MGMT : LA RÉSURRECTION – Chronique de l’album Little Dark Age (2018) (FRANCE JEUNES)

 

Qui osait encore y croire, cinq ans après un album aussi peu inspiré que son titre éponyme le laissait présupposer ? L’heure de la reconquête est pourtant belle et bien venue pour le duo electro-psyché-pop apparu en force en 2007-2008. Son succès était autant dû à un pélérinage intense de tous les festivals de la création qu’à un Oracular spectacular aux allures d’emblème générationnel. Il s’agissait de cela à l’origine: une fraicheur juvénile revendicative, capable de s’émanciper du meilleur de ses influences pop/funk/disco/new wave pour créer des tubes instantanés (Time to pretend, Kids, Electric feel) et un hymne éternel (The youth). Une rare unanimité publique et critique avait porté l’opus en bonne place sur les étagères d’une large frange de musicos. Le genre de gallette que l’on peut diffuser en fond pendant une réception avec l’assurance de ne pas heurter l’ouïe fine de ses convives.

A suivi un deuxième album ambitieux et incompris, le bien mal nommé Congratulations en 2010. Malgré sa tonalité plus grave, moins encline à investir les dancefloors, celui-ci possède de quoi tenir la dragée haute à son prédécesseur. Et il vieillira sans doute mieux car davantage complexe, empli de sous-couches indécelables à la première écoute.

Fort de cette réussite technique, à défaut de s’etre concrétisée commercialement, le groupe pousse encore plus loin le nihilisme dans MGMT en 2013. Mélodies faméliques, absence totale de refrains, expérimentations diverses, surplus de dissonances rendant l’écoute éprouvante…Cette fois la pilule ne passe plus et les deux compères tombent dans un certain anonymat.

Débarque donc sans espoir particulier ce quatrième épisode, si ce n’est les rumeurs de retour à un son originel. En dix ans, la scène electro/pop tendance nostalgie 80’s a été prise d’assaut et dominée par les Phoenix, Metronomy, Foals et autres Klaxons. Sans oublier l’influence prégnante de l’album Random Access Memories de Daft Punk…visiblement une des sources majeures de ce Little Dark Age!

Piste 1 SHE WORKS OUT TOO MUCH 4’38’’ ***

Ouverture psychédélique de bon aloi avec ce titre au rythme entêtant sans être particulièrement dansant. Les synthés mettent le funk à l’honneur tandis que les paroles, davantage énumérées que chantées, s’avèrent plus graves. La mélodie s’écrase en chemin pour privilégier l’enchevêtrement de voix, s’avérant une rampe de lancement idéale à défaut d’être une évidence pop.

Piste 2 LITTLE DARK AGE 4’59’’ ****

En apparence plus sobre que le précédent, ce morceau s’avère pourtant bien plus entraînant et efficace. Sa sonorité 80’s lui aurait assuré une place de choix dans la BO du film Drive, tant son prisme new wave nous aspire vers un voyage cosmico-lyrique. Si une structure traditionnelle couplets/refrain est discernable, le groupe s’en empare pour mieux basculer vers une progression ténébreuse, à la hauteur de son ambition artistique.

Piste 3 WHEN YOU DIE 4’23’’ ***1/2

Mélodie fuyante, sonorités orientales étouffées, comme brinquebalantes ou soumises à un ascenseur émotionnel, voix habité enveloppant le tout pour nous rassurer sur l’issue du chemin… Avec When you die, MGMT réussit à se maintenir sur le fil du rasoir, offre une vraie cohérence à un titre à l’allure foutraque. Son final semblable à un atterrissage spatial confirme ce ressenti à la fois hétérogène et contrôlé. Et l’air de rien, après seulement trois pistes, c’est déjà tout un univers onirique qui se dégage de l’opus.

Piste 4 ME AND MICHAEL 4’49’’ **1/2

Là c’est carrément du lourd : une production fortement acidulée façon variété franco-italienne des 80’s, assumant l’usage simple et enivrant du synthétiseur. Une histoire d’amour/bluette bien aidée par un refrain fédérateur, facile à chanter sous la douche. Nous sortons des atmosphères inquiétantes et/ou ambiguës de début d’album au profit de la légèreté. Sans doute le titre restant le plus instantanément ancré chez l’auditeur. Mais aussi celui à la durée de vie la plus incertaine.

Piste 5 TSLAMP 4’29’’ ****

Après le morceau le plus facile d’accès, voici le plus complexe, quoi de plus logique ? Le synthétiseur est toujours maître des opérations, sauf qu’utilisé cette fois sous forme de dissonance classieuse. La toile de fond n’est pas sans rappeler une certaine soul 70’s (le You are everything de The Stylistics en l’occurrence) tandis que les chœurs féminins du refrain remettent le couvert de la décennie suivante. Assurément le duo ne s’est pas contenté de recycler ses influences puisqu’il les a nimbées d’arrangements modernes pour les faire coller à son propre univers. Le procédé rappelle à ce titre le Random Access Memories de Daft Punk, à la fois produit du passé et éclairage d’un nouvel horizon.

Piste 6 JAMES 3’52’’ **1/2

Par la simplicité formelle, on rejoint ici Me and Michael, le tout agrémenté d’un supplément de fun, une espèce de coolitude que ne dément pas la voix grave menant le bal. Cette sympathique ballade reste oubliable, semblable à une transition avant un finish plus pointu en termes d’électroniques.

Piste 7 DAYS THAT GOT AWAY 4’44’’ **1/2

Pas vraiment une chanson, davantage une juxtaposition d’atmosphères, prenant sens dans une mélodie lancinante à partir de 1’34 ». Cette déstructuration nuit cependant à la viabilité du morceau à terme, rappelant vaguement les bidouillages excessifs du précédent album. Un titre cohérent au sein d’une écoute globale, mais difficilement appréciable en lui-même.

Piste 8 ONE THING LEFT TO TRY 4’20’’ ****

Attention tube en puissance ! Si Little dark age et Me and Michael sont d’évidents singles, ce dernier n’a rien à leur envier. Son démarrage tonitruant au synthé à la Orchestral Manoeuvres in the Dark et sa voix féminine toute droite issue du fleuron 80’s (Sandra, Kim Wilde) lui promettent de beaux jours sur les dancefloors. Les effets de réverbs/contre-balancements entre le chant et le rythme caressent habilement l’auditeur dans le sens du poil. Un peu leur Get lucky à eux en somme.

Piste 9 WHEN YOU’RE SMALL 3’30’’ ****

Retour à un versant sombre avec ce titre à la fois caverneux et aérien. Des accents Floydiens en prémisse, une montée élégante placée sous le sceau du mystère, voilà qui en fait une berceuse anxiogène brillante. Le souvenir du Exit music (for a film) de Radiohead revient assaillir notre esprit. Cette fois ce sont les tripes qui parlent directement, plongent l’auditeur dans un inconfort, non dénué d’une part de séduction. Une des pièces majeures de cet opus.

Piste 10 HAND IT OVER 4’14’’ ***

Il fallait apporter une teinte de sérénité pour conclure l’album, ce sera le rôle de ce Hand it over mid-tempo. Efficace ballade enrichie d’une voix dominante aiguë et de chœurs mielleux, sur mélodie minimaliste de bonne facture. À classer plutôt dans un style classic pop par rapport aux ingrédients touffus composant le reste de l’album.

BILAN ***1/2 : Une véritable remise en route pour ce duo qui a dû trop tôt lutter avec l’étiquette « génie electro-pop » et a vu lui passer devant des contemporains moins embarrassés à reproduire la même recette à chaque album. Il ne s’agit pas ici de revirement, puisque, tout en interrompant le creusement de sillon amorcé avec l’opus MGMT on se refuse à replonger pleinement dans les fondements d’Oracular Spectacular. En fait, Little Dark Age prend l’allure d’un compromis sans compromission, de l’ouverture à une efficacité immédiate (Me and Michael, Little dark age, One thing left to try) tout en maintenant un niveau d’exigence pointue (TSLAMP, When you’re small, She works out too much). Dix pistes, moins de 45 minutes, l’art de la synthèse contribue à la cohérence. Plus qu’une tendance dans la synth-pop actuelle. À l’heure où acheter un album est devenu un acte engagé, il est inutile d’étendre la proposition musicale outre mesure. Tant la qualité primera toujours sur la quantité.

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