MUSE : Toujours aussi mitigé – Chronique de l’album Simulation Theory (2018)

Et si c’était enfin la bonne ? Après une dernière décennie musicale faiblarde l’ayant fait rentrer dans le rang, Muse promettait de frapper fort avec son huitième opus : un concept-album autour de la culture populaire des 80’s, dans la lignée directe du film Ready Player One. Un projet « image et son » puisque pas moins de cinq singles (soit quasiment la moitié des titres) ont été envoyés en éclaireurs avec autant de vidéos associées, préfigurant ce qui devrait être à terme le récit d’une histoire globale pour l’ensemble des pistes de l’album. Comment ne pas penser d’emblée au Discovery de Daft Punk (2001) sur la forme ? Et à l’alliage réussi Random Access Memories (2013) du même groupe sur le fond ? Nous avions hâte à cet univers aux multiples ingrédients cinématographiques, télévisuels, électroniques ou issus tour droit du gaming. Dans l’espoir aussi de retrouver un sens mélodieux après un Drones (2015) se distinguant par ses excès bruitistes.

Piste 1 ALGORYTHM 4’05’’ ***1/2

« Comme des thèmes de science-fiction où la fantaisie prend forme », affirmait Matthew Bellamy au sujet de la nouvelle production de son combo. L’affirmation est corroborée par ce morceau massif où batterie et synthétiseurs semblent littéralement pilonner une terre hostile. On peut assimiler la mélodie à un thème de série SF. Le chant apparaît tardivement, d’abord posé puis plus percutant, retrouvant un lyrisme un brin délaissé ces derniers temps. En guise d’embarquement immédiat, on peut difficilement faire mieux pour capter l’attention de l’auditeur (surtout s’il découvre le CD en voiture, on y reviendra pour la piste suivante). Clairement le groupe a décidé de changer de direction musicale, mû par une volonté de plus grandes expérimentations electro-pop, il n’y aura pas de marche arrière dans leur parcours. Il s’agit l’air de rien de la meilleure ouverture depuis Apocalypse Please sur Absolution (2003).

Piste 2 THE DARK SIDE 3’47’’ ***1/2

Cette fois c’est carrément un titre alternatif à la BO du film Drive qui émerge. Nous sommes plongés dans un road trip où il s’agit de contourner les nombreux obstacles venus miner le parcours. L’effet est saisissant lorsqu’on écoute ce morceau en roulant, celui d’une fuite en avant, d’un combat avec une entité abstraite, d’une aspiration à la liberté. L’atmosphère de conflit intérieur est bien rendue par une orchestration entre cavalcade et valse hésitation. Le chant de Bellamy prend des accents à la Bono de plus en plus marqués au fil des minutes. Mentionnons aussi ce pont entre 2’30 » et 3’00 », première familiarité avec des arrangements typiques de Queen, décidément une citation récurrente dans la carrière de Muse.

Piste 3 PRESSURE 3’55’’ ****

On passe véritablement à l’offensive avec ce titre à la structure plus classique. Le couplet est scandé de manière énergique, le refrain porté sous forme de spirale enivrante, envahissant les esprits pour ne plus les quitter. Lancé à pleine vitesse de manière désordonnée durant The dark side, le bolide trouve son assurance avec cette power song efficace, proche de l’exultation suivant une montée d’adrénaline. Pas aussi inspiré que le Muse d’Origin of Symmetry (2001) ou Absolution, mais on prend volontiers.

Piste 4 PROPAGANDA 3’00’’ *1/2

Brève introduction bruitiste, irruption de voix mielleuse à la Prince, distorsion par-ci, inserts par là, beaucoup de bricolage pour donner au final un rendu incompréhensible. L’empilage de sons et d’idées ne semble pas avoir été cadré à la production et on nous le livre brut. Premier temps faible de l’opus (malheureusement pas le dernier), sortie de route d’autant plus criante eu égard aux trois premières pistes qui s’enchaînaient avec une certaine cohérence.

Piste 5 BREAK IT TO ME 3’37’’ *1/2

Même constat que pour la piste précédente : un titre (n’osons pas dire une chanson pour le coup) partant dans trop de directions différentes sans se soucier du moindre équilibre. L’expérimentation est désuète (des scratchs de rap assez primaires sont même intégrés), décousue (sifflement strident ne rajoutant rien), pas même soutenue par une mélodie trop neutre. Un énorme loupé qui repousse un peu plus loin l’espoir d’un concept-album s’écoutant d’une traite.

Piste 6 SOMETHING HUMAN 1 3’46’’*

Le moment censément romantique de l’album. Factuellement un des pires « slows » de l’histoire du groupe. Les chœurs sur le refrain sont tout simplement horribles, tandis que Bellamy enveloppe le tout à l’économie, loin des envolées lyriques d’antan. Quelques sonorités spatiales sont présentes en fond pour rappeler la thématique de l’album, mais sonnent particulièrement gratuites. Où sont passés les compositeurs des puissantes Unintended ou Falling away with you ?

Piste 7 THOUGHT CONTAGION 3’26’’ **

Retour à un son plus proche du Muse originel pour ce titre aux accents fédérateurs, à défaut d’être d’une grande originalité. Les chœurs et la batterie sont cette fois présent de manière plus appropriés par rapport aux tentatives précédentes. Loin d’être un sommet mais idéal pour pouvoir être diffusé sur une radio pop/rock grand public.

Piste 8 GET UP AND FIGHT 4’04’’ *

La ligne du bon goût est franchie avec ce pastiche digne d’un boys band 90’s. En plus de la ritournelle tendance putassière en fond, on déplore une ligne mélodique famélique. Et que dire du faux énervement lors du refrain grandiloquent et injonctif ? La formule est totalement surannée, à mille lieux du potentiel de ce (toujours) grand groupe.

Piste 9 BLOCKADES 3’48’’ ***

Quand Knights of Cydonia (titre de conclusion de Black Holes and Revalations) rencontre le Paradise de Coldplay, ça donne un mix tout à fait correct. Cela fait plaisir de retrouver un côté épique (encore et toujours l’influence de Queen dans l’orchestration pour le refrain), une structure un brin plus complexe apte à réveiller l’auditeur bercé depuis la piste 4. On pense aussi à Mk Ultra de l’album Resistance. Un réveil salutaire dans la dernière ligne droite.

Piste 10 DIG DOWN 3’48’’ **1/2

Les premières mesures laissent craindre un nouveau morceau midtempo tombant à plat façon Propaganda, il n’en sera rien. Le bricolage électronique est seulement un habillage cette fois, pas l’essence d’un titre gentiment progressif, se permettant un bon enchaînement de riffs dans son décollage final. Avec à la clé encore un refrain « à la Queen » dont le rendu en concert pourrait rehausser la valeur.

Piste 11 THE VOID 4’44’’ *1/2

Titre se posant clairement en réponse à Algorythm, comme une nécessité de terminer les choses là où elles ont commencé. On retrouve le même type de thème entêtant, rappelant la bande-son d’un Halloween ou d’un film de science-fiction. Cependant le climat est davantage glauque, malaisant, ne choisit pas une direction claire pour se noyer dans un fatras peu audible dans sa deuxième partie. Si le but est de donner dans l’étrange pour l’étrange, l’argument est bien léger. Un finish en demi-teinte, à l’image de tout l’opus.

BILAN : **1/2 L’art de ne pas « faire toujours la même chose » ne peut constituer un argument qualitatif à lui seul. Oui, Muse change, oui Muse tente, oui d’une certaine façon Muse avance en assumant des influences nouvelles (elles-mêmes souvent issues de sonorités passées) et nous aurions aimé adhérer à ce nouvel opus présenté abusivement comme un concept-album. Or le cheminement est trop bancal pour être reçu et compris, notamment par des fans originels en deuil de l’identité musicale propre au groupe, dont l’abandon se situe quelque part entre Resitance (2009) et The 2nd Law (2012). Si on peut considérer que trois morceaux réussis et deux autres corrects constitue une bonne moyenne sur un album de onze pistes, on peut aussi se désoler que l’un des groupes les plus prometteurs de la fin 1990’s/début 2000’s perde de sa vigueur année après année.

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