce, d’où il ressort avec un irréprochable 5-0. Dur de lui reprocher le déroulement d’un tournoi lui ayant évité de passer par les épouvantails Alistair Overeem ou Fedor Emelianenko. D’abord peu convaincante, sa transition vers l’UFC gagne en crédibilité lorsqu’il se substitue au mieux à Jon Jones pour vaincre Anthony Johnson (deux fois) ou Alexander Gustafsson. Éternel outsider au coup de gong, il prouve encore son savoir-faire devant un Volkan Oezdemir au destin proclamé. Avec trois défenses de titre converties dans la plus grande compagnie au monde, il peut légitimement prétendre à être classé parmi les plus grands. Et bientôt revendiquer la place de meilleur de tous les temps à un Anderson Silva qui n’aura régné en fin de compte que sur une seule catégorie ?

Le slam de Josh Barnett, un des derniers grands moments du StrikeForce.

NON : Toute une carrière boostée par les circonstances

Un remplaçant de luxe reste néanmoins un remplaçant. De même, un petit film au succès inattendu n’en devient pas un grand pour autant. On peut donc en dire autant pour un champion devant son couronnement aux manquements d’un prédécesseur prestigieux. En janvier 2015, DC n’était pas parvenu à bousculer Jon Jones outre mesure, n’empochant aux yeux des juges qu’un des cinq rounds. En dépit de cette décision, le membre du gym AKA obtient de concourir au titre en mai face au challenger désigné Anthony Johnson. Rebondissement dû aux problèmes judiciaires de l’ancien champion, destitué. L’été dernier, les choses semblent rentrer dans l’ordre avec le retour sur le trône du roi Jones, sauf qu’un contrôle antidopage positif remet en cause sa victoire. Hors Cormier, dominé de manière plus radicale que la première fois, est aussitôt revêtu de la ceinture. Malgré les conditions controversées, la plupart des fans ont de nouveau du mal à voir en lui un champion incontesté, et considèrent toujours JJ comme le numéro un.

Avant les errements de Bones, il y avait eu le tournoi du StrikeForce en 2011-2012. Simple réserviste, Cormier bénéficie du forfait d’Alistair Overeem, en conflit avec l’organisation, pour être propulsé en demi-finale contre Antonio Silva. Un KO surprise plus tard, il confronte Josh Barnett en finale dans un duel de spécialiste de lutte. À ce petit jeu, DC impose sa puissance pendant vingt-cinq minutes. Sans spécialement briller donc. Un tournoi remporté pour du beurre puisque la compagnie est déjà tombé dans l’escarcelle de l’UFC.

Quid de la carrière de Cormier sans les sorties de route de JJ ?

NON : Un style ou non-style qui ne séduit pas les foules

Être le plus grand de son sport implique autre chose que des résultats bruts et une domination dans sa discipline, il faut qu’accomplissements et personnalité transcendent la notoriété de celui se désignant comme tel. Mike Tyson parle à toute une génération, idem pour Michael Jordan ou Tiger Woods. Et ce au-delà des fans respectifs de boxe, basket ou golf. Avec un nombre quasiment similaire de combats MMA, Conor McGregor a davantage déteint sur la société populaire/médiatique, braquant les projecteurs sur sa discipline grâce à sa grande gueule autant qu’à ses coups de génie dans l’Octogone. Hors on a beau chercher, on ne trouve pas de trace d’éléments magiques dans les finalisations de Cormier. De l’intelligence tactique pour sûr, de l’exécution propre assurément, du pragmatisme davantage encore, mais aucun élan spontané ou mouvements stupéfiants qui permettraient de graver ses finishs dans la mémoire collective. Pendant ce temps, le front kick d’Anderson Silva sur Vitor Belfort ou la standing guillotine de Jon Jones sur Lyoto Machida continuent de tourner abondamment sur les compilations Youtube. Au-delà de la sobriété revendiquée du personnage, au sein comme en dehors de la cage, c’est son absence de style identifiable qui joue contre lui. DC réagit au style de ses adversaires plus qu’il n’impose le sien. Ce qui en fait un combattant finalement assez ordinaire ayant su faire fructifier son background de lutteur olympique au-delà des espérances.

Absence de charisme et physique ordinaire = impasse ?

NON : Devenir le plus grand implique d’avoir vaincu de grands noms

C’est entendu : Alexander Gustafsson, Anthony Johnson ou Volkan Oezdemir sont des bons combattants, largement au-dessus du lot, sont-ils pour autant des légendes voire a minima des grands noms du MMA ? Pour l’heure ils n’en sont pas là, ayant tous échoués à acquérir un titre de champion dans une compagnie majeure. Si l’on doit citer les légendes dominées par Cormier, elles se limitent au nombre de quatre : Josh Barnett, Frank Mir, Dan Henderson et Anderson Silva. Tous ces succès sont susceptibles d’être nuancés, soit de part la manière employée (lutte et boxe de proximité jugées ennuyeuses) soit du fait de la forme déclinante des adversaires au moment où DC a croisé le fer avec eux. Alors que Bones avait assis son autorité sur le classement pound-for-pound en dominant nombre de légendes encore vivaces de la division mi-lourds (Shogun Rua, Quinton Jackson, Lyoto Machida, Rashad Evans), DC règne dans un royaume dépeuplé où des fighters « ventre mou » comme Ilir Latifi ou Patrick Cummins peuvent intégrer le top 10 ou un Volkan Oezdemir, encore inconnu début 2017, prétendre au titre après trois victoires. Pas sûr qu’un succès sur Stipe Miocic, lui aussi perçu à certain titre comme un champion de circonstances, suffise à réévaluer à la hausse le bilan du membre de l’American Kickboxing Academy.

Devenir double champion UFC ferait-il de DC l’égal des Couture, BJ Penn, GSP et McGregor ?

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