Critiques Cinéma Mai 2018 (Allociné)

Une suite éprouvante, une saga à son apogée, une petite comédie non dénuée de charme et une pochade horrifique pour adolescents, soit quatre films aux antipodes malgré un point commun évident entre deux d’entre eux : Marvel.

AVENGERS : INFINITY WAR (États-Unis, sorti le 25 avril 2018) d’Anthony & Joe Russo, avec Robert Downey Jr, Chris Hensworth, Mark Ruffalo… ****

Les Avengers et leurs alliés devront être prêts à tout sacrifier pour neutraliser le redoutable Thanos avant que son attaque éclair ne conduise à la destruction complète de l’univers.

Comment expliquer que cela fonctionne aussi bien ? Ce si attendu opus du Marvel Cinematic Universe, teasé depuis longtemps comme le tournant majeur de la saga en cours, n’est pas dénué de défauts techniques comme artistiques. Pourtant, le récit mené tambour battant, aidé de parti pris osés, parvient à nous les faire avaler sans problèmes. Le leader du monde des comics échappe aux fourches caudines habituellement dévolues aux blockbusters/action movies : scénario limité, manque d’épaisseur des héros, patriotisme exacerbé, abus des fonds verts et du traitement numérique pour les effets spéciaux… Les portraits des nombreux protagonistes ont si bien été dressés dans les films précédents que l’on peut switcher les phases d’exposition susceptibles de perdre le public. De même, les enjeux n’ont pas besoin d’être explicités puisque clarifié depuis un moment via le personnage de Thanos, vilain idéologue fait de fureur et de charisme. Nous ne sommes pas face à un danger ultime de destruction planétaire (contrairement à ce qu’affirme le pitch) ou en proie à lutter avec un dictateur sanguinaire porté par le mal pour le mal. Avec Thanos, nous retrouvons le principe du méchant croyant en sa cause, magnifié en son temps par le manga Saint Seiya (Les Chevaliers du Zodiaque), autrement dit le tenant d’un ordre politique nouveau. Rien dans son combat n’est purement gratuit, d’où les vies épargnées en chemin ou les décisions crève-cœur prises en faveur d’une forme d’intérêt général plutôt qu’en vertu d’un cas particulier.

Malgré une partie plus faible que les autres (celle au Wakanda), l’ensemble des affrontements est transcendé par cette approche ambiguë concernant le destin de l’univers, aspect personnifié par Dr Strange, un temps déterminé à conserver sa gemme du pouvoir coûte que coûte, puis prompt à jouer « le coup d’après » en fonction des révélations induites par ses projections dans le futur. Resteront les débats de puristes sur les bonnes et mauvaises utilisations de chaque héros, à commencer par les rôles assez fades de Captain America ou de certains membres des Gardiens de la Galaxie, sans parler du leadership peu convaincant du récemment intronisé Black Panther. Mais contrairement à son rival DC, Marvel possède cette capacité à revêtir ses batailles d’un caractère mythologique, à persuader de l’importance des conséquences. Aussi, le calendrier prévisionnel des prochains films de la firme ne saurait à lui seul gâcher les sentiments ressentis face au déroulement astucieux de cette guerre d’infinité. Bien que détenue par une société (Disney) privilégiant le consensuel, Marvel ose une fin à contre-courant…qui laissera une partie du public sur sa faim.

ACTION OU VÉRITÉ (États-Unis, sorti le 2 mai 2018) de Jeff Wadlow, avec Lucy Hale, Tyler Posey, Violett Beane… *1/2

Un simple jeu innocent d’Action ou Vérité entre amis se transforme en cauchemar sanglant quand quelqu’un – ou quelque chose – commence à punir ceux qui mentent ou refusent de jouer.

Bon, avouons-le d’emblée, ce type de films est de base un petit plaisir coupable, de ceux dont on est prêt à passer outre les défauts techniques du moment que le scénario réserve son lot de trouvailles. Roi des années 1990 (Scream, Souviens-toi l’été dernier, The Faculty, Urban Legend), le genre s’était fait plus discret depuis. Pour ce long-métrage proprement dit, la comparaison est plutôt à chercher du côté de la saga Destination Finale, car on ne cherche pas à identifier ici un tueur masqué, on affronte une nature aux causes imperceptibles. De quoi nous délivrer un potentiel produit fun, parodique, surréaliste. Cet Action ou Vérité n’est hélas rien de tout cela, optant pour une tonalité sérieuse et explicative jusqu’à l’indigestion. Comme si tenter de rendre « rationnel » ce conte horrifique pouvait déclencher la moindre empathie chez le spectateur… Cela commençait pourtant plutôt bien, sur fond de secrets bien gardés au sein d’un groupe d’étudiants pseudo-amis. Or l’intrigue évente bien trop vite tous les non-dits et traumatismes enfouis, mal servie qui plus est par des acteurs au jeu outrancier. Au fil des multiples tentatives, façon pieds nickelés, pour briser le sort entourant ce jeu infernal, nous passons de désintérêt à honte contenue tant seule la stupidité triomphe en bout de course. Ce carnage suffira-t-il à convaincre les studios de ne pas pondre une séquelle ?

MILF (France, sorti le 2 mai 2018) d’Axelle Laffont, avec Axelle Laffont, Virginie Ledoyen, Marie-Josée Croze… **1/2

Trois amies d’enfance partent dans le Sud vider la maison de l’une d’entre elles, afin de la vendre. Pendant ces quelques jours, elles vont devenir les cibles privilégiées de trois jeunes garçons, pour qui ces femmes seules, approchant la quarantaine, sont bien plus séduisantes que les filles de leur âge… Cécile, Sonia et Elise découvrent avec bonheur, qu’elles sont des MILF !

Encore un film auquel l’accroche ne rend pas grâce. Lu au premier degré, son pitch pourrait laisser croire à la simple escapade de vacances d’un groupe de femmes mûres dévergondées chassant le jeune mâle. Autrement dit à un simple divertissement dans l’air du temps, encore qu’arrivant tardivement depuis la notoriété du terme acquise grâce à American Pie. Il est question d’un peu plus que d’amourettes de vacances dans ce film de et avec Axelle Laffont, on y évoque pêle-mêle l’appartenance à une terre, la nostalgie castratrice, les perceptions de société divergentes homme-femme, une certaine perte de convivialité passée la trentaine tout en pointant les limites de la jeunesse. De prime abord, l’homme d’âge mûr est décrit comme égoïste, matérialiste, hautain de part une certaine assurance face aux épreuves de la vie, soit tout l’inverse de la fraîcheur des jeunes moniteurs/plagistes avec qui s’acoquinent les héroïnes. Leur fragilité se conjugue avec des accents de vérité, excluant par conséquent les promesses de lendemains fastueux pour privilégier l’intensité du moment présent. En l’espace d’une heure et demi, les six personnages principaux sont suffisamment construits pour dépasser la fonction basique assignée par le scénario. Les procédés de séduction diffèrent, les degrés d’engagement aussi, rendant le tout naturel et crédible. On rit beaucoup, parfois de manière grasse (insistance sur la nudité et les beaux fessiers) mais jamais aux dépens des protagonistes, dépeints avec sensibilité et affection. Le final évite toute moralité ou idéalisme, laissant chacune des trois relations à des stades différents pour ne pas rationaliser des attirances ne méritant pas plus ample décorticage.

DEADPOOL 2 (France, sorti le 16 mai 2018) de David Leitch, avec Ryan Reynolds, Josh Brolin, Morena Baccarin… *1/2

L’insolent mercenaire de Marvel remet le masque ! Plus grand, plus-mieux, et occasionnellement les fesses à l’air, il devra affronter un Super-Soldat dressé pour tuer, repenser l’amitié, la famille, et ce que signifie l’héroïsme – tout en bottant cinquante nuances de culs, car comme chacun sait, pour faire le Bien, il faut parfois se salir les doigts.

Le premier volet était fascinant. Osons même le terme galvaudé : mythique ! Deux ans plus tard seulement, la magie s’est évaporée. Trop prévisible ? Trop répétitive ? Trop bavarde ? Cette suite tente bien de reprendre l’expérience cinéma-méta où l’avait interrompu son aîné, le tout avec un excès de zèle empêchant la même adhésion. Au lieu d’un outsider, nous nous trouvons cette fois face à un héros (et des auteurs derrière) sûr de sa force, convaincu de devoir lâcher une boutade toutes les trente secondes, sans parler de la propension à briser « le quatrième mur » qui atteint ici l’écœurement. Tous ces éléments venaient agrémenter un scénario solide dans le premier, tandis qu’ils servent à présent de béquilles à un script paresseux. Où sont les enjeux ? Où est la construction narrative justifiant un tel empilage de personnages secondaires (tous dispensables) ? Deadpool évente régulièrement de ses apartés au spectateur les événements à venir, se joue avec lourdeur de la bande-son rythmant les combats. Les acteurs « papier glacé » ne dégagent aucun signe particulier pour se démarquer, empêtrés eux aussi dans cette X-Force à marche forcée, le tout étant rarement drôle en prime. Que sauver sinon les scènes bonus pré-générique de fin, alternatives à tout ce qui a été montré jusqu’alors ? Pour le coup on rit volontiers. Sans ressentir pour autant une impatience pour l’opus qui viendra sceller une trilogie.

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