Critiques Cinéma Février-Mars 2019

La période hivernale se prête généralement aux films majeurs, et cette année n’a pas fait exception avec des nommés aux Oscars qui justifient largement leur rang (Vice, La favorite) tandis que certains auteurs attendus au tournant donnent dans la répétition maladroite (Xavier Dolan avec Ma vie avec John F Donovan et Bertrand Blier avec Convoi exceptionnel). D’autres ont pour saine ambition de nous divertir (Walter, Nicky Larson), parfois sans maîtriser la manière (Sang froid, Escape game) ou en revêtant une belle forme sans aucun fond (Captain Marvel). Bref, beaucoup de diversité dans les salles obscures ces derniers mois.

L’ORDRE DES MÉDECINS (France, sorti le 23 janvier 2019) de David Roux, avec Jérémie Renier, Marthe Keller, Zita Hanrot… *1/2

Éprouvante agonie

Simon, 37 ans, est un médecin aguerri. L’hôpital, c’est sa vie. Il côtoie la maladie et la mort tous les jours dans son service de pneumologie et a appris à s’en protéger. Mais quand sa mère est hospitalisée dans une unité voisine, la frontière entre l’intime et le professionnel se brouille. L’univers de Simon, ses certitudes et ses convictions vacillent…

Marre des séries médicales sophistiquées où l’on ne vous épargne rien des termes scientifiques et des diverses coucheries des protagonistes ? Ce film est pour vous…enfin peut-être. Car à y regarder de plus près, on ne sait pas bien à qui s’adresse ce drame personnel, filmé de manière pudique, réaliste, à portée d’homme, soit à tout le monde soit à personne. Les prémisses nous laissent envisager une plongée complète dans l’univers hospitalier, une certaine façon de dépeindre l’envers du décor, et nous font croire vingt bonnes minutes avoir affaire à une fiction complémentaire de l’œuvre de Thomas Lilti (Hippocrate, Médecin de campagne, Première année). Le sujet est soudainement balayé : ce n’est pas le récit du quotidien exigeant d’un chirurgien de renom dont il s’agit, mais de la chute de son piédestal une fois le drame venu frapper à sa porte. Plus que de sa mère luttant contre une mort inéluctable, c’est de sa souffrance dont il est question durant ce long-métrage de 90 minutes en paraissant bien 120. Car aussi bien soit rendue l’émotion et la colère intérieure de Jérémie Renier, on finit par décrocher devant la redondance des scènes, ces traversées de couloirs lugubres sur fond de musique d’ascenseur stressante ou ces visites où les regards disent davantage que les mots. Pour un peu on culpabiliserait du malaise ressenti sur le plan cinématographique, tant les intentions du réalisateur sont louables et ses acteurs irréprochables par ailleurs. Au-delà du traitement allongeant le temps jusqu’à devenir exténuant, on peut s’interroger sur la pertinence du choix du media « cinéma de fiction » pour décrire au mieux le sujet. Sans parler du titre qui ne sert pas le réel thème, car Simon n’opère pas de véritable remise en cause, il met seulement sa vie professionnelle en stand by pour accorder toute sa disponibilité au drame familial. Un choix somme toute humain…et banal.

NICKY LARSON (France, sorti le 6 février 2019) de Philippe Lacheau, avec Philippe Lacheau, Élodie Fontan, Tarek Boudali … ***1/2

Fidélité absolue au produit originel

Nicky Larson est le meilleur des gardes du corps, un détective privé hors-pair. Il est appelé pour une mission à hauts risques : récupérer le parfum de Cupidon, un parfum qui rendrait irrésistible celui qui l’utilise…

La peur guettait dans toutes les chaumières des fans de la première, deuxième et troisième heure de City Hunter, manga emblématique popularisé en France par le Club Dorothée et demeuré ancré dans la mémoire collective. Des bande-annonces un brin lourdingues attisaient davantage les craintes. Or il suffit d’une scène d’ouverture à la fois drôle et efficace pour balayer ces doutes. S’ensuit courses-poursuites, tranches de vi(c)e et jeux de séduction sur fond hyper référencé. Ainsi sommes-nous surpris des nombreux clins d’œil adressés à des dessins animés de la même génération, d’apparitions plus ou moins furtives de héros de nos enfances (parole de trentenaire) et de la richesse de la mise en scène sur le plan technique. Philippe Lacheau est visiblement adepte du manga et a su le transposer dans un cadre parisien tout en conservant tous les codes de l’univers original. Et au-delà il signe une véritable comédie d’action auquel le cinéma français ne nous habituait plus. Loin d’être une formalité pour le jeune leader de « La Bande à Fifi », acteur-réalisateur tapant allègrement dans le gras avec ses Baby sitting et Alibi.com. Les quelques résidus de cet humour « maison », essentiellement concentrés par les personnages secondaires, ne gâchent pas la saveur d’ensemble de voir la première adaptation d’animé réussie depuis belle lurette.

LA FAVORITE (Angleterre/États-Unis/Irlande), sorti le 6 février 2019) de Yorgos Lanthimos, avec Olivia Colman, Rachel Weisz, Emma Stone… ***

Classicisme conquérant

Début du XVIIIème siècle. L’Angleterre et la France sont en guerre. Toutefois, à la cour, la mode est aux courses de canards et à la dégustation d’ananas. La reine Anne, à la santé fragile et au caractère instable, occupe le trône tandis que son amie Lady Sarah gouverne le pays à sa place. Lorsqu’une nouvelle servante, Abigail Hill, arrive à la cour, Lady Sarah la prend sous son aile, pensant qu’elle pourrait être une alliée. Abigail va y voir l’opportunité de renouer avec ses racines aristocratiques. Alors que les enjeux politiques de la guerre absorbent Sarah, Abigail quant à elle parvient à gagner la confiance de la reine et devient sa nouvelle confidente. Cette amitié naissante donne à la jeune femme l’occasion de satisfaire ses ambitions, et elle ne laissera ni homme, ni femme, ni politique, ni même un lapin se mettre en travers de son chemin.

Impossible de considérer cette histoire de rivalités féminines autour d’une reine de pacotille sans convoquer les grandes références du genre. Film de costumes sur fond de musique classique, doté d’une esthétique soignée et rempli de scènes éclairées à la bougie, on pense bien évidemment à Barry Lyndon, et au-delà à l’application d’une formule académique ayant fait ses preuves. Passé ces impressions de déjà vu empêchant le film d’acquérir un caractère unique, on se laisse volontiers happé par ce trio d’actrices aux traits si différents, alternant fragilité, fougue, art de la manipulation et charme authentique. Si Olivia Colman (la reine Anne) incarne le pouvoir autour duquel va se déclencher les passions, la richesse des enjeux tient davantage aux jeux alambiqués de Rachel Weisz (Lady Sarah) et Emma Stone (Abigail Hill), étonnamment considérées comme des seconds rôles aux yeux de l’académie des Oscars. Le spectateur est successivement ballotté par leurs diverses manœuvres, se retrouve tout aussi dindon de la farce que la reine, incapable de prendre parti pour l’une ou l’autre grâce à un schéma narratif refusant tout manichéisme. Cet aspect doit autant au scénario qu’à la vista du réalisateur grec Yorgos Lanthimos (The lobster, Mise à mort du cerf sacré) qui s’amuse à brouiller les cartes en magnifiant ou réduisant ses cadres, son rythme, ses personnages, rendant parfois beau le malsain et laid les moments censés traduire de la fraîcheur. Aussi sommes-nous pris à l’estomac par la séquence tyrannique concernant un inoffensif lapin ou troublés par la distorsion entre la grossièreté de la reine et la convoitise générée. Comme par ce film qui séduit en refusant la tendresse, envoie de bonnes vibrations tout en consacrant la cruauté, joue de faux-semblants pour persuader de sa vérité.

VICE (France, sorti le 13 février 2019) d’Adam McKay, avec Christian Bale, Amy Adams, Steve Carell… ****

La consécration du fictiomentaire

Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l’homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd’hui…

Oubliez tous les brûlots politiques sortis ces trente dernières années, en particulier ceux sans finesse de Michael Moore, voici le renouveau d’un genre mixte épousant tous les codes de la fiction pour mieux revenir de manière acerbe sur un pan important de l’histoire guerrière des États-Unis. Enfin un successeur digne de ce nom pour palier à la baisse de régime du vieux Oliver Stone. Car n’ayons pas peur des termes, ce long-métrage signé Adam McKay (Very bad cops, The big short) est un petit bijou de créativité transcendant largement son point de départ de biopic. Le ton employé convoque une évidente familiarité avec la série à succès House of cards ou, plus loin de nous, avec le métrage Lord of war, tous empreints de cet art du dosage pour gagner la complicité du spectateur, savoir le faire rire avec un propos grave. À la différence que là où la séduction tenait beaucoup aux prestations de Kevin Spacey et Nicolas Cage, celle de Vice provient des ressorts scénaristiques et des folles idées de mises en scène. La séquence du menu annonciateur dans le restaurant a ainsi de bonnes chances de rentrer dans les annales du genre. Tout en pourfendant les idéaux mortifères de ses protagonistes, le film ne nie jamais leur humanité ou leur complexité. Pour preuve les réactions bienveillantes de Cheney envers sa fille sortant de son cadre électoral ou les errements d’un Georges W. Bush, dépeint certes une nouvelle fois comme un pantin mais sans la moindre part belliqueuse. Les ficelles narratives sont nombreuses et rebondissent sur des actualités plus récentes (Trump, fake news, journalistes vs peuple) à l’image de ces débats enflammés entre citoyens considérés comme échantillon représentatif. Des échanges à savourer jusqu’au bout du bout du générique de fin, ultime surprise de cette petite merveille quasiment repartie bredouille de la dernière cérémonie des Oscars (un seul prix pour huit nominations).

ESCAPE GAME (États-Unis/Afrique du Sud, sorti le 27 février 2019) d’Adam Robitel, avec Taylor Russell McKenzie, Logan Miller, Deborah Ann Woll… **1/2

Un cran en-dessous de ses modèles

Six personnes se retrouvent dans une situation incontrôlable où seule leur intelligence leur permettra de survivre.

Escape game ou la preuve que l’on peut se passer de bons acteurs et de la moindre originalité du moment que l’on s’appuie sur un concept suffisamment travaillé et ancré dans son temps. Bien sûr on ne parle pas ici de chef-d’œuvre ou tour de force, mais d’un cinéma récréatif (et c’est déjà beaucoup) assumé dans la mouvance de la saga Saw. Ce dernier apparaît comme son modèle vertueux, ne serait-ce que pour ce machiavélisme multi-facettes où des victimes se montrent aussi détestables que leurs bourreaux. Le spectateur se laisse manipuler volontiers par la succession de pièges et les humeurs changeantes des personnages, venant même à souhaiter la mort de certains. Les quelques astuces scénaristiques apparaissent suffisamment crédibles pour nous maintenir en haleine jusqu’à la conclusion. Celle-ci ne satisfera pas une frange du public car ne contenant pas de réponse explicite, on peut a contrario la percevoir comme une ouverture nécessaire, un choix salvateur de laisser une interprétation libre. Garder une part de mystère, un peu comme l’avait fait le premier Cube, autre référence évidente. Espérons que les probables suites à gros budget ne gâchent pas la sensation de fraîcheur dégagée par ce premier volet sobre, trappe classique dans laquelle sont tombés ses aînés.

SANG FROID (États-Unis, sorti le 27 février 2019) de Hans Petter Moland, avec Liam Neeson, Tom Bateman, Tom Jackson… *1/2

Galéjade boursouflée

Bienvenue à Kehoe, luxueuse station de ski du Colorado. La police locale n’y est pas franchement très sollicitée jusqu’au jour où le fils d’un conducteur de chasse-neige, Nels Coxman, est assassiné sur ordre de viking, un baron de la drogue. Armé d’une rage implacable et d’une artillerie lourde, Nels entreprend de démanteler le cartel de Viking. Sa quête de justice va rapidement se transformer en une vengeance sans pitié. Alors que les associés de Viking « disparaissent » les uns après les autres, Nels passe d’un citoyen modèle à un justicier au sang-froid, qui ne laisse rien – ni personne – se mettre en travers de son chemin.

Ne fait pas du Tarantino ou du Coen qui veut, ainsi peut-on tirer le constat à la sortie de ce bien mauvais western enneigé, censé être lu au sixième degré mais s’avérant ridicule au premier. Hélas celui auquel on est réduit à le percevoir, la faute à une alternance de ton grave et léger, censé émouvoir (grossièrement) ou faire rire de situations grotesques et mal amenées. En fait il faut attendre l’ultime chute pour comprendre enfin qu’on se trouvait dans une pochade…à quoi bon alors cette première demi-heure hyper sérieuse ? À quoi bon cet éparpillement de personnages pour un enjeu si primaire ? Rien ne justifie ce plaisir d’empiler les cadavres dans un processus manquant de fulgurance, provoquant la gêne et l’incompréhension. Il manque le côté fun du nanar ou la grandiloquence des comédies d’action 80’s/90’s des Stallone et Schwarzy. Il faut dire qu’un Liam Neeson des plus inexpressifs n’aide pas à sauver la mise. Reste la beauté du cadre montagnard du Colorado, longuement mis en avant tout au long des virées du chasse-neige. Suffisant pour une carte postale vidéo des lieux, pas pour porter un film sur la durée.

CAPTAIN MARVEL (États-Unis, sorti le 6 mars 2019) d’Anna Boden et Ryan Fleck, avec Brie Larson, Samuel L. Jackson, Jude Law… *1/2

En tout point inutile

Captain Marvel raconte l’histoire de Carol Danvers qui va devenir l’une des super-héroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se révèle l’enjeu d’une guerre galactique entre deux races extraterrestres.

Un mois avant le très attendu Avengers Endgame, il convenait de tirer le portrait de l’héroïne se signalant comme « le dernier espoir » à la fin d’Avengers Infinity War. D’où vient-elle ? Quel est son domaine de prédilection ? Comment s’exerce son pouvoir ? Le long-métrage paraissait cousue de fil blanc, ce dont les scénaristes semblent avoir pris conscience en optant pour une déconstruction chronologique. Nous découvrons en effet le personnage intégré à une équipe, toutefois miné par une amnésie. D’où l’utilisation du prétexte de sa recherche d’identité pour mieux renseigner le spectateur sur ses origines et sa vocation de sauveuse. Deux problèmes émergent très vite : l’un sur le fond pourrait se résumer en la trop grande puissance du personnage, quasiment sans limites ; l’autre sur la forme, en l’occurrence le ton mièvre d’ensemble, le mode câlinothérapie adopté par Marvel avec ses fans se traduisant par celui de Brie Larson avec sa vieille amie retrouvée. Rajoutez à cela une gamine surdouée donnant des leçons de vie à sa mère, un Nick Fury sans charisme et un chat atypique dont on devine aussitôt l’importance, et vous obtiendrez un récit bancal. Tout cela manque cruellement d’épaisseur, en particulier si on met cette origin strory en parallèle avec celle d’Iron Man ou de Docteur Strange. La volonté d’infantiliser le public transpire de plus en plus belle chez Marvel, souhaitons que la scène d’importance post-générique (meilleur moment du film) préfigure le ton plus martial que conviendra d’adopter le prochain opus.

LE MYSTÈRE HENRI PICK (France, sorti le 6 mars 2019) de Rémi Bezançon, avec Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz… ***1/2

Envoûtement total

Dans une étrange bibliothèque au cœur de la Bretagne, une jeune éditrice découvre un manuscrit extraordinaire qu’elle décide aussitôt de publier. Le roman devient un best-seller. Mas son auteur, Henri Pick, un pizzaïolo breton décédé deux ans plus tôt, n’aurait selon sa veuve jamais écrit autre chose que ses listes de courses. Persuadé qu’il s’agit d’une imposture, un célèbre critique littéraire décide de mener l’enquête, avec l’aide inattendue de la fille de l’énigmatique Henri Pick.

Ceci n’est pas une simple adaptation d’un livre, c’est une enquête champêtre, un thriller littéraire de haute volée mené tambours battants par son héros, Fabrice Luchini, plus solaire que jamais sans avoir aucunement à forcer son talent. Les bases sont très bien posées avec l’extrait de cette fausse émission TV où l’on dévoile en une minute quatre protagonistes majeurs : le critique littéraire à la parole sacrée, l’auteur en attente de reconnaissance, sa petite amie travaillant dans une maison d’édition et le livre en lui-même. Sachant que par la suite on rebondit sur cette bibliothèque des manuscrits refusés (basée sur des faits réels) et le chef d’œuvre qu’elle abrite. La part romantique de tout spectateur voudrait alors croire à cette fable d’un pizzaïolo écrivain à ses heures perdues, ainsi déteste-t-on dans un premier temps ce stéréotype du Parisien cultivé et sûr de sa supériorité qui prétend tuer dans l’œuf ce rêve éveillé. Mais rapidement on se range à ses côtés pour débusquer les failles de cette histoire trop belle pour être vraie. L’hommage au monde du livre est de rigueur, tout en ayant le bon goût d’éviter de l’opposer à d’autres domaines et ne pas tomber dans la grandiloquence. Si le name droping s’immisce avec talent (Proust et ses « listes de courses qui avaient de la gueule »), il n’envahit pas l’enjeu principal. Aussi rien ne gâche l’avènement du twist, du genre évident à débusquer avec le recul alors que joliment brouillé à la première vision. La Bretagne sert de joli décor à cette traque idéaliste, incarnée aussi bien par Luchini que par Marc Fraize en fondateur de cette librairie de la deuxième chance, présenté dans une fausse archive INA parfaitement crédible. Humour fin, scénario tenant ses promesses, mise en valeur du terroir national, appétit littéraire aiguisé, ce film coche toutes les cases avec sérieux. De quoi entretenir la passerelle cinéma/littérature au lieu de les opposer.

MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN (Canada, sorti le 13 mars 2019) de Xavier Dolan, avec Kit Harrington, Jacob Tremblay, Susan Sarandon… **

Une redite maladroite

Dix ans après la mort d’une vedette de la télévision américaine, un jeune acteur se remémore la correspondance jadis entretenue avec cet homme, de même que l’impact que ces lettres ont eu sur leurs vies respectives.

L’évènement semblait prévu et acquis de longue date : Xavier Dolan présenterait une nouvelle fois son œuvre au festival de Cannes, s’inscrivant dans la lignée de ces cinéastes chouchous dont le seul nom garantit une présence sur la Croisette, avec tant qu’à faire de bonnes chances de décrocher des distinctions. Or, surprise, une post-production à rallonge excluait ce dernier opus de candidature. Victime principale de ces retouches, Jessica Chastain, dont le rôle fut purement et simplement supprimé. Et malgré cette coupe franche, le film atteint tout de même les deux heures. Sans que tout semble indispensable, et sans pour autant délivrer des connexions et explications claires entre ses différents temps de narration. Faute de renouveler les thèmes qui lui sont chers (relation conflictuelle mère/fils, homosexualité contrariée, maladie mentale non nommée), Xavier Dolan a choisi de modifier la forme, or sa chronologie éclatée peine à gagner notre intérêt et apparaît rapidement comme factice. Comment croire à la magie de cette correspondance si on ne nous persuade pas du caractère surdoué de cet enfant expansif (son exultation devant sa série TV préférée reste un moment fort) ? Comment avoir la moindre empathie pour cet acteur frustré si on ne développe pas plus son registre de jeu et/ou explique pas d’où il (re)vient ? Plusieurs scènes sont mal amenées et gênantes : ce dîner familial détestable où tout sonne faux et caricatural, ce pétage de plombs incompréhensible de John F sur un technicien doublé d’un soudain problème d’audition jamais évoqué auparavant, le tout filmé en flou/obscur. Comme pour appuyer un peu plus la dimension surréaliste de la chose. Même étonnement devant le revirement soudain du lien entre Ruppert et la journaliste, passant de la confrontation à l’affection sans que rien ne le justifie. Bref, c’est l’ensemble de la construction qui sonne bancal et ne provoque aucune empathie. Tout n’est pas à jeter pour autant, les acteurs principaux sauvent les meubles par leur sobriété, le fond musical est assez riche pour nous raccrocher régulièrement, autant que certaines scènes salvatrices telles les confidences de John F à son frère attentionné. Ce film peut même constituer une porte d’entrée intéressante pour quelqu’un ne connaissant pas le cinéma de Dolan, toujours empreint de sa patte mais victime de sa structure. Sur une forme nouvelle, Ma vie avec… reprend tous ses ingrédients et le place déjà dans la classe des réalisateurs reproduisant toujours le même film (Almodovar, Allen, Burton). Si user de variations sur les mêmes thèmes n’est pas gênant en soi, refaire la même chose pour un moins bon rendu n’est pas pertinent.

CONVOI EXCEPTIONNEL (France, sorti le 13 mars 2019) de Bertrand Blier, avec Gérard Depardieu, Christian Clavier, Farida Rahouadj, Audrey Dana, Sylvie Testud… *1/2

Absurde dans le mauvais sens du terme…

C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Loin de sa bande-annonce nous promettant une bonne tranche de rire via le processus courant du « film dans le film », le dernier (et peut-être ultime) Bertand Blier s’avère un pensum mou, prétentieux, sans la moindre envergure ou considération pour le sujet qu’il était censé traité. Passé un premier quart d’heure assez vif incitant le spectateur à s’engager dans une réflexion auprès du duo principal (composé de nos monstres sacrés Depardieu-Clavier), encore que la métaphore du caddie vide au début soit peu fine, le fil est rompu par manque de consistance. Dans le même registre, Laurent Baffie avait eu le mérite avec Les clefs de bagnole d’assumer le caractère mineur de son intrigue. Ici, la provocation se confond à l’arrogance, tant l’auteur derrière le récit du récit derrière le récit (etc) semble persuader de son génie. On espérait une loufoquerie semblable au Grosse fatigue de Michel Blanc, ou même dans l’esprit Les acteurs du même Blier, on en garde que l’ossature sans le contenu. Aucun angle pertinent ne survient des situations burlesques s’enchaînant sans cohérence, empêchant de comprendre le message souhaitant être diffusé : hommage au cinéma ? Testament ? Dérision face au caractère éphémère de l’existence ? Là où le peu lisible Trop belle pour toi avait pour lui sa truculence et le plaisir évident pris par son casting, on ne ressent pas ici d’alchimie entre les acteurs, ni la jouerie de l’auteur. Pour preuve une scène finale où Depardieu nous décrit en long et en large une recette de cuisine, comme une façon de donner corps à l’expression « si bon qu’il pourrait se contenter de lire l’annuaire pour capter l’attention ». Comme une chute au goût amer pour la contribution majeure de Blier au cinéma hexagonal, une façon de se tirer une balle dans le pied, de gommer les dernières vélléitées de fans souhaitant défendre sa cause.

WALTER (France, sorti le 20 mars 2019) de Varante Soudjian, avec Issaka Sawadogo, Alban Ivanov, Judith El Zein… **1/2

L’anti Casa Del Papel

Pour Goran et son équipe de braqueurs amateurs, le plan était presque parfait : pénétrer de nuit dans un hypermarché pour dévaliser une bijouterie. Mais ces « bras cassés » n’avaient pas prévu l’arrivée d’un vigile pas comme les autres : Walter, un ex-chef de guerre africain qui va les envoyer en enfer…

Voilà un film qui n’a pas la prétention d’être plus que ce qu’il n’est : une comédie de braqueurs amateurs, presque un genre en lui-même. Sans atteindre la quintessence des pieds nickelés de J’ai toujours rêvé d’être un gangster, ce Walter est tout aussi réjouissant. Aussi imparfait soit-il, aussi cartoon soit-il sur certaines séquences, aussi décalé soit-il avec son époque, aussi surréaliste soit la puissance de cet ex-militaire devenu vigile ordinaire. L’intrigue est facile à comprendre, on se concentre plutôt sur les personnages, dont la troupe comique des Deguns et l’irrésistible Alban Ivanov en chef de commando hirsute. La star reste néanmoins Issaka Sawadogo, convaincant en gros bras usant davantage de pièges malins plutôt que de sa musculature. Les gags fonctionnent en partie par ce décalage, ses enfantillages rappelant des classiques du genre comme Maman j’ai raté l’avion ou Spy kids. N’attendez aucune grande réflexion ou prouesse de mise en scène, savourez simplement un humour constant, capable de convoquer ses glorieux aînés (Le pigeon de Monicelli parcourt furtivement nos pensées) tout en se créant une identité propre. Légère mais jamais insultante vis-à-vis de l’intelligence du public.

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