Review/Bilan Albums Musicaux 2018

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Retour en vingt albums sur l’année écoulée. Des plus incontournables, tel l’opus posthume de Johnny Hallyday aux plus surprenants, à l’image de la concrétisation du tant de fois annoncé nouveau Polnareff, en passant par les petites perles de groupes bien installés dans le paysage pop/rock (Franz Ferdinand, MGMT, Editors) ou certains virages expérimentaux décevants (Arctic Monkeys, Jack White, Muse).

MGMT – Little Dark Age (sorti le 9 février) ***1/2

Résurrection

Quel bonheur de revoir le duo de Middletown toucher les cieux dix ans après un initial Oracular Spectacular plaçant la barre très haute. L’unanimité est paraît-il toujours suspecte, le contrecoup n’en fut que plus important : abandon d’une partie du public pour un Congratulations (2010) pourtant novateur et inspiré, incompréhension générale pour l’éponyme MGMT (2013) dont le niveau d’expérimentation prenait le pas sur le fond. Et voici que débarque cette cuvée 2018 pour nous réconcilier avec ce bel ancrage d’influences 80’s dans un univers synth/pop sombre et romanesque. Une synthèse d’ambitions musicales parfois exprimées maladroitement par le passé, un peu leur Random Access Memories à eux. Pour amateurs d’électro/pop addictive à la première écoute (Me and Michael, One thing lef to try) comme d’ambiance new wave (Little dark age) ou d’atmosphère lunaire (When you’re small, She works out too much). Un bijou un peu plus étincelant à chaque réécoute.

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/04/19/mgmt-la-resurrection-chronique-de-lalbum-little-dark-age-2018/

FRANZ FERDINAND – Always Ascending (sorti le 9 février) ***

Toujours vivace

Cinquième livraison pour les spécialistes de la pop positive et dansante. Enfin une remise en lumière pour le combo écossais, rentré dans le rang depuis le succès fracassant de ses deux premiers opus publiés coup sur coup en 2004-2005. Le groupe s’était d’autant plus fait oublier en se consacrant à un projet parallèle aux côtés des Sparks, d’où les cinq ans séparant ce Always ascending de son prédécesseur. Rien de bien révolutionnaire au programme, mais le mérite d’affirmer une identité musicale exaltée, un parti pris en faveur de la dédramatisation et de corps ondulants sous un ciel étoilé. La majorité des titres sont très efficaces, possibles à fredonner dés la deuxième écoute, générateurs d’une forme de nostalgie heureuse plaçant le groupe quelque part entre les Shins et Weezer. Citons ce Lois Lane enivrant ou le génial titre d’ouverture éponyme où Alex Kapranos emprunte, sur fond d’univers spatial, un timbre similaire à celui d’un Bowie proche du crépuscule. En milieu d’opus, le morceau The academy award prouve aussi la capacité de FF à parfaitement ficeler une mélodie douce-amère. Un exercice atmosphérique particulier est tenté avec le (long) titre de clôture Slow don’t kill me slow, comme s’il fallait valider une « crédibilité émotionnelle » malgré tout. On peut lui préférer la chorale électrisante de Glimpse of love ou l’évident single Feel the love go avec cet usage de cuivres pertinent, tous deux porteurs de l’enthousiasme caractérisant décidément FF. Dix titres, moins de quarante minutes, largement suffisant pour rendre compte de la belle vitalité du quatuor de Glasgow.

MOBY – Everything was Beautiful and Nothing Hurt (sorti le 2 mars) **

En terrain (trop) connu

Si à force d’escapades pop/rock suivis de retours appuyés à l’électronique pur, Moby a perdu son côté consensuel auprès des mélomanes de tous bords, il a conservé son côté extrêmement prolifique. Pour preuve ce quatrième album studio en trois ans et déjà quinzième au total (en excluant un décompte exhaustif qui comprendrait EP, remixes et productions en tant que DJ). Il y a deux façons d’analyser ce dernier effort : saluer la capacité intacte de l’artiste à créer des mélodies soyeuses sur fond de vocodeurs et de chœurs féminins angéliques ou pointer la répétitivité de la plupart des pistes, fleurant bon le déjà vu. Difficile en effet de distinguer des titres en particulier tant l’uniformité règne, l’absence de structure assimilable à une « vraie » chanson n’aidant pas. Citons seulement The waste of suns ou The tired and the hurt, ritournelles efficaces et lassantes à la fois, illustrant les deux aspects mentionnés plus haut. Quelques tentatives de dubstep plus inspirées viennent émailler la tranquillité ambiante de l’écoute ici et là. Aucune trace équivalente toutefois des tubes/hymnes qui avaient émergé de ses albums les plus mainstreams : Play, 18 ou encore Hotel, tous encore dans les mémoires. L’espérance de vie paraît plus limitée pour cette galette fleurant bon la musique d’ascenseur. On pourra l’utiliser sans problème en toile de fond d’une réception mondaine sans rebuter le moindre invité. S’il s’agissait de l’opus inaugural d’un jeune bidouilleur, le jugement eut été sans doute plus clément, mais nous parlons ici de Moby, un homme doté d’un talent ne faisant aucun doute. Alors le voir se contenter de produire un son aussi neutre déçoit forcément.

EDITORS – Violence (sorti le 9 mars) ***1/2

L’affirmation

Le parfait exemple du groupe ayant su passer les paliers et atteindre aujourd’hui une forme d’apogée. Ce n’était pourtant pas gagné au vu d’un album initial (The back room, 2005) à la limite du plagiat des grands frères d’Interpol. À l’image d’un Muse s’éloignant très rapidement de son modèle d’origine Radiohead, Editors a ensuite arpenté d’autres terrains, davantage synthpop et électronique que cold wave. Ce sixième effort studio traduit une vraie liberté, une envie de se détacher de toutes les tendances pour conserver l’essence d’une énergie rock personnelle. Du pénétrant Cold en ouverture au vibrant Belong remuant les tripes à n’en plus finir, Editors offre un (court) récital de neuf pistes s’imbriquant parfaitement les unes dans les autres, alternant les explosions pop (l’entêtant Nothingness ou l’imparable Magazine), les hymnes fédérateurs (Violence) et les douces caresses apaisantes (dont No sound but the wind est la plus caractéristique).

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/05/03/editors-laffirmation-chronique-de-lalbum-violence-2018/

JACK WHITE – Boarding House Reach (sorti le 23 mars) *1/2

Cacophonie égotiste

Comment ne pas être nostalgique des White Stripes au vu de la spirale étrange suivie par la carrière solo du membre masculin du binôme ? Si les deux premiers opus solos de Jack White, très teintés classique blues, avaient ravi toute une communauté d’aficionados, sa dernière création laisse sceptique. S’est-il trop pris au sérieux ? A-t-il l’ambition expérimentale démesurée de devenir le nouveau Pink Floyd à lui tout seul ? Son alliage cacophonique offre peu de vrais moments de plaisirs mélodiques. Deux titres à sauver dans ce grand capharnaüm, comme par hasard situés aux deux extrémités : la piste d’ouverture Connected by love, puissante et sexy, et l’avant-dernier titre du disque, What’s done is done, balade ordinaire qui serait passée inaperçue sur un grand album. Or elle apparaît ici comme une respiration bienvenue au cœur du chaos.

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/06/10/jack-white-en-mode-roue-libre-chronique-de-lalbum-boarding-house-reach-2018/

TRUST – Dans le même sang (sorti le 30 mars) *

Dépassé

Trust est au rock français ce qu’est Renaud à la variété, dans le bon comme dans le mauvais : même engagement résolument à gauche, même pertinence durant une décennie dorée, mêmes longs silences entre chaque album depuis vingt ans, et même aspect désuet aujourd’hui. Autrefois avant-gardistes, désormais réduits aux rôles de rebelles enfonçant des portes ouvertes. Aussi cet opus de retour (la formation comptant toujours ses deux fondateurs charismatiques, Bernie Bonvoisin et Norbert « Nono » Krief) regorge des mêmes défauts que ses prédécesseurs des années 2000, censés attaquer le pouvoir politique en place (rappelons-nous le ridicule Sarkoland). Les hostilités démarrent plutôt bien avec un Ni dieu ni maître à l’allure de suite à l’hymne Antisocial, un appel à ne pas se laisser aliéner par le consumérisme. S’ensuivent des pamphlets choisissant la facilité et les dénonciations attendues (Le gouvernement comme il respire, démocrassie, F-haine), le tout assénées sans une dose de finesse. Autant de fiel craché avec vingt ans de retard au minimum. L’uniformité des morceaux empêche toute respiration, sinon la tentative ratée de pénétrer le style cabaret avec J’m’en fous pas mal, particulièrement vieillotte et peu inspirée. Bref, toutes proportions gardées Trust c’est nos Rolling Stones à nous, il vaut mieux réécouter sans fin les grands albums live du groupe plutôt que d’attendre monts et merveilles de leurs productions studio.

ARCTIC MONKEYS – Tranquility Base Hotel & Casino (sorti le 11 mai) **

Un brin trop tranquille

Sixième livraison pour le groupe britannique le plus « in » des deux dernières décennies, des gamins devenus désormais matures et enrichis par de multiples projets parallèles. D’où les cinq ans séparant ce disque de son prédécesseur AM contre un délai de seulement deux ans jusqu’alors. Le sentiment d’urgence n’est plus là, la nécessité de cracher sa bile à la face du monde a forcément reculé d’un cran, mais reste-t-il l’essence rock ? On est tenté de répondre non au vue de l’énorme rupture de style opérée. Les guitares, passent d’omniprésentes à simples figurantes, les morceaux perdent de leur efficacité/rapidité au profit d’un piano classieux et d’arrangements très marquées 70’s. Pour qui était habitué au décollage punchy des titres d’ouverture des précédents albums, le choc à l’écoute du très mollasson Star treatment préfigure la nouvelle identité arborée par le combo d’Alex Turner. À savoir une musique davantage intimiste, atmosphérique, parfois jazzy-blues parfois fleurant bon le Bowie époque glam, Leonard Cohen, quand elle ne lorgne pas carrément du côté « classique » des Beatles. On croirait la bande-son d’une série nostalgique tant cet album nous renvoie d’images de rêveries idéalistes. Les musicos avertis salueront sans doute la métamorphose réussie, en tant que simple fans on regrettera l’apposition du nom Arctic Monkeys sur un univers bien étranger au leur. Citons des références – plus ou moins conscientes – recyclées avec succès pour certains titres, tels Aphrodite’s Child pour le single lyrique Four out of five. Ou les White Stripes période Elephant/Get behind me Satan pour la lunaire She looks like fun. Quelques haltes salutaires pour rendre moins monotone ce voyage singulier.

PANIC!AT THE DISCO – Pray for the Wicked (sorti le 22 juin) **1/2

Théâtral lyrisme

Déjà quinze ans d’existence et six albums studios au compteur pour le très psychédélique groupe synthpop de Brendon Boyd Urie, seul membre fondateur encore présent dans le line up. Mix de nombreuses influences, y compris dance et R’N’B, voilà le type de musique capable de vous décoller de votre fauteuil dés les premières secondes. De parenté vocale évidente avec certains ténors actuels du lyrisme pop/rock (Hawksley Workman, Of Montreal, Rufus Wainwright, Scissor Sisters), Urie continue de nous délivrer des parcelles théâtrales saisissantes tout au long de cet opus à l’enthousiasme délirant. Logique pour cet acteur en devenir monté sur les planches de Broadway à l’été 2017 pour jouer la pièce à succès Kinky Boots. La musique de PATD est susceptible de ravir une foule de club comme un conducteur perdu en pleine route désertique. Si le trip s’avère parfois un poil trop bruitiste et uniforme pour dépasser l’épreuve du temps, il a le mérite de la cohérence avec le manifeste posé par le groupe à ses débuts.

Même défaut que le Franz Ferdinand dernier cru concernant le titre de clôture : le choix désuet de la carte de l’émotion à la R.Kelly, totalement déconnecté de l’ambiance générale de l’album. Une volonté de sérieux sonnant forcément abrupte qui loupe le coche. L’auditeur avisé gardera en mémoire la facette lui convenant le plus.

GORILLAZ – The Now Now (sorti le 29 juin) ***1/2

Cosmique séduction

Conçu il y a vingt ans comme un sas de décompression par Damon Albarn, leader des rois de la britpop Blur, soucieux de bidouiller tranquillement ses délires électro/world music sans en référer à quiconque, Gorillaz est devenu un groupe à part entière. Pour preuve l’accélération de sa production avec déjà un successeur courant 2018 à Humanz, sorti un an plus tôt. Des morceaux écrits/testés/retravaillés en tournée dans un court laps de temps, dans la volonté d’une urgence créatrice ne se perdant pas en réflexions castratrices. Et ainsi mettre fin à la réputation d’être un combo « trop intellectuel pour être intelligible de tous ». Largement comparable au dernier MGMT dans son approche funk/soul fleurant bon les années 1970, The now now devrait réaliser une jonction entre les fans originels (les deux premiers albums contenant des tubes tels Clint Eastwood ou Feel good inc) et les amateurs de ce son vintage addictif. Pas d’arrangements révolutionnaires ou de dissonances tranchées pouvant cliver, mais une formidable synthèse du savoir-faire d’un mélomane amoureux fou de programmation. Humility, classique midtempo dénuée d’artifices technologiques, ouvre le bal tout en douceur tandis que Tranz nous entraîne dans une irrésistible spirale new wave. Nouvelle toile de fond pour la plage suivante, Hollywood, davantage reflet d’influences dub/trip hop sans renier un refrain charmeur au premier degré. Tout est affaire de climat, d’envoûtement subi ou voulu par l’auditeur, immergé dans la bande son d’un film imaginaire constellé d’étoiles. À l’image du single Lake Zurich et ses festives percussions sur fond de course-poursuite funky. Petite baisse de régime en fin d’opus avec l’inutile (et bref) One percent, qui n’altère pas la beauté formelle de l’entreprise, le bien fou ressenti à l’issue de ce voyage.

INTERPOL – Marauder (sorti le 24 août) **1/2

Du sur-place réussi

La date de péremption de la cold wave ne sera pas pour 2018, et sera repoussée aussi longtemps que son groupe étendard, Interpol, la défendra aussi âprement. Avec cet album très inégal, les New Yorkais ne se réinventent pas mais gardent de leur vigueur avec des titres punchy (Flight of fancy, Mountain child) ou des midtempos envoûtants (If you really love nothing, Surveillance). La faiblesse des structures et le manque d’idées guettent au détour de morceaux sonnant comme des gimmicks désuètes (The rover, Nysmaw), comme si le combo de Paul Banks n’avait plus grand-chose à dire. Les amateurs du genre ne s’arrêteront sans doute pas à cet aspect répétitif.

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/11/21/interpol-continuite-oui-mais-chronique-de-lalbum-marauder-2018/

ZAZIE – Essenciel (sorti le 7 septembre) *

Dispensable

Lancé en éclaireur, le single Speed nous promettait une Zazie bien punchy, familière de celle de la trilogie « tout sauf zen » des années 2000 La zizanie/Rodéo/Totem. Gageons que son timbre de voix éraillé laissera toujours derrière lui une partie du public, il n’en reste pas moins l’une des chanteuses francophones les plus populaires des trois dernières décennies. Hélas, elle se tire elle-même une balle dans le pied avec cet opus peu ambitieux, reprenant nombre de ses gimmicks et apparaissant comme paresseux au niveau de ses textes (les jeux de mots éculés de Nos âmes sont ou Dire ce qu’on danse). Ce qui serait apparu pour frais dans la bouche d’une artiste émergente sonne comme suranné de la part d’une vétérane (le faible refrain de Va chercher). Le pire est au rendez-vous en milieu de disque avec le technoïde moche Ma story, limite inaudible. On aurait pu excuser la sortie de route si le reste versait dans la composition fine, hélas le sentiment d’étouffement se poursuit avec le fatigant On s’aima fort. Tout est surproduit, écrase la voix de son interprète, ne laisse pas le temps à une atmosphère de s’installer au bénéfice d’une rythmique lourde ne choisissant pas sa voie entre pop, électro ou bluette. La tentative du climat ténébreux de Garde la pose prête à sourire tandis que Patatras est susceptible de taper sur les nerfs du plus patient des hommes. La suite est du même tonneau, sans cesse tiré vers le bas par son instrumentalisation. Bref un choix tranché en faveur d’arrangements complexes et/ou bruitistes noyant toute velléité mélodieuse et portant un coup fatal au chant « discret » de cette auteure autrefois inspirée.

MYLÈNE FARMER – Désobéissance (sorti le 28 septembre) ***

Différente et cohérente

Onzième album studio pour la plus énigmatique des baronnes de la variété française « de qualité ». Mylène Farmer, l’égérie de toute une communauté de fans fidèles continuant à acheter les disques « à l’ancienne », à aller aux concerts et à la défendre bec et ongles sur tous les réseaux existants, un joyau préservé par un choix de contrôle créatif fort et un usage de la médiatisation à éclipses. Aussi Farmer s’est taillée une place immaculée dans l’industrie musicale, quelque part entre Étienne Daho, Indochine et Polnareff. Au sortir d’années 2000 mitigées (l’oubliable Avant que l’ombre de 2005 en particulier), elle réussit un virage créatif majeur en 2010 avec Bleu noir, opus marquant une première coupure dans sa collaboration avec Laurent Boutonnat au profit de compositions produites par Moby, Archive et Red One. Longtemps l’auditeur se trouvait en terrain connu quand il plaçait un nouveau CD de Mylène Farmer sur sa platine, le voici à présent face à des vents nouveaux, aspect prolongé par Monkey me (2012) et Interstellaires (2015). Quid de ce cru 2018 ? Encore des innovations avec une grosse partie de la composition confiée aux mains du DJ à succès Feder, au style bien à lui, encore qu’il nous rappelle par certains moments Moby (la planante Prière). Farmer a aussi fait appel à la chanteuse LP le temps d’un des meilleurs titres de l’opus N’oublie pas. En termes de sujets abordés, on conserve les thèmes récurrents et l’expression de sentiments diffus où l’ambiguïté règne entre la volonté de vivre plus intensément ou celle d’en finir pour soulager ses souffrances (Parler d’avenir). Et si la dominante électro-pop peut rapidement lasser, elle a le mérite de tendre vers la luminosité, vers une nouvelle maturité, vers l’acceptation qu’on ne peut parler de la même façon de mélancolie à 20, 30 ou…57 ans. Ainsi peut-on lire les différentes auto-citations à ses œuvres précédentes comme un moyen de se détacher en douceur. Oui, elle cite longuement Charles Baudelaire (Au lecteur), oui elle convoque les larmes pour un Retenir l’eau au lyrisme rappelant certains de ses tubes du début des années 1990, oui elle baragouine toujours (plus ou moins bien) anglais ici et là, mais l’ensemble dégage une assurance nouvelle, une sérénité retrouvée. Même son petit règlement de comptes vis-à-vis de la bien-pensance et la presse à scandales (Histoires de fesses) se déroule dans une atmosphère légère voire comique. Une belle leçon pour qui veut rester au goût du jour sans tomber pour autant dans la facilité.

PASCAL OBISPO – Obispo (sorti le 12 octobre) ***1/2

Hommages multiples, artiste définitivement unique

C’est l’histoire d’un chanteur qui avait tout pour être la synthèse parfaite entre Goldman et Bruel, mais a choisi d’explorer d’autres territoires. Au moment de son troisième album (quatrième si l’on compte son introuvable opus de 1990 Le long du fleuve), Superflu, Obispo fait l’unanimité auprès d’une large frange d’amateurs de variété française chic et respectable. Il provoque une adhésion comparable à celle d’un Stromae aujourd’hui, là où le single de son émergence Plus que tout au monde risquait de l’enfermer dans la case « chanteur à minettes ». Au lieu d’opter pour rééditer des formules gagnantes, le Bordelais a dévoilé un éclectisme de plus en plus prononcé, ayant pour conséquence d’espacer/réduire le nombre de ses succès populaires au fil des années (les singles Rosa et 1980 restant ses derniers « tubes »). Le point de rupture intervient véritablement avec la création de son alter ego Captain Samouraï Flower en 2009 pour l’album du même nom, démarquage permettant à l’artiste de donner libre court à ses aspirations profondes d’excentricité et de rock. Depuis, Obispo reste inclassable et moins médiatisé pour ses productions solos que pour les chansons écrites pour d’autres ou ses actions caritatives. Dommage car son audace est vraiment réjouissante à l’heure de la frilosité d’usage de l’industrie musicale. Et disons-le tout net, ce nouvel effort sorti dans un relatif anonymat ne devrait pas élargir son cercle d’adeptes. Volontiers expérimental, atmosphérique, dissonant, déstructuré et rempli de références plus ou moins limpides, le projet a de quoi rebuter l’auditeur en attente de chansons instantanément fredonnables. Le caractère hybride de l’entreprise est renforcé par la présence d’invités prestigieux sur la moitié des titres (Calogero, Christophe, Isabelle Adjani, Benjamin Biolay…), tous ancrés dans un style différent, comme pour confirmer l’hypothèse d’une aventure unique en son genre. Une invitation au voyage s’exprimant clairement dans l’hypnotique morceau d’ouverture Et bleu… en duo avec sa sœur Julie. Ce gentil trip électronique annonce le programme en évoquant dans son texte une bonne partie du fleuron de la culture française. Il est suivi par la cavalcade Rien ne dure incitant à profiter du moment présent en prenant pour exemple le destin tragique de James Dean. La ballade A forthin road poursuit l’analogie mythologique en imaginant un monde réconciliant John Lennon et Paul McCartney. Chante la rue chante est un formidable hymne à la vie, voire à l’insurrection citoyenne (« Chante, allez chante, les pensées qui te hantent, les idées auxquelles tu tiens, chante à tue-tête à la face des puissants, n’aies pas peur de les rendre sourds, ils le sont depuis longtemps. ») rythmé par des percussions et des chœurs africains. Inutile de s’étendre sur Les chansons de Voulzy et Souchon qui remplit vaillamment son contrat d’hommage à ce duo indissociable. La célébration de ses diverses influences via son propre savoir-faire, ainsi peut se résumer l’entreprise, touchant au sublime en milieu d’opus avec le romantique D’accord (collaboration avec Adjani et Youssou N’Dour) et le puissant rock Je rentre, mené tambours battants auprès de Philippe Pascal.

Cet opus s’avère le pendant « adulte » de l’album Studio fan auquel il répond d’ailleurs quatorze ans après avec le titre électrique et électrisant Allons en fan, manifeste de son identité et promesse qu’il conservera la passion comme principal leitmotiv (« Fan de rock, je suis un enfant de mon époque…Tout est toc, j’appuierai jamais sur stop »). La fin de l’album est moins percutante, signalons notamment Amy, consécration plate de la défunte Winehouse, l’inabouti Poète maudit, un vrai/faux duo avec Christophe (ce dernier surgissant seulement quelques secondes en fin de chanson) ou la sympathique Universelle solitude plombée par une revendication humaniste maladroite (et exprimée de manière plus féroce et pertinente par d’autres, cf la chronique sur Saez). En dépit de ce déséquilibre dans l’agencement des titres, l’objet demeure fascinant et oblige à de multiples réécoutes pour en mesurer l’épaisseur. Encore bravo pour cet enregistrement ambitieux et sincère.

JOHNNY HALLYDAY – Mon pays c’est l’amour (sorti le 19 octobre) **

Sortie digne mais pas impériale

Impossible de snober le dernier (et sans doute pas ultime si on se fie aux habitudes des maisons de disques concernant les héros défunts) Johnny Hallyday, bien difficile à considérer en dehors de toutes les polémiques en toile de fond. La superstar de la chanson, et au-delà de la culture française a touché à tellement de styles au cours de sa prolifique carrière qu’on ne peut balayer d’un revers de main la sortie d’un de ses disques. Il y a forcément une petite partie de la musique de Johnny qui nous touchera. Ces dernières années, « L’idole des Jeunes » a choisi de s’entourer de musiciens tendance tels M, Yodelice et Yarol Poupaud pour retrouver une crédibilité rock perdu au fil de décennies 1990 et 2000 très centrées sur de la pure variété. Si l’exercice de style avec le fils Chédid (Jamais seul, 2011) s’était révélé désastreux, le travail avec Maxim Nucci (autre nom de Yodelice) s’est avéré plus fructueux. Pour commencer, un Rester vivant (2014) massif qui rappela toute la puissance enfouie du chanteur, sans doute alors son meilleur album depuis Sang pour sang (1999). Principal compositeur de De l’amour (2016), Yodelice n’a pas complètement réussi la passe de deux pour cause de vieilles sonorités blues/rockabilly omniprésentes. Et en guise de clôture de leur trilogie collaborative, Mon pays c’est l’amour déçoit dans les grandes largeurs. Les espoirs étaient pourtant permis à la révélation du single J’en parlerai au diable, clairement une réponse à J’ai ce que j’ai donné en ouverture de Rester vivant. Le ton confidentiel est magnifié par une ambiance crépusculaire énigmatique, la production est léchée et moderne. Tout l’inverse des morceaux lui succédant, les très années 1960 Mon pays c’est l’amour et Made in rock ‘n’ roll qu’on a l’impression d’avoir entendu au minimum cent fois, et en mieux. Back in LA et L’Amérique de William sont du même acabit, des odes nostalgiques ou hommages trop caricaturaux pour convaincre. Le reste, en dehors d’un inutile Interlude en piste 5, baigne davantage dans la mouvance Johnny récente, à savoir grosse orchestration et puissance vocale. Clairement l’atout numéro un de Tomber encore ou Un enfant du siècle, par ailleurs anecdotiques. Même constat pour la balade Pardonne-moi, correcte mais souffrant de la comparaison avec ses légendaires devancières. Se dégagent nettement du lot l’oppressante 4m2 au texte saisissant et le morceau-testament Je ne suis qu’un homme qui clôt naturellement l’album sous forme de montée mélancolique/épique. Cette seule fin semble avoir pour vocation de réconcilier le monument national avec tous les sceptiques, de dire adieu de la meilleure des façons. De quoi souhaiter que d’obscurs enregistrements ne soient pas déterrés prochainement…

RICHARD ASHCROFT – Natural Rebel (sorti le 19 octobre) *1/2

Gentiment ennuyeux

En voilà un qui ne se soucie plus de plaire depuis longtemps, n’atteignant plus la reconnaissance du grand public depuis l’exceptionnel Urban Hymns (1997), réalisé au sein de The Verve. Et mine de rien, Ashcroft enchaîne les albums pour construire une carrière solo devenant plus importante que la discographie du groupe dont il est issu, le tout avec une liberté artistique rappelant le parcours de Morrissey au sortir du succès météorique des Smiths. Le Britannique a depuis un moment laissé de côté la dimension pop/rock de ses deux premiers efforts solos (Alone with everybody en 2000 et Human conditions en 2002) pour s’ancrer dans un folk classique et classieux. Pris individuellement, les morceaux se laissent écouter et du romantisme émerge parfois l’émotion (That’s how strong, la piste 4, se détache assez nettement dans ce registre). Les huit premières plages sont hélas trop uniformes pour capter l’attention de l’auditeur, d’où un sentiment de gêne nous envahissant peu à peu. À l’image du commentaire concernant le dernier Arctic Monkeys, la seule magnificence de la voix d’Ashcroft, évoquant Dylan comme celles des plus grands crooners, ne suffit pas à transcender un fond plat. En toute fin de disque, les guitares s’énervent enfin le temps de deux chansons : le lyrisme 80’s de Streets of Amsterdam et l’agressivité jouissive de Money money. Un finish rassurant sur le potentiel rock d’Ashcroft, et d’autant plus intrigant quant à l’orientation musicale choisie. Ou comment est-il passé de la Bitter sweet symphony à la trop pâle mélodie.

PRODIGY – No Tourists (sorti le 2 novembre) **1/2

Inchangés par l’épreuve du temps

Il est forcément dur de se plonger dans l’écoute du dernier (au sens d’ultime?) disque des rois de la dance hardcore (big beat diront d’autres) au vu de la triste nouvelle surgie en cette fin d’hiver 2019 : le suicide de son leader vocal Keith Flint, l’homme en grande partie responsable du bond en notoriété du groupe avec son troisième album, Fat of the land, en 1997. À vrai dire, les amateurs de rave attendent encore aujourd’hui un successeur digne de ce chef d’œuvre ayant failli coûter la cohésion à ses créateurs. Un long hiatus avait suivi, les membres ne sachant comment rebondir face à l’immense succès public inattendu. Si la longévité des tournées a toujours été privilégié à la régularité des productions studios, le combo anglais a délivré néanmoins sa septième galette en fin d’année 2018. Au programme un son fidèle à leurs identités multiples, issues d’influences metal (Rage Against The Machine), rap (Public Enemy), électronique (Chemical Brothers) voire de moins avouables contemporains créant des hymnes pour dancefloors. Alors, comment ne pas mettre en exergue le malentendu qui aura accompagné le groupe toute sa carrière ? Structures s’éloignant trop des codes traditionnels pour les amateurs de rock, morceaux trop mélodiques pour les fans de techno, Prodigy souffre d’un manque d’ancrage mainstream. Et réjouissons-nous en, il ne s’est jamais soucié de clarifier la donne, a semblé exister sans tenir compte de ce qui se faisait autour de lui. Un morceau comme Timebomb zone, placé au cœur de ce nouvel opus, est clairement déconnecté de son époque avec ces stridentes alarmes, égrenage de comptes à rebours et son backing vocal so 90’s. Assurément pas le plus inspiré du lot. Heureusement la volonté de conserver beats ultrarapides et vocoders vieillots se marie avec l’aspect euphorisant/dansant de la plupart des autres pistes. L’univers labyrinthique de Need some 1 nous renvoie à l’âge d’or des jeux-vidéos de plateformes dans les années 1990 (aspect constatable sur d’autres pistes), tandis que Light up the sky se permet l’autocitation avec un passage évoquant clairement le tube Breathe. Tout en compliquant sa composition de multiples ingrédients en deuxième plan, We live forever s’avère un hymne accrocheur dés ses prémisses, une énergie folle s’en dégage. Le titre No tourists marque une certaine prise de distance, un des rares moments où le climat prend le dessus sur la puissance. Cela restera une exception au sein d’un disque bien équilibré. En de rares augures, le surplus de couches sonores s’avère rédhibitoire tel ce Champions of London assommant, mais pas de quoi gâcher l’écoute globale. Mettons en avant la bombe à retardement Resonate, brillant assemblage entre lugubre et fantaisie. Au final un album idéal pour le fan occasionnel ayant perdu de vue le groupe depuis le triomphal Fat of the land.

MUSE – Simulation Theory (sorti le 9 novembre) **1/2

Du mieux mais…

Toujours cette frustration à l’écoute d’une nouvelle galette du trio issu de la région anglaise du Devon. Toujours le même diagnostic : pas mauvais, mais tant en deçà du potentiel et de la qualité présente dans les premières productions du groupe. Comment se satisfaire de voir un ancien monstre du rock heavy lyrique se reconvertir en simple machine à tubes pop ? La carrière du groupe se divise désormais clairement en deux époques, matérialisée chacune par quatre albums : une phase ascendante avant-gardiste basée sur des arrangements électroniques ambitieux, une batterie de plus en plus puissante et un chant remuant les tripes (de Showbiz à Black holes and revelations inclus) et une phase conformiste entraînant le groupe dans le ventre mou des productions de son époque (de The Resistance à ce Simulation Theory). Répétons-le, tout n’est pas à jeter dans ce Muse édition 2018, relevons particulièrement les trois premières pistes bien construites et ce Blockades massif, le manque d’enthousiasme de la réception vient seulement du fait de voir un groupe autrefois novateur rentrer dans le rang.

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/12/11/muse-toujours-aussi-mitige-chronique-de-lalbum-simulation-theory-2018/

SMASHING PUMPKINS – Shiny and oh so Bright Volume 1 (sorti le 16 novembre) ***

Bonne surprise

Même si à l’allure de service minimum (un bref album de huit titres), le retour du gang originel des Citrouilles, la bassiste D’Arcy en moins, s’avère comme l’une des belles surprises de 2018. C’est un peu comme retrouver des amis après un long hiatus, et constater qu’ils ont seulement changé à la marge. Ici l’identité musicale des Smash années 1990 est préservée : chant nasal caractéristique de Billy Corgan, réverbérations bienvenues et effets de contraste entre la mélancolie des textes et l’aspect entraînant de la rythmique. Cependant, le groupe assume son âge adulte, recrache son malaise d’autrefois avec des perspectives nouvelles, éminemment plus positives et emplies de la force de l’expérience.

Voir l’analyse détaillée de la tracklist ici : https://lecrivant.com/2018/12/27/smashing-pumpkins-melancolie-sans-tristesse-infinie-chronique-de-lalbum-shiny-and-oh-so-bright-volume-1-2018/

SAEZ – #Humanité (sorti le 30 novembre) ****1/2

Au sommet de son art

Plus indépendant et prolixe que jamais, Damien Saez vient de signer ses vingt ans de carrière avec un 11e album des plus efficaces. À la fois dans la continuité du triple Lulu (2017) et plus familier encore avec le controversé J’acccuse (2010). Sur le principe indémodable des variations sur le même thème, le (plus) très jeune homme déchaîné continue de dénoncer inlassablement les maux de notre société si connectée qu’elle en oublie l’essentiel. Et il déroule une trame narrative percutante, de plus en plus agressive au fil du temps, en parfaite adéquation avec le chaos de son temps. Là où son opus inaugurale Jours étranges (1999) regrettait seulement la tendance déclinante des rapports sociaux, la fatalité règne cette fois à l’image de l’explosif Humanité en ouverture, véritable mise à mort répondant au diagnostic posé par Les anarchitectures en intro de J’accuse. Saez a désormais la maturité pour aller au-delà du constat et se mouvoir en témoin voire en prophète de son époque (La mort, anticipation hallucinante du mouvement actuel des Gillets Jaunes). Mais la ferveur des textes ne serait rien sans une orchestration rock magistrale. L’artiste convoque toutes ses grandes influences pour aboutir à une énergie unique, à l’image de La guerre des mondes assimilable à du Doors sous ecstasy ou de P’tite pute faisant largement écho à L’homme pressé de Noir Desir. C’est d’ailleurs son œuvre la plus ouvertement culture « française » depuis Debbie (2004), car d’autres références transpirent lors de morceaux qu’on peut qualifier de plus « légers » : Elle aimait se faire liker réussit l’alliage entre la fougue du Matmatah des débuts et l’aspect dansant de Louise Attaque ; La midtempo L’attentat avoue carrément sa filiation avec l’univers Mano Negra/Manu Chao ; et que dire de ce Burqua qui n’aurait pas dépareillé sur un opus des Wampas ? La plage de conclusion Ma religieuse, se situe davantage en terrain connu, suite inavouée de Ma petite couturière sur Messina (2012), dramatique et festive à la fois.

Exploit rare réalisé par Saez : sortir son album le plus radical sur le fond et le plus accessible sur la forme. Pour un peu que des DJ scrupuleux se penchent sur l’opus, on pourrait retrouver des chansons envoûtantes comme P’tite pute ou La belle au bois sur les pistes de danse. Et d’assister au numéro paradoxal des bimbos raillés dans les paroles reprenant en chœur : « J’ai pas l’intelligence, j’ai l’artificiel, si j’ai pas la vertu, j’ai le virtuel ».

POLNAREFF – Enfin ! (sorti le 30 novembre) **

Mitigé, forcément mitigé…

28 ans, soit l’écart insensé séparant la sortie de l’album studio Kama Sutra de son successeur, fruit de nombreuses boutades depuis ses premières évocations, y compris par l’artiste lui-même comme le prouve le titre final de l’œuvre. Les premiers échos critiques étaient alarmants, dénonçant un patchwork foutraque dénué d’inspiration, une catastrophe industrielle à mettre en relief avec ce long mutisme discographique. Alors, est-il si mauvais ce nouvel opus ? Sans rejoindre le clan des inconditionnels qui trouveront génial la moindre vocalise de l’auteur de Lettre à France, j’irai dans le sens d’une appréciation plus nuancée. Ni désastre, ni chef d’œuvre, un assemblage de morceaux hétéroclites donnant certes un effet bancal à l’ensemble tout en restant fidèle à l’univers déjanté de ce véritable OVNI de la variété française. Sa panne d’inspiration, l’homme aux lunettes fumées l’assume littéralement durant la piste 6 Longtime, paradoxalement la plus dansante et le seul potentiel tube de la galette. Autre titre phare, la déjà connu L’homme en rouge, hymne grandiloquent et inquiétant autour du père noël révélé fin 2015 (la sortie du LP étant censé être imminente à ce moment-là). L’émotion nous traverse allègrement durant Dans ta playlist, hommage énamouré à ses fans, et ce malgré un timbre de voix balbutiant et des artifices modernes (autotune) malvenus. L’intro bluesy/psychédélique Phantom , plage instrumentale progressive de quasi 11 minutes témoigne de l’ambition toujours intact du chanteur de légende. Hélas, le reste n’est pas de cet acabit : deux autres pistes sans chant regrettables, la discoïde dépassée Louka’s song et l’irritante conclusion Agua Caliente ; la caricaturale Sumi, se complaisant dans du sous-Gainsbourg en termes de jeux de mots et dans un rythme désuet ; le slow plombant Grandis pas ; la vieillotte Positions, suite indigne de Kama-sutra ; le cri écologiste maladroit Terre happy que l’on aurait souhaité entendre trente ans plus tôt ; enfin, cerise sur le gâteau, le nouveau mix du morceau Ophélie flagrant des lits, déjà publié dans une compilation en 2006, entre la chanson paillarde, Pierre Perret (chœurs d’enfants exténuant) et du mauvais Indochine, se voulant provocante et se révélant simplement ridicule.

Alors, 28 ans d’attente pour ça ? On peut comprendre la frustration sans nier les intentions louables de l’artiste, pas loin de créer le mix ultime de sa riche carrière à base d’expérimentations et de captation des sons d’une époque. Sans doute rêvait-il de créer son Random Access Memories (Daft Punk) ou un assemblage bluffant à la manière du Aimer ce que nous sommes de son contemporain Christophe, il aura seulement mis fin à trois décennies de silence. Et si la solution serait cette fois de donner une suite rapide à cet opus sincère mais poussif ?

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