Yoel Romero, victime des juges ? – Oui/Non épisode 2 (ACTUMMA.COM)

Bis repetita. Whittaker/Romero épisode II a aboutit à une décision en faveur du premier à l’issue des cinq rounds. Et cette fois aucune ceinture n’était en jeu, faute à un problème de pesée diversement interprétable. Pourtant The Soldier of God a été proche de conclure avant la limite. Bien lui en aurait pris car la majorité des juges n’a pas considéré sa prestation suffisante. En juillet 2017, c’était carrément une défaite à l’unanimité contre le même homme. Peut-on crier à l’injustice face à ce nouveau résultat ? Oui bien entendu… et non certainement pas !

En dehors de l’âge, le tale of the tape ne traduisait pas vraiment les différences.

OUI : Un impact insuffisamment pris en compte

Le terme anglais paraît de prime abord explicite, « significant strikes », soit le recensement des échanges de coups les plus percutants. Si on se fie à ce critère majeur, Whittaker a été plus agressif durant trois des cinq rounds. Volume de coups plus important en effet, sauf qu’il conviendrait de diviser cette statistique en sous-catégories tant les frappes de Yoel Romero se sont avérées plus puissantes, aboutissant à deux knockdowns eux-mêmes suivis d’enchaînements explosifs auxquels peu auraient résisté. Quand bien même on validerait le jugemennt selon lequel Romero aurait seulement remporté les 3e et 5e rounds, on peut contester le pointage traditionnel de 10-9 puisque la domination totale pouvait augurer d’un ou deux 10-8. Comment expliquer cette frilosité des juges pour distinguer les écarts constatés dans les grands matchs, alors que les rounds pointés 10-8 sont monnaie courante sur les cartes préliminaires ou les rencontres aux enjeux limités ?

Au vu de la scorecard dévoilée à l’issue de la rencontre, le 4e round s’est avéré décisif.

OUI : L’influence néfaste de l’absence de titre en jeu

Romero était déjà puni avant même le combat démarré. Faute d’être arrivé au poids lors de la première présentation à J-1, le Cubain s’est seulement vu proposé une petite heure pour remédier à ce surplus quand la tolérance traditionnelle offre un laps de temps supplémentaire. Résultat des courses : pour la bagatelle de 0,2 pound le main event s’est transformé en no-title match. Avec les techniques de sudation en vigueur, on peut parier sans risque qu’une demi-heure supplémentaire aurait suffit au challenger pour s’aligner correctement. Cet incident est susceptible d’avoir influé au-delà de l’absence de championnat en jeu. Comment, dans l’esprit d’un juge, récompenser un fighter pris en faute la veille ? À quoi bon enlever du crédit à Whittaker s’il gardera de toute façon sa ceinture ? Cet impact psychologique touche aussi les combattants concernés, comme tend à le prouver l’historique UFC dans les cas de manquements à la pesée. Déjà montrés du doigt pour leur erreur initiale (rappelons-nous la piteuse arrivée de Travis Lutter en 2007 face à Anderson Silva), les fautifs voient par la suite leur prestation déconsidérée. D’un point de vue sportif rien ne justifie cette double peine, argument prompt à alimenter les partisans d’une trilogie Whittaker/Romero.

Romero hésite à passer en mi-lourds suite à ce nouvel affront.

OUI : Jamais susceptible d’être finalisé en deux combats

Combattre pour marquer des points et non finir son adversaire, soit la tendance désagréable du MMA moderne. Aussi complet et polyvalent soit-il (boxe, karaté, lutte, jiu-jitsu brésilien), Robert Whittaker se laisse aller à la tentation de la « gagne pour la gagne ». Lors de ses deux affrontements avec Romero, particulièrement le dernier en date, le champion n’a jamais été en mesure, à moins qu’il s’agisse d’une volonté manifeste, de conclure le duel avant la limite. Sa recrudescence de low et leg kicks peu puissants autant que ses successifs sprawls tournant au lay & pray (gain de temps pour récupérer) ont eu la vertu de prouver une activité constante aux yeux des juges. Sa régularité a pour revers de la médaille son improductivité, son nombre impressionnant de coups infructueux. Lors de l’UFC 225, Whittaker a touché 128 fois en 326 frappes, soit 39 %, quand Romero frise la moitié de coups aboutis avec 111 touches pour 240 envoyés. Tandis que le champion a essentiellement frappé dans les jambes, Romero a concentré ses attaques sur la partie la plus sensible, la tête (76 touches pour 194 coups envoyés contre 57 en 225). La part de calcul induit dans le jeu de Whittaker se traduit aussi par le détail de ses attaques en fonction des positions : aucun coup porté dans les phases au sol, 7 % seulement au clinch et tout le reste à distance ! Comparativement, le challenger destitué a un ratio de 59 % à distance, 22 % au corps-à-corps et 18 % au sol. On l’aura compris, Romero a traversé ce choc sans trembler.

Lors de l’UFC 213 Romero avait pris sa défaite avec le sourire.

NON : Une inaction à des moments essentiels du combat

Il faut d’emblée évoquer la stratégie récurrente employée par Romero : se servir du 1er round comme d’un observatoire. Recroquevillé sur lui-même dans une garde très haute l’assimilant à une posture de momie, le challenger infortuné se contente de prendre des informations sur le game plan adverse. Ce choix s’est avéré souvent audacieux, dernièrement face à Luke Rockhold par exemple, mais présente le défaut d’ôter 20 % de chances de s’imposer dans l’optique d’un duel allant à la décision. Ce démarrage en mode diesel prend sens en l’obtention d’un KO dans les rounds suivants. Cette fois le puissant striker est tombé sur un os, et en a remis une couche dans l’inaction en milieu de combat, d’où un nouvel handicap dans la perspective d’une décision serrée à rendre par les juges.

Mentionnons aussi le long moment de récupération pris par Romero suite à un coup bas non-intentionnel reçu en début de 4e round. On peut légitimement penser au vu des images l’opportunité du temps mort saisie pour récupérer du trop-plein d’investissement à la reprise précédente. D’autant que la suite du round se confirmera comme une phase de ralentissement pour le challenger. En dosant davantage ses efforts sur l’ensemble du combat, le Cubain n’aurait pas eu à subir ces chutes de tension.

Whittaker sonné, une image pas si représentative du combat.

NON : Un aspect unidimensionnel mis en relief lors des phases de domination

Aussi paradoxale cela puisse-t-il paraître, Yoel Romero a montré des signes de faiblesse aux moments où il venait d’obtenir des knockdowns (3e et 5e rounds) et devait capitaliser sur l’adversaire groggy. Ainsi s’est-il évertué à puncher de manière désordonnée, tentant également des projections maladroites (le comble pour un lutteur de son expérience) alors que Whittaker lui a « offert » son dos à plusieurs reprises. Gageons qu’un combattant plus polyvalent aurait tenté a minima un Rear-Naked Choke, d’autant que le champion s’accommodait bien de la phase prolongé de striking. Ces séquences ont rappelé cruellement que Romero, quadragénaire ayant réalisé des débuts pros tardifs en MMA, est de la vieille école, celle des spécialistes d’une seule discipline ou un seul aspect du combat. Il n’aura pas su contrer à long terme un cadet formé aux arts martiaux mixtes dans leur ensemble.

Romero a trouvé du répondant sur tous les terrains où il a tenté d’amener le champion.

NON : La notation par round, gage d’un jugement allant au-delà des apparences

Ainsi en va du MMA moderne. On ne prend pas en compte les visages tuméfiés, les litres de sang perdus, pas même la forme physique apparente au sortir du combat, mais bien la domination globale round par round. Et ce sur tous les aspects : striking, grappling, occupation de l’espace, pression sur l’adversaire etc. Il ne s’agit pas d’une arithmétique pure consistant à comptabiliser les coups échangés selon plusieurs types de puissance. Certes, Yoel Romero est passé prés de mettre KO Whittaker à deux reprises durant le match revanche, mais il n’a pas démontré de constance sur l’ensemble de l’affrontement. La notation par round s’avère le système le plus équitable pour ne pas se laisser tenter par des impressions subjectives, retenir seulement quelques actions flamboyantes d’un duel et non considérer tous les aspects du combat. Souvenons-nous des imperfections du Pride FC (et autres compagnies japonaises) qui, faute d’un barème claire, avait tendance à abuser des verdicts nuls lorsque la rencontre se concluait à la décision. Ou donner la victoire à celui ayant accompli la plus belle action d’éclat au détriment d’une supériorité démontrée ou non.

À quand une troisième manche pour mettre fin au débat ?

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