Bilan Cinéma 2018 – Partie 2 : 10 Déceptions

Deuxième étape du bilan sur l’année cinéma écoulée s’arrêtant sur les grandes déceptions, à savoir des films pas forcément mauvais mais à mille lieux des attentes qu’ils avaient généré.

10 DÉCEPTIONS 2018

1 LES FRÈRES SISTERS, de Jacques Audiard

La première hollywoodienne de Jacques Audiard (Un héros très discret, De battre mon cœur s’est arrêté, Un prophète, Dheepan) intriguait fortement tant l’homme n’apparaissait pas de prime abord comme compatible avec le « costume » contrairement à ses prédécesseurs hexagonaux (Mathieu Kassovitz, Jean-Pierre Jeunet ou autre Jean-François Richet). Le thème du western a contribué un peu plus au mystère voire à l’impatience. Hélas, malgré des acteurs excellents, il ne valide pas l’essai sur de nombreux points : problème de rythme, manque de souffle et ferveur, humanisation prononcée des personnages au détriment de leur pouvoir charismatique, le tout bien mal aidé par un scénario faiblard. Un film agréable au demeurant, encourageant s’il s’agissait d’un nouveau cinéaste mais bien en-dessous du potentiel de ce réalisateur.

2 BLACKKKLANSMAN, de Spike Lee

C’était promis, juré, nous allions revoir le Spike Lee aux propos fougueux, engagés, politiquement incorrects, le tout accompagné de son style fluide et ravageur. Et le sujet même s’y prêtait avec cette histoire vraie (encore que le déroulé du film nous incite à mettre cette version en doute) d’infiltration du KKK par un policier noir. Pourtant, on ne retrouve rien ici du maître artificier de Do the right thing, Jungle fever ou Malcolm X. Les membres du clan sont ridiculisés au-delà de leur idéologie néfaste, dépeints comme stupides et tous manipulés par un plan pourtant bancal, improvisé de toutes pièces. Le dernier quart d’heure vire carrément au nanar, on rit jaune ou on pleure au choix. Certes, le New-Yorkais était sorti des radars du grand public depuis Inside Man (2006), de là à pondre un tel objet démagogique pour revenir sur le devant de la scène…

3 LE 15H17 POUR PARIS, de Clint Eastwood

L’attentat déjoué du Thalys 9364 méritait-il qu’on lui consacre un film ? Au vu du fade objet cinématographique pondu par Clint Eastwood, on a tendance à répondre non. Quelle mouche a piqué le vieux cow-boy pour avoir l’idée de s’attarder longuement sur les vacances en Europe de ses trois jeunes compatriotes ? Si l’on met de côté la seule bonne initiative, à savoir faire jouer les rôles par les véritables protagonistes de l’histoire, tout est raté. Ennui profond les trois quart du film, tentative maladroite de nous convaincre des signes du destin ayant porté ces jeunes hommes vers un moment héroïque, manque de politisation du propos, une erreur de parcours dans la filmographie d’Eastwood. S’agissant d’homme rdinaire devenu héros, revoir plutôt Sully.

4 UNE FAMILLE ITALIENNE, de Gabriele Muccino

Certains réalisateurs savent « refaire » le même film sans lasser (Allen, Almodovar, Burton), Gabriele Muccino ne fait assurément plus parti de cette caste de privilégiés. Son vaudeville familiale se perd dans les hurlements, la sur-interprétation et la faiblesse de son scénario. Celui qui avait si bien su jusque là raconter la crise de la quarantaine échoue quant à rendre attachante cette famille chaotique. Quelques acteurs surnagent sans réussir à rendre le tout digeste.

5 DEADPOOL 2, de David Leitch

Prenez une recette ayant parfaitement fonctionné (autodérision, brisage du quatrième mur, trash talking, scènes loufoques) dans le premier volet et repoduisez-la en grossissant tous les traits : voici Deadpool 2, film bruitiste, inutilement long, quasiment pas drôle (un comble!), complaisant, laissant le spectateur à distance du délire quand son prédécesseur parvenait à l’intégrer. L’épisode 3 sera par conséquent moins décevant.

6 UN PEUPLE ET SON ROI, de Pierre Schoeller

Deux heures de fragments historiques à la fois partiales et partiels, sans créer la moindre empathie ni rendre le sujet compréhensible pour un public lambda, ni intéressant pour des passionnés de l’histoire de France. Un trop important empilage d’acteurs et des transitions trop brutes n’aident pas à la fluidité. Paradoxalement, la séquence sur laquelle on s’attarde (le vote des parlementares concernant le sort du Roi) ne méritait pas une aussi ample explication. Générer l’indifférence en évoquant une période couvrant la révolution de 1789 jusqu’à la décapitation de Louis XVI en 1793, il fallait le faire !

7 PREMIÈRE ANNÉE, de Thomas Lilti

Dépeindre la difficulté de la première année universitaire, en médecine comme dans toute autre section en général, apparaissait comme une bonne idée de départ. Hélas, Thomas Lilti n’a pas rempli cette mission jusqu’au bout, préférant détailler abondamment le contenu des cours de médecine et les longues phases de révision, donnant pour seule épaisseur la relation d’amitié collaborative entre deux étudiants. Cela donne une œuvre rébarbative, peu touchante, frisant le malaise dans son rebondissement final.

8 SANS UN BRUIT, de John Krasinski

Vendu comme un thriller haletant autour d’une force mystérieuse condamnant au silence éternel une famille de survivants, Sans un bruit ne tient pas la distance. Passé un premier quart d’heure intriguant, l’intérêt se dilue car on nous donne trop rapidement des informations sur ces fameux « monstres » surgissant au moindre éclat de voix. Les réactions contradictoires voire stupides des personnages finissent de nous sortir du climat de peur sourde. Une résolution trop facile vient ponctuer la liste des défauts.

9 LADY BIRD, de Greta Gerwig

Le cliché du « petit » film indépendant US trustant les prix dans des festivals comme Sundance ou Palm Springs. Pertinent sur le fond (la difficulté de s’épanouir dans une ville de taille moyenne, la nécessité de contre-modèle par rapport à ses parents), le scénario pêche sur la forme par facilité. On a l’impression d’avoir déjà vu cent fois ce portrait d’une jeune fille de milieu prolétaire voulant rentrer dans les hautes sphères au risque de perdre sa personnalité. Une succession de scènes banales habillent ainsi le propos, traversant le trouble adolescent sans lui donner de la chair, laissant la finesse de côté pour appuyer lourdement sur le caractère de jungle sociale du milieu lycéen.

10 HALLOWEEN, de David Gordon Green

L’ambition était louable : offrir une suite digne de ce nom au film précurseur de la saga en 1978, si possible éloignée des simples slasher movies que furent la majorité des séquelles. Les premières minutes valident l’espoir via une scène de tension parfaitement menée lorsque les enquêteurs rendent visite à Michael Myers dans sa prison de haute sécurité ou viennent interroger. Laurie, victime originelle (Jamie Lee Curtis effectuant son grand retour). Après la prévisible évasion du tueur en série, toutes ces intentions sont jetés aux orties pour laisser place à une succession de meurtres gratuits, tous plus écœurants sur la forme les uns que les autres (pendaisons, têtes écrasés, gorges traversées). La psychologie éventuelle du tueur est totalement mise de côté, pas une ligne de dialogue à son actif, pour favoriser le seul combat Laurie/Michael, achevé d’une façon particulièrement stupide.

 

À SUIVRE PARTIE 3 – FLOP 10

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