Critique du film Parasite de Bong Joon Ho

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-Parasite de Bong Joon Ho, avec Song Kang-Ho, Lee Sun-kyun, Cho Yeo-jeong (Corée du Sud ; sorti le 5 juin 2019) ****1/2

Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne…

Les palmes d’or se suivent et se ressemblent pour le meilleur ces dernières années, des films couplant la dimension d’auteur avec l’accessibilité pour le grand public. Aussi ce Parasite n’exclut ni les néophytes de cinéma asiatique puisque son propos est universel, ni les fans de blockbusters en attente d’action, ni les intello-puristes exigeant une participation active dans ce qu’ils vont voir. Avec ses décors en apparence limitée (un appartement lugubre, une villa lumineuse) et sa structure en plusieurs actes distincts, on pourrait croire de prime abord à un vaudeville théâtrale sur le schéma classique du prolétaire astucieux usant de stratagèmes pour berner un riche à tendance naïve.

Puis le sujet s’étoffe et soulève différents thèmes autour de la lutte des classes, le mépris des uns envers les autres, la bataille rangée entre pauvres pour bénéficier de quelques miettes de plus, le tout dans le cadre d’un environnement en péril, la nature se chargeant de punir la mesquinerie humaine. Aussi le mérite de Bong Joon Ho est là : savoir renvoyer dos à dos ses différents types de protagonistes, pointer les motivations saugrenues d’un côté ou les exigences démesurées de l’autre. Surtout, le réalisateur Sud-Coréen ne néglige pas un adage essentiel du cinéma : sans qualité du traitement, nulle mise en valeur d’un sujet. Son film regorge d’idées visuelles, de plans pensés pour renvoyer des images ou des métaphores, d’une richesse symbolique forte. Nous sommes longtemps en empathie avec cette famille débrouillarde défiant la morale au nom de la survie.

Le genre dominant est d’abord celui de la satire sociale ou comédie noire, puis nous basculons à mi-parcours dans une autre dimension par le biais d’une ficelle scénaristique inattendue. La facilité à se transposer dans un autre univers, à modifier littéralement le climat est bluffante. L’oppression subie par les personnages est la notre, leurs tentatives pour préserver leurs maigres acquis provoquent malaises et attentes fiévreuses. Nous comprenons à notre corps défendant que nul n’en sortira indemne, ni la famille de Ki-taek, ni les Park, ni les spectateurs. Difficile d’en dire plus sans gâcher ce plaisir cinéphilique à tout point de vue : scénario soigné, interprètes impeccables, mise en scène en adéquation avec le fond, maîtrise des différents genres, propos sociétal et politique, renvois palpables à des rancœurs viscérales, à des écarts s’étant creusés depuis des décennies au point d’arriver au point où ils deviennent incompressibles, empêchent la cohabitation à moyen terme. Une tuerie volontiers dramatique et étrangement « rock ‘n’ roll » par certains aspects, à réserver à un public averti et à revoir sans modération pour découvrir toutes les clés disséminées en chemin.

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