SMASHING PUMPKINS : Mélancolie sans tristesse infinie – Chronique de l’album Shiny and oh so Bright Volume 1 (2018)

By

Dans l’imaginaire populaire, les Smashing Pumpkins ont tiré leur révérence en 2000 avec le fameux doublé Machina/Machina II, deux albums sortis à quelques semaines d’intervalle dont l’un délivré entièrement gratuit sur Internet pour mieux solder les comptes avec leur maison de disque d’alors. S’en était suivi des projets parallèles (notamment l’éphémère et pourtant brillant Zwan) et quelques reformations imparfaites, incluant seulement le frontman Billy Corgan, réputé dictateur à ses heures, et le batteur Jimmy Chamberlin. Si Zeitgeist (2007) avait reçu un accueil critique positif, les fans originels avaient eu du mal à suivre ce virage vers un son plus lourd, limite metal. La suite les perdra davantage via le projet Teargarden by kaleidoscope, censé être une série de onze EP de quatre titres, tous mis en téléchargement gratuit. Idée avortée en chemin pour se prolonger via le diptyque pop Oceania (2012) / Monuments to an Elegy (2014). Deux albums plutôt fades, auxquels succédera un nouvel effort solo de Corgan, Ogilala (2017) passé quasiment inaperçu. Alors, comment ne pas considérer cette sortie comme un événement ? Restait à savoir ce qui se cachait sous cet emballage prestigieux. En début d’année, la publication d’un clip révélant une tournée de reformation pointait dans le sens de la nostalgie via les deux filettes/anges de Siamese Dreams (1993) ayant pris un coup de vieux.

Piste 1 KNIGHTS OF MALTA 4’37’’ ***1/2

Titre tout en douceur pour démarrer les retrouvailles. On reconnaît d’emblée la touche maison, ce côté à la fois rassurant et aérien, perché au-dessus des nuages. Voilà une chanson chatoyante, tendre et fragile. La mélodie est envoûtante, grâce (ou malgré selon les goûts) des chœurs masculins/féminins tantôt en toile de fond tantôt au premier plan. Cette touche rare au pays des Citrouilles assurera la pérennité d’un morceau suffisamment accrocheur pour capter l’attention de l’auditeur curieux ou du fan renouant avec ses icônes du passé.

Piste 2 SILVERY SOMETIMES (GHOSTS) 3’30’’ **1/2

Une entame tourbillonnante évoquant un peu plus les Smashing Pumpkins époque Mellon Collie and Infinite Sadness, particulièrement un des titres phares, 1979. La comparaison ne tient pas de bout en bout hélas, la faute à un refrain faiblard et une structure trop linéaire. N’en demeure pas moins un midtempo correct et parfaitement apte à envahir les ondes radiophoniques tel son glorieux prédécesseur.

Piste 3 TRAVELS 5’23’’ **1/2

Cette fois on se rapproche carrément du Billy Corgan d’éminence pop époque Zwan (et l’unique album du combo Mary Star of the Sea en 2003) : une structure de couplet d’apparence simple avec des paroles sonnant très romantisme béat pour mieux se complexifier à mi-durée et dégager ce sentiment particulier qu’est la nostalgie heureuse.

Piste 4 SOLARA 4’22’’ ****

Après le slow cajoleur, voici un hymne rock optant pour une certaine agressivité. On convoque cette fois les racines du grunge, laissant percevoir une influence Nirvana dans le pont menant au refrain (souvenons-nous de la grande amitié entre Billy Corgan et Kurt Cobain). L’espèce de réverbération du chant, gimmick propre au leader nasillard des SP, évoque aussi le tube ultime Bullet with Butterfly Wings. À 2’30 » c’est l’explosion bienvenue, le basculement d’un bon titre en une véritable réussite.

Piste 5 ALIENATION 5’01’’ ***1/2

D’une forme plus prévisible que son prédécesseur, ce morceau s’avère tout aussi efficace. Il est le symbole d’un album où la rythmique traditionnelle (basse-guitare-batterie) prend le pas sur l’usage d’outils électroniques. Choix délibéré tant le groupe a prouvé savoir les utiliser par le passé (l’atmosphérique Adore en 1998), cohérent avec une idée d’épuration/retour aux sources. Ainsi, le discret Jimmy Chamberlin prend littéralement son envol comme rarement derrière les fûts. Une piste à bien écouter au casque pour se rendre compte de ses aspects plus complexes, notamment sa mélodie/cavalcade épousant un temps le Eye of the Tiger de Survivor (Rocky III). Hypothèse à vérifier sur un tapis de sport.

Piste 6 MARCHIN’ ON 2’39’’ **

La voix d’emblée plus criarde de Corgan annonce la couleur. Nous partons pour un voyage express dans le stoner. Impossible d’ailleurs de ne pas penser à Queens of the Stone Age dés la première écoute. Clairement à part vis-à-vis des autres pistes, Marchin’ on souffre paradoxalement d’un manque d’originalité. Est-ce la rupture qui s’avère trop brutale ou le manque de maîtrise du sujet ? C’est comme si l’exécution de la forme avait primé sur la valeur du contenu. Une sortie de route pardonnable.

Piste 7 WITH SYMPATHY 3’30’’ ***

Retour à un habillage langoureux caressant dans le sens du poil. Une énergie indicible se dégage de ce morceau pourtant calme. Rythme stationnaire, climat prospère, et chœurs féminins percutants. On croirait Corgan porté par une foule de disciples sur chaque refrain. Une démonstration de force vocale lui permettant de s’exempter d’arrangements spectaculaires ou d’une quelconque variation/surprise à mi-chemin.

Piste 8 SEEK AND YOU SHALL DESTROY 2’45’’ **1/2

Sorte de synthèse entre Solara et Marchin’ on, ce titre de clôture remplit sa part du contrat. À savoir déclencher une dernière salve de riffs accrocheurs. Pas impérissables, juste ce qu’il faut pour persuader l’auditeur du bien-fondé du probable Shiny and oh…volume 2 à venir. Le format court a encore prévalu (la moitié des morceaux sous les quatre minutes) pour diffuser ce message d’envie retrouvée.

BILAN : *** Passé l’acceptation de la brièveté de l’album, davantage comparable à un EP, on ne peut que se réjouir de retrouver les Smash’ sous cette configuration et muni de ce son 90’s, fiers d’assumer leur héritage gothico-grunge. Vingt trois ans après une double galette culte soufflant fièvre et malaise, Billy Corgan, accompagné de sa bande originelle (quasiment) au complet a revisité sa mélancolie, purgée de la tristesse infinie le caractérisant alors. Une mue salutaire pour un désormais quinquagénaire, enfin apte à s’élever au-dessus de ses troubles adolescents.

Publicités