Critique du film MA de Tate Taylor

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Ma de Tate Taylor, avec Octavia Spencer, Diana Silvers, Juliette Lewis (États-Unis ; sorti le 5 juin 2019) ***

Sue Ann, une femme solitaire vit dans une petite ville de l’Ohio. Un jour, une adolescente ayant récemment emménagé, lui demande d’acheter de l’alcool pour elle et ses amis ; Sue Ann y voit la possibilité de se faire de nouveaux amis plus jeunes qu’elle. Elle propose aux adolescents de traîner et de boire en sûreté dans le sous-sol aménagé de sa maison. Mais Sue Ann a quelques règles : ne pas blasphémer, l’adolescent qui conduit doit rester sobre, ne jamais monter dans sa maison et l’appeler MA. Mais l’hospitalité de MA commence à virer à l’obsession. Le sous-sol qui au début était pour les adolescents l’endroit rêvé pour faire la fête va devenir le pire endroit sur terre.

Comment réussir le tour de force de transformer ce qui avait tout sur le papier d’un simple thriller horrifique pour teenagers ? En pouvant compter d’abord sur une actrice exceptionnelle, Octavia Spencer, remarquable second rôle de La forme de l’eau, usant ici de multiples registres pour instiller une peur sourde. Par sa bienveillance malsaine, sa rigueur dans la façon de faire la fête, ses brusques changements d’expressions, elle contribue à longtemps entretenir le mystère quant à ses motivations. Signalons en particulier la séquence hallucinante d’enchaînement de messages vidéos où elle alterne différentes intonations/postures à la manière de James McAvoy dans Split.

En plus de son atout principal, le film s’appuie sur un scénario habile réservant les révélations au compte-goutte. Ainsi embarque-t-on dans une première piste purement récréative pour expliquer le comportement de Ma, avant de comprendre le but ultime caché derrière son rôle de tenancière d’une boite de nuit clandestine. La mise en scène n’est pas en reste, usant de plans malins pour suggérer la surprise ou la peur, nous faisant ressentir le malaise ambiant comme si nous étions partie prenante de ce conte intimiste. Un dernier quart d’heure à la limite du trash choque d’autant plus après une succession de jump scares optant pour la sobriété. Tout se tient néanmoins, l’ambiance colle au propos, un peu comme dans des films d’horreur familiaux des années 1980/1990 tels Gremlins.

Demeurent quelques défauts, à commencer par le jeu faiblard des acteurs secondaires, sans doute trop nombreux alors qu’une petite poignée s’avèrent utiles à l’histoire. On peut regretter la lourdeur et la prévisibilité de la relation mère/fille entre Maggie (Diana Silvers pâlotte) et Erica (une Juliette Lewis sous-utilisée) ou la sous-intrigue concernant Genie, la fille de Ma. Un moyen peu fin de rajouter un aspect détestable à la « méchante » du film. Quitte à donner dans le plaisir cinéphilique coupable, voici un candidat qui tient son rang.

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