GFCA, une descente à l’allure d’enterrement

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Ce sera donc le championnat de National 1 la saison prochaine. Le verdict est tombé au bout du temps additionnel le week-end dernier.

Si le scénario de la rencontre peut donner l’impression d’une catastrophe surnaturelle, il a sonné le glas d’une illusion collective, a paru comme inéluctable au fil des minutes. Et vu de l’intérieur c’était encore plus flagrant.

Mai 2018. Appelez-ça une prophétie, ou comme bon vous semblera. C’est en tout cas le pronostic désabusé d’Olivier Kemen, doublement prêté au GFCA (lors des saisons 2016-2017 et 2017-2018) lorsqu’il plie de nouveau bagage pour Lyon : « Je ne vous le souhaite pas, mais l’an prochain ça risque d’être la descente ». La sentence, lâchée dans le secret de la coulisse, paraît alors sévère de la part d’un jeune espoir très apprécié du groupe et aimé du public pour son investissement et ses évidentes qualités techniques le plaçant au-dessus de la masse.

Les choix de Della Maggiore encore en cause

J+7 après le crash face aux manceaux, le silence du club reste assourdissant. Sur le site officiel, la seule feuille de match a été publiée suite au coup de sifflet final, aucun compte-rendu ni traitement de fond, pas même un communiqué se désolant de cette issue fatale. Du côté de la page Facebook du club, un média par nature plus dynamique et réactif, la situation apparaît plus risible encore : la dernière publication date de dimanche 18h, il s’agissait alors de signaler le coup d’envoi de la rencontre maudite. Les commentaires virulents continuent d’être filtrés, mais ne s’accompagnent d’une moindre communication officielle soldant l’état d’urgence dans lequel se trouve à présent le GFCA. Pas plus de conférence d’après-match de l’entraîneur à cause de l’agression de la tribune visiteurs par une bande de petits cons, obligeant un public familial à se réfugier en salle de presse. Comment en est-il arrivé là ? Une saison où le maintien s’obtenait autour de 40-41 points… Surtout que le club en comptait déjà 37 à l’issue de la 31e journée ? Comment a-t-il pu louper autant de fois le coche, en particulier lors de réceptions de mal classés qui aurait permis de faire coup double ? Comment a-t-il pu laisser échapper cette session de rattrapage inespérée face à une équipe de Le Mans hyper faible ?

Contentons-nous de remonter au match aller du MMArena, ce soir où le GFCA n’a pas su enfoncer le clou pour s’enlever les maux de tête. Où sa supposée supériorité n’est jamais apparue évidente dans le jeu. Pour mémoire un premier quart d’heure flottant où les Manceaux manquent d’ouvrir le score plusieurs fois avant que la tête de Blayac fasse trembler les filets de Kocik (14′). Et si avec le recul le miracle avait été là ? Une victoire en trompe-l’œil qui n’a pas incité à une remise en cause et à la préparation d’une véritable mission commando pour le match retour. En cette saison 2018-2019 qui aura été celle de toutes les remontadas en Champions League, le scénario du pire a été balayé des esprits. Mais comment aborder une rencontre décisive en étant qualifié au coup d’envoi, et même susceptible de le rester avec une défaite 0-1 ? Della Maggiore a tranché à sa façon : un dispositif très défensif avec le seul Romain Armand en pointe. Aveu de faiblesse d’emblée qui aura eu pour effet de booster les visiteurs, auteurs d’un tir sur le poteau rapidement (4′). Les Gaziers répondent néanmoins présent dans le défi physique, paraissent mieux armés pour le combat. En dehors d’un but légitimement refusé à Armand, c’est le calme plat pendant soixante minutes. Le jeu a repris sur un très faible rythme en 2e mi-temps, sans intensité ni envie manifeste de renverser la table de la part des Manceaux. Puis l’attentisme aidant, voilà qu’un but refusé, cette fois de leur côté, diffuse un sentiment d’injustice redonnant la gnaque aux visiteurs tandis que le Gaz se regroupe en bloc-équipe. Difficile de comprendre comment il peut y avoir hors-jeu sur cette action faite de passes courtes redoublées avant qu’une frappe molle échoue dans la lucarne droite d’Oberhauser. En tribunes, l’ambiance est encore à la macagna: « Ha ha vous vous y êtes crus ? Toujours 0-0, désolé » nargue-t-on Le Mans. Pour ma part, je balance à mon voisin de travée, F. « C’est pas possible la VAR, c’est un outil post-soviétique en fait, ça fait disparaitre des gens de la photo au ralenti pour créer le hors-jeu ! » À vingt minutes de la fin, visiblement sur sa demande Joris Marveaux, métronome du relai défense-milieu, sort, rien de dramatique en soit. Sinon l’inexplicable choix du coach de le remplacer par l’attaquant Jérémy Blayac et pousser ses troupes à se découvrir davantage alors que leur marge de manœuvre est encore confortable à ce moment-là. Comme si la volonté de faire plaisir au public primait sur la finalité de survie. Della Maggiore aura le culot de « faire une Houllier » dans les arrêts de jeu en reprochant à Blayac d’avoir joué pour marquer à 96’30 » au lieu de conserver le ballon au bord de la ligne de la touche. Le climat était hélas propice au KO depuis un moment.

Un parfum de mort sans précédent

Les assauts ont beau aller d’un but à l’autre dans les dernières minutes, on sent comme un parfum inéluctable de mort dans l’air depuis l’ouverture du score de Boissier (73′), rien n’est propice à rassurer les spectateurs : « Vous avez tous la tête baissée, on dirait que vous avez déjà perdu, regardez-vous, levez la tête ! » vocifère A., fidèle commentateur averti du quart de virage, se qualifiant lui-même de « pilier » en vertu de sa position debout en haut de la tribune, appuyé sur le poteau. On comprend sa lassitude devant le triste spectacle d’un Oberhauser ou un Guidi cherchant désespérément sur qui ils pourront relancer et faisant face à des dos peu avenants. Le deuxième changement de Della Maggiore interroge lui aussi : Gomis prend la place d’Armand (82′), le joueur le plus dangereux jusque là, alors qu’un Wesley Jobello enchaînant les mauvais choix depuis le début du match reste en poste. Lorsque un pénalty bienheureux (faute très légère) intervient dans les arrêts de jeu, c’est forcément ce dernier qui s’empare du cuir. Forcément ? Plutôt étonnant pour un joueur qui n’est pas un habitué de l’exercice. Nul n’en prend ombrage sur le terrain puisque le Gaz reste sur une série de trois loupés de rang (deux d’Armand, un de Roye), nul ne s’enthousiasme excessivement en tribunes. Et surtout sur le terrain les Manceaux ne semblent pas résignés à un sort défavorable. La vérification via la VAR entraîne un long flottement, laps de temps durant lequel Jobello reste stoïque, droit comme un I, le ballon posé par avance sur le point de pénalty. Pas du tout rôdé à l’exercice, l’ailier commet là une erreur de base. Il se coupe littéralement les jambes, adresse une frappe faiblarde à ras de terre que Kocik détourne aisément. N’y avait-il pas plus expérimenté dans l’effectif pour assumer ce moment crucial ? La suite est une longue souffrance, abrégée par cette tentative folle de Soro (90e+7) malgré trois défenseurs devant lui. Le coup de grâce intervient dans le même secteur que le premier but, qu’est devenue la légendaire « agressivité dans le bon sens du terme » des clubs corses ?

Boissier a sonné le réveil des Manceaux à l’aller comme au retour.

Les réactions de colère se multiplient au coup de sifflet final, dont certaines dépassant les bornes au risque de constituer une double peine pour le club. Déjà, deux groupes de spectateurs se dégagent, les dégoûtés répondent aux inconditionnels partant du principe qu’ils viendront toujours au stade pour soutenir leur club, contre vents et marées. Or cette scission pourrait durer cette fois, et on peut comprendre ceux demandant à voir des signes de changement dans la politique managériale avant de replonger naïvement. Autant la redescente en L2 de 2016 avait sonné comme logique et aucune personne sensé n’en avait voulu à une équipe courageuse ayant laissé sa vie sur le terrain, autant cette disparition annoncée du football professionnel fait mal car nourrie par des circonstances autres que sportives. Les premiers signaux envoyés vont dans le sens d’un maintien en poste de Della Maggiore, sous contrat jusqu’en 2020, par soucis d’économie. Quant à générer des revenus par la vente de joueurs, on peine à voir qui pourra constituer l’oasis salvatrice entre les probables retraites et les joueurs en fin de contrat. Une problématique de plus à ne pas avoir été anticipé par les dirigeants.