Bilan Cinéma 2018 – Partie 1: Top 10

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L’heure de la synthèse est venue. 2018 fut très riche en matière cinématographique, en dépit de la tendance hollywoodienne prononcée au recyclage, suites diverses et (a)variées, remakes, reboots et autres schémas narratifs copier-coller. Première étape du bilan: les dix « tops » de l’année écoulée.

TOP 10 2018

1 UNDER THE SILVER LAKE, de David Robert Mitchell

Une proposition de cinéma immersive et sensorielle comme on en fait peu, à la lisière du David Lynch de Mulholland Drive et du Wes Anderson de The Grand Budapest Hotel, à la fois sombre et enchanteur. Une mise en scène créative, une pluie de références culturo-geek plus ou moins cryptiques, un équilibre réussi entre mystère et humour. On peut le considérer comme le pendant d’un Ready Player One (4e dans ce top) en plus underground. Une expérience enrichissante, une invitation au voyage donnant un rôle actif au spectateur, un monde artificiel débouchant paradoxalement sur une folle richesse artistique. Bref une fable particulièrement électrisante.

2 LA FORME DE L’EAU, de Guillermo Del Toro

Film officiellement de 2017, mais sorti en France en février de l’année suivante, donc parfaitement éligible ici. Et qu’importe si son triomphe aux Oscars a tendance à dénaturer ce type de classement. Succès critique et public ne sont pas contradictoires, de même qu’un propos universel sur la difficulté d’être marginal peut être ressenti par le spectateur de manière personnelle. Guillermo Del Toro nous embarque superbement dans son conte féerique, situé pendant la Guerre Froide, mais renvoyant habilement à notre époque. Une production semblable à du cinéma de genre tout en restant familiale, une compatibilité rare à Hollywood.

3 CLIMAX, de Gaspar Noé

L’enfant terrible du cinéma français (et fier de l’être!) continue de construire tout doucement (cinq longs-métrages en vingt ans) une œuvre forte et cohérente. Sans adhérer à un certain courant de ses fans voyant en lui un grand subversif, on peut saluer de vraies bonnes idées et le goût de la forme au service du fond. Ce Climax volontiers voyeuriste est éprouvant, remue les tripes, flatte nos bas instincts, heurte notre sensibilité. Il est assurément voué à ne pas être populaire, et contient pourtant l’ensemble des qualités de ses films précédents. Un concept et une architecture loufoque offrant un drame sincère, parlant à notre humanité déclinante.

4 READY PLAYER ONE, de Steven Spielberg

À mon propre étonnement, une place haute dans ce top pour la méga-production d’un réalisateur auquel je n’ai jamais vraiment adhéré. Spielberg est à mon sens un grand technicien à défaut d’un auteur-réalisateur, un diffuseur de sensations plutôt que de sens. Quelqu’un capable de s’attaquer à un sujet polémique sur le papier sans offrir de point de vue tranché (Minority Report, Munich, Il faut sauver le soldat Ryan). Au moins a-t-il cette fois annoncé la couleur : son film étendard de la culture pop a pour seul but d’offrir du plaisir à plusieurs générations de cinéphiles/gamers/geeks/nerds/rats de bibliothèque (ne rayez pas la mention inutile), et il y parvient parfaitement. La maestria de sa mise en scène peut donner de gros complexes à certains artisans actuels du cinéma d’action, et qu’importe si les libertés prises vis-à-vis du roman originel ont comme toujours rebuté la frange la plus exigeante du public.

5 THE HOUSE THAT JACK BUILT, de Lars Von Trier

Lars Von Trier, sa vie, son œuvre. Mieux vaut être un fan érudit du Danois pour apprécier toutes les couches et sous-couches de textes incluses dans ce récit satirico-maléfique. Sur la forme on retrouve les habituels procédés narratifs (le personnage principal et son confesseur, gimmick identique à celle présente dans Nymphomaniac) et thèmes chers au réalisateur controversé, le tout en plus appuyé, plus limpide, dans une optique de règlement de comptes avec ses détracteurs comme avec lui-même. Dans le cadre de cette histoire de tueur en série, le choix de l’auto-citation frise la complaisance avec son « héros », d’où le malaise instillé tout au long du récit. Lorsqu’on laisse de côté ce ressenti, on peut se délecter des nouvelles trouvailles visuelles, métaphores verbales, brillants aphorismes et provocations politico-religieuses du maître. Le tout prendrait d’autant plus de teneur s’il s’agissait de son ultime film.

6 AVENGERS INFINITY WAR, d’Anthony et Joe Russo

L’apogée tant attendue pour tous les fans du Marvel Cinematic Universe ! Dix ans après le démarrage officiel du cycle avec Iron Man, suivi par l’intronisation d’une flopée de personnages tout aussi mythiques, l’heure du grand rassemblement (crossover) a sonné. Et quoi de mieux pour adhérer à un blockbuster que de construire un méchant charismatique non-binaire comme Thanos ? Le collectionneur de pierres d’infinité est dépeint comme un homme de principes, motivé par une problématique de fond, allant jusqu’à sacrifier ses intérêts personnels pour accomplir sa quête. Il est le vrai héros de ce film-somme, concluant une saga tout en ouvrant de riches perspectives grâce à son final étonnant. Vivement la suite…

7 LE RETOUR DU HÉROS, de Laurent Tirard

Une des bonnes surprises parmi la masse de comédies françaises venues garnir les salles sombres l’année passée. Le duo Jean Dujardin-Mélanie Laurent délivre une prestation remarquable pour transcender une base vaudevillesque des plus ordinaires. Une fois l’empathie acquise, le déroulé des gags fonctionne à merveille pour sacraliser les histoires fantasmées de ce chevalier pleutre et les stratagèmes de son ennemie devenue complice. Une vraie perle du cinéma populaire hexagonal.

8 LE JEU, de Fred Cavayé

Un dîner où des amis déballent tous les non-dits emmagasinés depuis longtemps, l’occasion au-delà de l’enchaînement de quiproquos d’une réflexion d’ensemble sur l’usure de la vie de couple, une certaine idée du bonheur et du « jeu » social que l’on joue en permanence. La forme du huis-clos a généré de logiques comparaisons avec Le dîner de cons ou Le prénom, mais le distinguo s’opère via l’atmosphère particulière de ce long-métrage, un climat tendu donnant de l’épaisseur à cette comédie pertinente.

9 THE PASSENGER, de Jaume Collet-Serra

Le thriller de l’année est à mettre à l’actif de la paire Jaume Collet-Serra/Liam Neeson dont il s’agit de la quatrième association après Sans identité, Non-stop et Night run. Sans verser dans la surenchère d’action, ce huis-clos ferroviaire parvient à nous cramponner sur notre fauteuil, titillant nos instincts d’enquêteur pour accompagner le héros dans ce jeu de piste redoutable. Le procédé est connu, mais toujours aussi efficace : placer un homme ordinaire dans des situations extraordinaires, habillant le tout d’une intrigue rebondissant sans cesse et offrant un vrai plaisir cinéphilique aux amateurs de complots.

10 HÉRÉDITÉ, d’Ari Aster

Largement annoncé comme une version moderne de L’exorciste, ce récit des phénomènes paranormaux entourant une famille dysfonctionnelle assume parfaitement cet héritage. D’abord intrigués, nous sommes ensuite glacés puis terrifiés par la violence sourde s’installant au sein de la maison. On note une filiation avec le récent Mother d’Aronofsky, l’aspect folklorique en moins. Dommage que le film pêche dans sa dernière demi-heure, choisissant de rendre trop concrète une peur jusque-là suggérée, enlevant une part de mystique au propos.

À SUIVRE PARTIE 2 : Les dix déceptions de 2018…

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