Interpol : Continuité oui mais… – Chronique de l’album Marauder (2018)

Sixième livraison studio en seize ans, soit une moyenne tout à fait honorable ne laissant pas deviner tous les soubresauts vécus par le groupe new-yorkais qui avait explosé à la face du monde en 2002 avec Turn on the bright lights. Un album initial ayant ouvert la voie au style cold wave, dans les pas duquel allait se glisser des formations comme Editors, She Wants Revenge ou The Killers (dans une moindre mesure). Mais là où ses suiveurs ont su explorer de nouveaux horizons depuis, Interpol a semblé s’enfermer dans son identité sombre sans fioritures. Jusqu’à pondre un faible opus éponyme en 2010, marqué par une redite vite lassante ; quatre ans plus tard El Pintor rattrapait un peu le coup en instillant une énergie rock au cœur des complaintes. En chemin, un batteur a été remplacé, tandis que la défection du bassiste Carlos Dengler a transformé la formation en trio, Paul Banks choisissant de rajouter cet instrument à son arsenal (chant, guitare).

Piste 1 IF YOU REALLY LOVE NOTHING 4’25’’ ***

Ouverture du bal avec un titre mid-tempo rassurant sur les intentions du groupe. Sa structure simple, limite pop, l’a logiquement propulsé en single annonciateur l’été dernier.

On découvre un Paul Banks aux intonations lyriques rares, sinon sur les meilleurs titres de son premier effort solo (sous le nom de Julian Plenti). Sans atteindre les sommets, on peut parler d’une entrée en matière satisfaisante.

Piste 2 THE ROVER 3’37’’ ***

Le titre imparable par excellence, rejoignant les Slow hands ou autre Lights dans la collection des hits instantanés du groupe. Ici, la structure est là aussi assez ordinaire si on la compare aux tendances progressistes/alambiquées de certains morceaux emblématiques des New-Yorkais. En effet, seule une boucle mélodique répétitive entraînante porte le morceau, la différence couplet/refrain se jouant sur le niveau de la batterie. Une immédiate efficacité susceptible de s’avérer lassante sur la durée.

Piste 3 COMPLICATIONS 3’54’’ *

Premier moment faible évident du disque. L’atmosphère prend le pas sur la composition musicale pour aboutir à un résultat des plus bancals.

Assemblage douteux allant dans différentes directions pour n’en choisir aucune. La mélodie est squelettique voire étouffée par des sonorités stridentes. Ni fait, ni à faire.

Piste 4 FLIGHT OF FANCY 3’51’’ ****

Nous voici en terrain connu pour goûter à une explosion de saveurs appréciable. La basse s’avère enfin audible et les réverbérations plus qu’entraînantes. Allant au-delà de la simple formule pour nous offrir un final batterie/guitare saisissant. Une impression d’urgence et de cavalcade salutaire pour ce groupe catalogué pépère.

Piste 5 STAY IN TOUCH 4’53’’ *1/2

Un titre retombant dans la même problématique que Complications, une expérimentation inaboutie, qui plus est longuette, proche du foutoir et au manque de verve criant.

Simulation de montée en puissance dans sa deuxième moitié, mais on attendra la moindre explosion en vain.

Piste 6 INTERLUDE 1 1’01’’ In-notable

Sorte de sas de décompression au milieu de l’opus. Emplacement sans doute réfléchi, mais dans quel motif ? Suggérer une deuxième partie d’album totalement différente ? Par nature une piste sur laquelle on ne peut se prononcer.

Piste 7 MOUNTAIN CHILD 3’08’’ ****

Titre porté par un groove emballant, aspect plutôt rare dans la carrière du groupe. Son refrain « à tiroirs » rebondissant sur un riff captivant restera comme une des meilleures idées dans la carrière du groupe. L’expérimentation porte cette fois ses fruits et rassure quant à la créativité toujours vivace de la bande à Banks.

Piste 8 NYSMAW 3’16’’ **1/2

Foncièrement loin d’être mauvais, sauf qu’à ce stade de l’écoute on tique sur la reprise copier/coller d’accords et gimmicks propres sonnant comme de l’auto-citation trop appuyée. À la limite de la caricature. Oui, Interpol a une identité musicale forte, reconnaissable dés les premières notes, aspect prégnant sur lequel il aurait tort de se reposer.

C’est tout l’effet du titre précédent qui est annulé.

Piste 9 SURVEILLANCE 4’13’’ **1/2

Embarquement pour une structure un brin plus complexe, donnant l’impression de deux chansons en une. Une absence de continuité cependant apaisée par des sonorités là aussi très identifiables. Le tout demeure trop gentillet, ne va pas chercher le grain de folie susceptible de faire la différence.

Piste 10 NUMBER 10 3’13’’ **

Après une introduction lancinante, voix et batterie s’envolent pour nous offrir un titre punchy, enjoué voire agressif. Passé l’effet de surprise, l’exercice s’avère trop criard et ampoulé pour convaincre. D’où le dilemme apparent du groupe : faut-il persévérer dans ce genre de tentatives ou servir des compositions plus fidèles à leur répertoire passé au risque de la redite ?

Piste 11 PARTY’S OVER 3’39’’ **

Retour en terrain connu avec cette ballade sinueuse, caressant d’abord dans le sens du poil avant d’emprunter des accents inquiétants dans sa dernière phase. Le genre de titre qui ne fait pas tâche mais ne laisse aucun souvenir une fois l’écoute achevée.

Piste 12 INTERLUDE 2 1’03’’ In-notable

L’objectif de cette seconde pause « stellaire » ? Sans doute distinguer le titre final, l’isoler du reste, et laisser espérer à l’auditeur une composition se démarquant du moule habituel.

Piste 13 IT PROBABLY MATTERS 4’07’’ ***

Ambiance psychédélique bien posée, voix prenant des accents Stoniens voire soul, jeu de questions-réponses entre une guitare sautillante et une basse crépusculaire, l’ultime piste permet donc de constater à nouveau la capacité d’Interpol quant à quitter les sentiers battus. Une inspiration apte à garantir un avenir florissant au groupe ?

BILAN : **1/2 Depuis le percutant doublé Turn on the bright lights (2002) / Antics (2005), la livraison d’un nouveau disque d’Interpol est toujours attendue avec une certaine appréhension. Celui-ci aura bénéficié du relatif anonymat de la période estivale, mais subit les habituelles fourches caudines des fans originels. Déséquilibré et sans ambition de renouveau, l’opus se situe toutefois un cran au-dessus du disque éponyme de 2010 et possède autant de moments forts qu’El Pintor (2014). Une galette à ne pas snober pour amateurs de cold wave comme de rock efficace.

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