Critiques Cinéma Mars 2018 (ALLOCINÉ)

Une toute petite session pour ce début de printemps avec au programme une navrante adaptation, une tranche de vie légèrement surcotée et une œuvre appelée à devenir emblématique pour toute une génération (et plus encore).

GASTON LAGAFFE (France, sorti le 4 avril 2018) de Pierre-François Marin-Laval (PEF), avec Théo Fernandez, Pierre-François Martin-Laval, Arnaud Ducret… *

M’enfin ! Gaston débarque en stage au Peticoin. Avec ses inventions délirantes, il va changer le quotidien de ses collègues. Chat, mouette, vache, et gaffophone seront au rendez-vous des aventures de notre bricoleur de génie qui ne pense qu’à faire le bien autour de lui mais qui a le don d’énerver Prunelle, son patron.

Les gaffes à gogo de notre empêcheur de travailler en rond pourront-elles éviter que le redoutable Monsieur de Mesmaeker rachète le Peticoin ?

Pour une surprise, c’en était une sacrée…mauvaise ! En effet, via un dimanche après-midi pluvieux quelques élus (dont votre humble narrateur) se hasardèrent à se rendre à une avant-première surprise organisée par leur salle de cinéma de prédilection. L’horaire enfantin (16h) aurait dû alerter les troupes, mais la méfiance était balayée d’un revers de mains en souvenir de tous ces films d’animation (réussis) destinés à une frange bien plus large que les kids. La bande-annonce de Pierre Lapin alertait certes les consciences, mais le doute fut vite écarté. Sauf que…Ho mon dieu voilà que surgit une énième adaptation de BD franco-belge sur grand écran ! La malédiction frappera-t-elle encore après les multiples flops autour d’Astérix, Lucky Luke, Spirou et autres Bidochon ? Puisque l’honnêteté doit primer, on peut reconnaître à PEF un certain sens du respect vis-à-vis de la matière d’origine voire une fidélité sans faille…sauf que la teneur d’ensemble reste indigeste. Un enchaînement de gags lourdingues sur 90 minutes, dont une bonne partie répétitifs (au bas compte une quinzaine de chutes « physiques » de personnages) ne constitue pas un film. Avec le recul, un format court de série à la « bref » serait sans doute plus efficace. Tout le monde cabotine joyeusement, personne ne se soucie de donner une quelconque épaisseur (l’agent d’accueil du Peticoin est la seule à surnager) pour contrebalancer un scénario paresseux s’appuyant sur un quiproquos de base pour faire avaler sa succession de non-sens. Alors oui les inventions les plus fameuses de Gaston sont au programme, oui l’esprit bricolage/carton-pâte de la BD domine, oui l’entreprise a été menée à destination d’un (très) jeune public. Autant d’arguments insuffisants pour donner de la consistance à un film. En l’occurrence un OVNI qui tombera vite dans l’oubli.

LADY BIRD (États-Unis, sorti le 28 février 2018) de Greta Gerwig, avec Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts… **

Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.

Comment un film indépendant si ordinaire a-t-il pu rafler et/ou prétendre à une telle quantité de prix ? Tout ou presque est du déjà vu dans cette chronique adolescente (à peine) torturée. Une gentille rébellion qui ne tâche pas, une tranche de vie familiale on ne peut plus banale. Heureusement l’interprétation sauve la mise, nous implique suffisamment pour nous soucier du devenir de cette « Lady Bird ». En effet, Saoirse Ronan diffuse nombre de petites touches pour convaincre de la personnalité complexe de la jeune fille. Un temps persuadé d’avoir trouvé l’amour, puis de rejoindre une plus haute sphère sociale via une amitié factice avec la fille riche du lycée, avant d’être convaincu devoir quitter son « bled » de Sacramento pour être libéré de ses chaînes. Cette histoire sonne tellement vraie, si personnelle et par certains côtés si universelle (le nécessaire contre-modèle parental, la remise en cause des racines, la recherche de la grande ville) qu’elle permet de gommer aisément le manque d’originalité. Pour un premier film, Greta Gerwig n’évite pas les écueils de la naïveté ou du manque d’audace. Elle arrive néanmoins à retomber sur ses pieds, un moindre mal.

READY PLAYER ONE (États-Unis, sorti le 28 mars 2018) de Steven Spielberg, avec Tye Sheridan, Olivia Cooke, Ben Mendelsohn… ***

2045. Le monde est au bord du chaos. Les êtres humains se réfugient dans l’OASIS, univers virtuel mis au point par le brillant et excentrique James Halliday. Avant de disparaître, celui-ci a décidé de léguer son immense fortune à quiconque découvrira l’œuf de Pâques numérique qu’il a pris soin de dissimuler dans l’OASIS. L’appât du gain provoque une compétition planétaire. Mais lorsqu’un jeune garçon, Wade Watts, qui n’a pourtant pas le profil d’un héros, décide de participer à la chasse au trésor, il est plongé dans un monde parallèle à la fois mystérieux et inquiétant…

Un film autour de geeks, pour les geeks, réalisé par un docteur-es geek, avant même que le mot soit à la mode. Ainsi pourrait-on se laisser aller à résumer l’intérêt de ce Ready player one, voyage futuriste traversé de références éminentes à la pop culture (cinéma, jeux-vidéos, jeux de rôles, technologie etc).

Et pourtant, force est de constater que nous ne nous trouvons pas dans un entre-soi mais dans un véritable plaisir de cinéphile, coupable ou non selon nos goûts préférentiels. Steven Spielberg est parvenu à créer une œuvre qui parlera à plusieurs générations, et sera sans doute réévaluer à la hausse avec le recul tant elle s’inscrit en cohérence avec une carrière ayant accorde une large place à la science-fiction et accompagnée/anticipée les progrès technologiques. Si d’autres films devraient suivre, la dimension testamentaire se pose là. Le tableau d’un monde déshumanisé privilégiant la fuite en avant sonne déjà à notre porte. Aussi cet Oasis fantasmé enfonce le clou sur un sujet partiellement traité par de récents longs-métrages (The Circle notamment) et s’inscrit dans une démarche d’anticipation semblable à la série en vogue Black Mirror. Certes le livre d’Ernest Cline décrivait fort bien les enjeux de cet univers, mais le réalisateur a su se l’approprier pour créer un objet de cinéma se suffisant à lui-même. Une fable traversée de flamboyances niveau mise en scène, d’un montage astucieux jouant avec les multiples réalités et d’un rythme maintenu tout du long. Y compris lorsque Spielberg cède au plaisir personnel de rendre hommage à Stanley Kubrick dans une séquence bluffante. Seul le casting, dominé par des enfants, limite le film à une portée plus ambitieuse.

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