L’Olympique Lyonnais et l’art des exploits sans lendemain

En gagnant d’emblée sur la pelouse de Manchester City, l’Olympique Lyonnais semblait avoir fait le plus dur pour franchir le premier tour de la champions league 2018-2019. Deux mois plus tard, son ticket pour les 1/8 de finales n’est toujours pas validé, faute d’avoir vaincu des adversaires censément plus faibles. Derrière cette apparente anomalie se cache une constante inquiétante chez l’OL des années Aulas.

Sans préjuger de la finalité concernant la saison en cours, Le manque de consistance des Lyonnais au cours de leurs derniers matchs de Ligue des Champions rappelle fortement leurs failles passées. Retour sur cinq précédents glorieux et les déceptions les ayant suivis.

1997-1998 : Premier coup de maître à San Siro (Inter-Lyon 1-2, 1/16e de finale aller de la Coupe UEFA)

L’Olympique Lyonnais rentre cette saison-là dans son cycle de participation européenne systématique, 22 ans série en cours… Seulement 8e de Division 1 en 1997, l’OL passe par l’éprouvante Coupe Intertoto pour rejoindre la C3, alors coupe de prédilection des clubs italiens. Il fait figure de nain sur la scène internationale, malgré une dizaine de présences antérieures entre Coupe des Villes de Foire, Coupe UEFA et Coupe des Coupes. Le parcours jusqu’en demi-finales de la C2 en 1963-1964 était trop confidentiel pour marquer les mémoires, tandis que l’authentique exploit (double victoire) face à la Lazio Rome de Beppe Signori deux ans plus tôt avait été minimisé par la présence de deux clubs français en finale (Bordeaux en C3 et Paris en C2). Cette fois, même le nombre important de clubs tricolores engagés sur la scène européenne (10 dont 7 pour la seule Coupe UEFA !) ne masquera pas la performance XXL des Gones à San Siro.

L’aspect légendaire de cette victoire sur le sol intériste est d’autant renforcé que c’est dans ce même lieu que les Lyonnais subirent la pire correction de leur histoire (7-0) pour leurs débuts européens en 1958. La fatigue de la Coupe Intertoto estivale a provoqué un début de saison très poussif de l’OL en D1 (10e avec 15 points au bout de 12 journées), ce qui n’incite guère à l’optimisme au moment de croiser le fer avec les stars nerazurri : Gianluca Pagliuca, les argentins Diego Simeone et Javier Zanetti, Youri Djorkaeff, le Brésilien Ronaldo…N’en jetez plus ! Et pourtant l’audace est côté visiteur : à la 22e minute, Violeau déborde et centre, tête puissante de Caveglia repoussée par le portier intériste, Giuly a bien suivi et pousse le cuir au fond. Stupeur à Giuseppe Meazza ! L’égalisation italienne viendra d’un long ballon en milieu de deuxième mi-temps, moment de flottement où Mauricio Ganz usera de toute sa malice pour prendre le dessus sur un Anselmini trop naïf et placer un tir croisé imparable. À cinq minutes de la fin, Giuly cavale dans la foulée d’un dégagement de Coupet et semble se diriger vers le doublé lorsque Bergomi réalise une nette obstruction de tout son corps à l’entrée de la surface, le jeu se poursuit et le génial lutin est finalement fauché par Pagliuca. Alain Caveglia transforme le pénalty d’un parfait contre-pied. L’exploit est retentissant, sonnant comme une nouvelle étape dans la croissance prodigieuse de ce club récupéré en lambeaux dix ans plus tôt par Jean-Michel Aulas. La porte des huitièmes de finale ainsi entrouverte, la tentation de « simplement » défendre au match retour est grande puisque aussi bien un nul qu’une défaite 0-1 permettrait de se qualifier. Au lieu de la bande de jeunes décomplexée de San Siro, c’est une équipe calculatrice et empruntée qui foule la pelouse de Gerland. L’Inter ne demandait pas mieux et saura faire parler son expérience, tranchant dans le vif notamment par les deux français de son effectif : Youri Djorkaeff passeur, Benoit Cauet buteur. Loin de son meilleur niveau, Ronaldo laisse le rôle de héros à l’opportuniste Moriero qui foudroie l’OL d’un doublé. Un temps revenus à 1-2 donc susceptible d’accrocher une prolongation, les Gones s’avèrent incapables de résister au rouleau compresseur milanais. Le même qui ira au bout dans cette compétition en atomisant en finale une autre équipe italienne, la Lazio de Rome (3-0).

La feuille de match : Inter Milan-Lyon 1-2 (21 octobre 1997)

Inter: Pagliuca / Bergomi-Sartor-Galante-Zanetti(Cauet 84′) / Moriero-Winter-Fresi(Zé Elias 46′)-Simeone(Ganz 46′) / Djorkaeff-Ronaldo

Lyon : Coupet / Anselmini-Bak-Laville-Carteron(Morestin 59′) / Violeau-Linarès-Bassila-Giuly(Delmotte 78′) / Bardon(Kanouté 65′)-Caveglia

Buts : Ganz(69′) pour l’Inter ; Giuly(22′), Caveglia(85’sp) pour Lyon.

Cartons jaunes : Pagliuca, Bergomi, Ganz, Djorkaeff pour l’Inter ; Laville, Violeau pour Lyon.

Issue de la saison de l’OL : Éliminé en 1/16e de finale retour (défaite 1-3) à Gerland.

Issue de la saison de son adversaire : Vainqueur de la Coupe UEFA.

2000-2001 : Le jour de gloire de Sidney Govou (Lyon-Bayern Munich 3-0, 5e journée de la deuxième phase de poules)

Tout simplement LE premier match référence de l’OL en Champions League. Un soir de relance inespérée dans une Champions League nouvelle mouture ressemblant à un parcours du combattant (deux phases de poules) avant les quarts de finale. Sorti de la première phase aux côtés du Valence CF, et ce malgré un parcours pour le moins contrasté (trois victoires, trois défaites), les Gones ont mal entamé ce deuxième tour en récoltant seulement quatre points en quatre matchs, faute notamment à une double confrontation mal gérée face à un Arsenal abordable (1-1 à Highbury, 0-1 à Gerland). La réception du leader invaincu du groupe, le Bayern Munich, ne génère pas un grand optimisme. D’autant que les Rhodaniens doivent se passer d’habituels titulaires tels Edmilson, Müller, Foé ou Marlet. Cette rencontre va s’avérer l’acte de naissance de Sidney Govou aux yeux du grand public. Alors âgé de 20 ans et simple joker de l’effectif, il honore de la plus belle des manières son entrée dans le onze de départ.

Le Brésilien Sonny Anderson, habituel canonnier, se transforme en passeur décisif pour son jeune coéquipier. Au bout de vingt minutes, les locaux mènent déjà 2-0, doublé de l’enfant du cru. Et encore a-t-il failli obtenir un pénalty en début de rencontre, sans compter une reprise manquée pour quelques millimètres sur un énième centre d’Anderson. Ce dernier envoie d’un superbe ciseau un nouveau ballon au fond des filets…but annulé pour hors-jeu. L’euphorie passée, l’OL assure le coup en contre-attaque et finit par planter une nouvelle banderille suite à un redoutable combo déboulé/dribble/centre de Govou, concluant son récital d’une passe décisive pour Pierre Laigle. Le champion d’Allemagne ne s’en relèvera pas…du moins ce soir-là puisqu’il sera sacré champion d’Europe deux mois plus tard ! Maître de son destin pour la qualification, l’équipe de Jacques Santini s’empêtre inexplicablement du côté de Moscou, face à un Spartak mathématiquement éliminé, à la dernière journée (1-1) en dépit d’une multitude d’occasions. Le coche est loupé au bénéfice d’Arsenal, ceci au goal average particulier.

La feuille de match : Lyon-Bayern Munich 3-0 (6 mars 2001)

Lyon : Coupet / Deflandre-Caçapa-Bréchet-Delmotte / Laigle-Linarès-Violeau-Dhorasoo(Malbranque 87′) / Govou(Loko 83′)-Anderson(Chanelet 76′)

Bayern : Kahn / Sagnol-Kuffour(Jancker 46′)-Jeremies-Tarnat / Effenberg-Linke-Paulo Sergio-P.Andersson / Salihamidzic(Scholl 71′)-Elber

Buts : Govou(13′,20′) Laigle (71′)

Cartons jaunes : Coupet, Deflandre, Laigle, Govou pour Lyon ; Linke, Effenberg, Salihamidzic pour le Bayern.

Issue de la saison de l’OL : Éliminé en deuxième phase de poules (3e du groupe).

Issue de la saison de son adversaire : Vainqueur de la Ligue des Champions.

2002-2003 : Joutes spectaculaires avant le flop (Inter-Lyon 1-2, 3e journée de la première phase de poules)

On prend les mêmes et on recommence, sauf qu’il n’y a pas cette fois de conséquence immédiate par rapport à la double confrontation Inter-OL de 1997-1998. Dans les faits, le schéma reproduit est celui de deux ans plus tôt suite à la victoire contre le Bayern. Ainsi les Gones tiennent la dragée haute à la tête de série du groupe (3-3 à Gerland dans la foulée directe de ce 1-2 victorieux à San Siro) mais souffrent face à un rival secondaire, l’Ajax Amsterdam qui le vaincra à deux reprises (2-1 en Hollande et 0-2 à Lyon). Malgré ce double faux pas, l’OL garde la main en cas de succès à Rosenborg à la dernière journée. Ces mêmes Norvégiens étrillés 5-0 à l’aller, une simple formalité ? Las, le champion de France s’enlise dans le froid et ressort aussi bredouille qu’à Moscou deux ans plus tôt (1-1).

Rebasculé en Coupe UEFA au titre de la 3e place, les hommes de Paul Leguen promettent d’éteindre la déception en réalisant un bon parcours dans cette coupe d’Europe secondaire. Ce sera un nouveau couac avec une élimination dés les seizièmes de finale, face à une équipe habituée à jouer le milieu de tableau en Turquie, Denizlispor (0-0, 0-1).

La feuille de match : Inter Milan-Lyon 1-2 (2 octobre 2002)

Inter : Toldo / Cordoba-Materazzi-Cannavaro / Zanetti-Di Biagio(S.Conceiçao 69′)-Almeyda-Coco(Pasquale 86′)-Dalmat(Morfeo 61′) / Recoba-Crespo

Lyon : Coupet / Müller-Edmilson-Caçapa-Bréchet / Violeau-Diarra-Dhorasoo-Carrière(Juninho 88′) / Gouvou(Vairelles 90′)-Anderson(Laville 77′)

Buts : (73′) pour l’Inter ; Govou(21′), Anderson(60′) pour Lyon.

Cartons jaunes : Cordoba, Cannavaro, Morfeo pour l’Inter ; Govou pour Lyon.

Issue de la saison de l’OL : Éliminé en phase de poules et rebasculé en Coupe UEFA (3e du groupe). Éliminé en seizièmes de finale de la Coupe UEFA par Denizlispor (0-0, 0-1).

Issue de la saison de son adversaire : Éliminé en demi-finales de la Ligue des Champions.

2006-2007 : Reallement impérial (Lyon-Real Madrid 2-0, 1ère journée de la phase de poules)

La saison des extrêmes : jamais l’OL, alors entraîné par Gérard Houllier, n’aura été aussi fort durant la phase aller du championnat et le parcours en poules de Champions League, puis aussi laborieux passé le mois de janvier. Quintuple tenant du titre en Ligue 1, doté d’un effectif envié par bon nombre de cylindrées européennes, l’OL a passé un palier pour devenir un des gros cadors du Vieux Continent, au point d’apparaître comme un des favoris de la compétition ultime. Son premier tour, conclu à la première place de poule avec 14 points, confirme les impressions.

La manière est là, notamment lors d’un match d’ouverture où les Rhodaniens surclassent le Real Madrid et sa constellation d’étoiles dirigée par Fabio Capello. Menant déjà 2-0 à la demi-heure de jeu, Lyon se permet de ralentir le jeu pour épargner plus ample correction au mythique recordman de l’épreuve-reine. On réalise mieux l’ampleur de la performance en listant les noms des joueurs sur le banc du champion de France au coup d’envoi : Benzema, Wiltord, Squillaci, A.Diarra, Källström, Clerc. Une consécration annoncée qui tournera court puisque une « petite » équipe de l’AS Roma saura créer la surprise à Gerland après une première manche terne à l’Olimpico. Match resté célèbre pour la séance de Zébulon du Brésilien Mancini devant Anthony Réveillère, mais aussi pour l’apathie d’un club incapable d’afficher la solidité mentale requise par son nouveau statut.

La feuille de match : Lyon-Real Madrid 2-0 (13 septembre 2006)

Lyon : Coupet / Réveillère-Cris-Müller-Abidal / Toulalan-Juninho(Källström 73′)-Tiago-Malouda / Govou(Clerc 81′)-Fred(Wiltord 76′)

Real Madrid : Casillas / Cicinho-S.Ramos-Cannavaro-R.Carlos / Beckham(Guti 55′)-M.Diarra-Emerson-Cassano(Reyes 46′ puis Robinho 70′) / Raul-Van Nistelrooy

Buts : Fred(11′) Tiago(31′)

Cartons jaunes : Réveillère pour Lyon ; S.Ramos, Cannavaro, R.Carlos, M.Diarra pour le Real.

Issue de la saison de l’OL : Éliminé en huitièmes de finale par l’AS Roma (0-0, 0-2).

Issue de la saison de son adversaire : Éliminé en huitièmes de finale par le Bayern Munich.

2011-2012 : Le festival de Zagreb avant la honte de Nicosie (Dinamo Zagreb-Lyon 1-7, 6e journée de la phase de poules)

Cinq ans ont passé depuis le premier tour ébouriffant de 2006-2007, l’Olympique Lyonnais n’est plus le club roi de Ligue 1, tandis que le Real Madrid a lui aussi changé…en beaucoup mieux. Les hommes de Rémi Garde sont atomisés par le club espagnol lors des deux matchs de poule (défaites 4-0 et 0-2), incapables par ailleurs de vaincre l’Ajax Amsterdam (deux 0-0). À l’aube du déplacement à Zagreb, les espoirs de qualifications sont minces, seulement entretenus par le rôle d’arbitre impartial du Real, ce dernier prenant 18 points sur 18 alors que sa première place est assurée depuis longtemps. Seule une large victoire en Croatie permettrait de franchir les poules.

Or la mi-temps est péniblement atteinte sur le score de 1-1, Gomis répondant tardivement à l’ouverture du score de Kovacic. Et ce malgré une supériorité numérique effective depuis la 28e minute. Comment expliquer le déroulement qui suivra ? Démobilisation inconsciente des locaux ou arrangements de vestiaires illégaux (l’idée est encore défendue par nombre de téléspectateurs) ? En une demi-heure, l’OL enquille six buts, dont trois supplémentaires pour le seul Gomis. La presse espagnole et l’Ajax Amsterdam auront beau entamer des procédures auprès de l’UEFA, le résultat est entériné et Lyon présent dans le tableau des huitièmes de finale. La chance continue à accompagner les Rhodaniens puisque le tirage leur attribue le petit poucet de la compétition : l’Apoel Nicosie. De miraculé du premier tour à ultra-favori il n’y a qu’un pas, mais aussi un énorme poids. Cinq ans après le fiasco face à l’AS Roma, l’OL connaît l’une de ses plus humiliantes éliminations européennes, s’inclinant aux tirs aux buts.

La feuille de match : Dinamo Zagreb-Lyon (7 décembre 2011)

Dinamo Zagreb : Kelava / Vida-Leko-Ibanez-Vrsaljko / Ademi-Badelj-Sammir(Alispahic 66′)-Calello / Kovacic(Pokrivac 80′)-Beqiraj(Situm 55′)

Lyon : Lloris / Lovren(L.Lopez 54′)-Koné-Dabo-Cissokho / Gonalons-Fofana-Gourcuff-Briand / Lacazette(Ederson 65′)-Gomis

Buts : Kovacic(40′) pour Zagreb ; Gomis(45′,48′,52′,70′), Gonalons(47′), L.Lopez(64′), Briand(75′) pour Lyon.

Cartons jaunes : Leko, Ibanez pour Zagreb ; Cissokho, Fofana, Gomis pour Lyon.

Carton rouge : Leko pour Zagreb.

Issue de la saison de l’OL : Éliminé en huitièmes de finale par L’Apoel Nicosie (1-0, 0-1ap, 3-4 tab).

Issue de la saison de son adversaire : Éliminé en phase de poules de la Ligue des Champions.

L’explosion de joie de Zagreb, symbole de l’exploit inutile par excellence.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s