Editors : l’affirmation – Chronique de l’album Violence (2018) (FRANCE JEUNES)

Voilà une formation plus solide que prévue. Sorte d’ersatz sans finesse d’Interpol au moment de son premier jet (The Back Room) en 2005, soit en pleine vague new/cold wave, les Editors ont depuis tracé leur chemin sans se soucier des modes. Et en assumant toujours leur héritage 80’s, de la pop tombant parfois dans la facilité (The End As The Start, 2007) aux expérimentations synthétiques convaincantes (In Dream, 2015) en passant par les hymnes pour dancefloors (In This Light And On This Evening, 2009) et un power rock saisissant aux tripes (The Weight Of Your Love, 2013). Bref, on ne savait quoi attendre de ce sixième opus, sinon une nouvelle absence de continuité avec le précédent. Seuls éléments récurrents dans la carrière du groupe, la voix ombrageuse de Tom Smith et les atmosphères oppressantes. Et encore une fois elles seront au rendez-vous.

Piste 1 COLD 3’38’’ ***

Construit à partir d’un beat minimaliste, seulement accompagné d’un chant tout en retenue, ce morceau s’enrichit progressivement pour laisser place à l’éclosion des guitares et de la batterie. La détonation s’avère nette et sans bavure. Pas de doute, nous voilà partis sur des chapeaux de roues avec une intention claire annoncée dans le refrain « Don’t you be so cold ! ». Promis, le quintet nous offrira une galette tout sauf froide. En premier lieu du lyrisme, de la pop noble et de la saturation contrôlée.

Piste 2 HALLELUJAH (SO LOW) 3’55’’ **

Nous nous trouvons cette fois en terrain connu, celui d’abord d’une pop FM relativement passe-partout, la rythmique du couplet évoquant largement Coldplay tandis que le refrain, constituée essentiellement d’une lourde partie instrumentale, convoque un son indus à la Nine Inch Nails. Le résultat de ce mix laisse un peu sur sa faim, à l’image d’une bonne idée inaboutie. Le basculement aurait pu fonctionner si la métamorphose avait été totale, ici le pas de côté reste trop timide voire bancal pour convaincre.

Piste 3 VIOLENCE 6’06’’ ***1/2

Voilà un morceau à l’ossature propre à faire ressortir le meilleur du groupe époque The Weight Of Your Love : mélodie étouffée et atmosphère ténébreuse pendant les couplets, émanation d’une force transcendante pour les refrains avec un rythme court-circuité et des chœurs rassurants. Comme une impression de danser autour du feu au milieu de gourou et disciples, impression renforcée par le puissant pont final. Une des belles réussites de l’album.

Piste 4 DARKNESS AT THE DOOR 4’26’’ **

Toile de fond pompée au Baba O’Riley des Who, voix de tête à contre-courant du chant emprunté traditionnellement par Tom Smith, refrain un brin sirupeux, on ne peut pas dire que ce titre se caractérise par sa finesse. Ni par l’empreinte laissée, car on l’oublie très vite. Aussi le considérera-t-on comme une petite faute de goût avant une deuxième partie de disque brillante.

Piste 5 NOTHINGNESS 5’05’’ ***1/2

L’heure d’envoyer des singles impérissables est arrivé. En premier lieu ce Nothingness entêtant avec ses nappes de claviers mid-tempo, sa voix enveloppante et son refrain sautillant à la réverb’ irrésistible. On aurait tôt fait de crier au manque d’originalité, sauf que la recette est distillée avec la dimension limite religieuse acquise par le groupe.

Piste 6 MAGAZINE 3’55’’ ****

Incontournable. Titre envoyé en éclaireur quelques semaines avant la sortie de l’album, Magazine convoque le meilleur de la new wave et du psychédélisme pop pour aboutir à une énorme composition fleurie. Un futur hymne, osons le dire, apte à être repris dans les stades et à fédérer au-delà des clivages musicaux. Alors trahison pour toucher un plus large panel ? Même pas tant seul le plaisir semble guider ici les pas des Anglais.

Piste 7 NO SOUND BUT THE WIND 4’27’’ ***1/2

Premier (et seul) véritable slow du disque, ce morceau nous rappelle le talent du groupe pour le style. Bien dur de résister aux larmes à l’écoute de cette ode à la survie en milieu hostile. On pense à Well worn hand, l’émouvant titre de clôture de An End Has A Start, à Fall sur The Back Room ou encore à At all cost sur l’opus de 2015. Autant des appels à l’aide que des envolées vers des territoires inconnues. L’espoir à défaut de l’exutoire.

Piste 8 COUNTING SPOOKS 5’43’’ ***1/2

Sans doute la chanson la plus surprenante de tout l’album. En apparence aussi calme que la piste précédente, davantage limpide encore sur le plan instrumental, elle prend un virage étrange à mi-chemin. En l’occurrence celui de l’électro le plus dansant, comme si un vocoder détraqué s’emparait des commandes pour briser l’harmonie pop en place. Cette outro osée présente le risque de découper le morceau en deux titres distincts, mais a le mérite de défier la routine avant qu’elle ne s’installe.

Piste 9 BELONG 6’03’’ ****

Une montée en puissance pour mieux sortir par la grande porte. Comment résumer cette brillante conclusion ? Magique, cryptique, sensationnelle (au sens littéral du terme), transcendantale, libératrice, aucun des adjectifs ne paraît excessif. Rythmé par le tic-tac oppressant d’une horloge, le groupe émerge d’une grotte lugubre pour nous pondre des sonorités toujours plus ciselées tandis que le chant se veut de plus en plus menaçant.

Le crescendo se confirme suite à un pont inspiré. Les tripes sont posées sur la table et les guitares se confrontent dans un fatras saisissant. Une ambiance « fin de monde » qui justifie à elle seule l’appelation de l’album.

BILAN ***1/2 : Ni Interpol, ni U2, qu’on se le dise Editors a définitivement acquis sa propre identité, trois ans après un In dream qui rebattait brillamment les cartes. Romantisme macabre et dynamisme pop ont rarement fait aussi bon ménage, au sein d’un opus cohérent de bout en bout et à l’équilibre des pistes efficace (malgré deux temps faibles). Ainsi Cold ne peut être envisager autrement que comme un titre d’ouverture, idem pour Belong en clôture. De quoi confirmer la nécessité de l’album comme objet artistique à l’heure où l’auditeur moyen ne jure que par la playlist.

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