Khabib vs McGregor, le choc MMA de l’année ? – Oui/Non épisode 3 (ACTUMMA.COM)

Deux mois après l’annonce de la fin des poursuites judiciaires à l’encontre de Conor « Notorious » McGregor plus rien ne contrarie la tenue du championnat du monde poids légers. Ce week-end on saura si Khabib Nurmagomedov s’avère un simple intérimaire ou digne de succéder durablement à son rival irlandais. Mais une question primordiale demeure à l’aube de l’affrontement : s’agit-il du combat d’Arts Martiaux Mixtes le plus important de l’année ? Réponse de normand en trois points détaillés.

OUI : Une rivalité sportive devenue personnelle

« Pour devenir l’homme, il faut battre l’homme » répétait inlassablement le multiple champion du monde de catch Ric Flair, évoluant certes dans un domaine où la forme est moins rigoureuse quant à obtenir des ceintures. Or il n’a échappé à personne que Khabib a été couronné sans venir à bout du tenant du titre, ni même du challenger numéro un. Puisque ancien détenteur et de retour dans l’arène, McGregor a légitimement été parachuté au titre. Un enjeu supplémentaire a été instillé depuis l’attaque du bus en marge de l’UFC 223, libérant les rancœurs et conceptions des deux combattants sur leur métier. Le Russe présente pour argument majeur une fiche immaculée (26-0), quand bien même il a peu de noms majeurs à son tableau de chasse (un seul ancien champion, Rafael Dos Anjos, et peu de compétiteurs du top 10 de la catégorie). Il avance aussi sa passion pour ce sport, jamais mise en défaut depuis ses débuts pros en 2008 et seulement ralentie pour cause médicale entre 2014 et 2016. Mettez en balance avec les deux ans de recul pris volontairement par McGregor, et vous tenez là un axe d’opposition presque philosophique : le travailleur méritoire acceptant tout ce qui se présente contre le doué flambeur choisissant ses combats en fonction de leur aspect bancable. Les altercations en conférence de presse sont venues préciser les pensées des deux fighters. Largement conscients de la part de jeu induite par le trash talking ou devenus vraiment rivaux au-delà de l’Octogone ?

Authentique « pétage de plombs » ou orchestration étudiée ? Une chose sûre, Michael Chiesa n’a pas apprécié.

OUI : Une médiatisation allant au-delà du MMA

Quel plus grand service pouvait rendre Conor McGregor à son sport de prédilection sinon y revenir, un an après être parvenu à vendre son improbable pige en boxe comme « le match du siècle » ? L’Irlandais a un sens inné du business, talent utilisé jusque là pour franchir de nouveaux paliers dans sa carrière : titre poids plumes, titre poids légers, piges prestigieuses chez les welters (double duel face à Nate Diaz) et détour par la boxe anglaise pour affronter l’un des plus grands de l’histoire de la discipline. Ce n’est pas comme si on parlait d’un freak ne devant sa notoriété qu’à ses activités extra-sportives. Au diable les puristes ne supportant pas d’entendre leur petit neveu ou leur collègue de bureau donner leur avis sur le choc à venir, le but de ce sport est bien d’être démocratisé à la plus vaste échelle. Or s’il est un combat qui va servir cette cause, c’est bien celui-ci. Gageons que même le peu martial quotidien l’Équipe dressera portraits d’avant-match et compte-rendu de l’évènement.

Mayweather-McGregor a noirci les journaux pendant une bonne partie de l’année 2017.

OUI : Opposition de style caractéristique et vraie incertitude sportive

Un grappler tendance lutte contre un striker parmi les plus polyvalents. Banale ? Classique ? Pas si sûr. Plus qu’un retour aux sources de l’UFC, c’est véritablement deux écoles qui vont croiser le fer à travers ces représentants de choix. Loin de la caricature voulant que Conor puisse seulement s’imposer par KO (en cas de combat bref) ou Nurmagomedov par soumission (tardive) ou décision unanime. Le premier a prouvé savoir adapter son jeu de manière superbe lors de la revanche face à Nate Diaz tandis que le second a su démontrer son explosivité devant Thiago Tavares, Darrell Horcher ou Edson Barboza. Par ailleurs le champion russe n’a jamais croisé un individu du profil de Notorious, saura-t-il éviter le piège consistant à rentrer dans une bagarre pure ? Conor dévoilera-t-il de nouveaux atouts dans le combat au sol suite à sa préparation commando ? Derrière sa coolitude affirmée, la star irlandaise ne laisse rien au hasard. Impossible d’imaginer un retour mal préparé alors que les occasions de rechausser les mitaines depuis novembre 2016 ont été nombreuses. Et pourtant le favori des bookmakers demeure logiquement Khabib, celui ayant le plus à perdre dans cette opposition, si peu habitué soit-il à recueillir autant de spotlights. Atypique, concurrentiel, passionné, politisé, comment ne pas considérer ce duel comme le choc de l’année ?

En dehors d’une allonge identique au niveau des jambes, tout oppose les deux concurrents.

NON : Une année cristallisée par les « dreams » matchs

Unification de titres, vieux antagonismes en cours de résurgence (le rematch Jon Jones/Alexander Gustafsson, espéré pour fin décembre), confrontations sportives de renom, l’année en cours n’a pas manqué de motifs d’emballement, et devrait en fournir d’autres. Début juillet l’inédite (à l’UFC) opposition champion des lourds contre champion mi-lourds (93 kg) prenait une valeur historique avec le succés de Daniel Cormier. A priori Amanda Nunes et Cristiane « Cyborg » Justino concluront 2018 avec la même finalité possible entre les titres féminins featherweight et bantamweight. Dans un autre registre, le rematch très disputé (et au résultat contestable) chez les moyens entre Robert Whittaker et Yoel Romero peut se drapper d’une valeur sportive et symbolique majeure, idem pour le Johnson/Cejudo début août qui a vu la chute du trône de Mighty Mouse après onze défenses de titre consécutives. Le même soir, la revanche chez les coqs entre de « vrais » ennemis, TJ Dillashaw et Cody Garbrandt, a soulevé l’intérêt de toute une communauté de fans. Pour salvateur qu’il soit en termes d’adhésion populaire (éphémère) à la discipline, le choc Nurmagomedov/McGregor ne peut se targuer d’un impact de même rang sur l’histoire de l’organisation.

Cormier-Miocic, pas l’affiche la plus vendeuse mais assurément historique.

NON : Un combat peu voire jamais envisagé avant 2018

Qu’est-ce qui permet de qualifier un combat comme « le plus important »  de son époque ? Le niveau des participants bien sûr, le buzz généré et les millions engendrées éventuellement, mais aussi le degré d’attente des fans, l’histoire racontée, la lente montée en puissance des deux compétiteurs vers un inévitable clash. Or sans l’incident en marge de l’UFC 223 il n’y aurait guère de storytelling autour de ce match tant les traces de prémisses entre les deux hommes sont inexistantes. À la rigueur en remontant bien la piste, c’est plutôt un rapport de fan qui dominait au temps où le Russe débarquait discrètement dans l’Octogone et regardait d’un œil admiratif cet Irlandais culotté. D’autant que McGregor évoluait chez les poids plumes (66 kg) là où Khabib était vu comme un « gros » poids léger, susceptible de monter chez les welters à tout moment vu ses difficultés de cutting. En refusant de défendre sa ceinture puis en rageant contre celui en passe de la conquérir, Conor a créé une animosité de toutes pièces. Les mois voire les années précédentes, le Russe a entretenu une rivalité bien plus tenace avec Tony Ferguson, sur fond d’affrontement sans cesse remis. C’est cette histoire-là que de nombreux amateurs de MMA auraient voulu voir se conclure, frustration redoublée par la présence de ce dernier en co main event face à Anthony Pettis.

Le copinage était longtemps de mise entre les deux protagonistes.

NON : Un affrontement à rebours de la logique sportive

Un petitement couronné (victoire contre le #11 de la catégorie Al Iaquinta) face à un combattant resté en dehors du circuit MMA durant près de deux ans, donc absent des classements en cours. Voilà ce qui serait une présentation objective du duel proposé à Las Vegas ce samedi 6 octobre. Bien sûr les aficionados du showman irlandais préféreront y voir un juste retour des choses pour un champion jamais détrôné sur le plan sportif. Pour plus équilibré qu’il soit sur le papier, ce duel monté au nom de la logique marketing est un lointain cousin du prochain Cormier/Lesnar en poids lourds. Autrement dit un combat mis en place au nom d’un traitement de faveur pour qui fait le plus parler de l’UFC à travers le monde. Gageons que l’organisation n’aura pas la même déférence avec la plus confidentielle Nicco Montano, destituée de son titre poids mouches pour faute de préparation dans son cutting. Elle ne redeviendra pas challenger #1 du jour au lendemain.

Premier combattant UFC à détenir deux titres simultanément, Conor reste hélas aussi dans l’histoire pour n’avoir défendu aucune des deux.

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