Critique du film Tolkien de Dome Karukoski

By

-Tolkien de Dome Karukoski, avec Nicholas Hoult, Lily Collins, Colm Meaney (Angleterre ; sorti le 19 juin 2019) **

TOLKIEN revient sur la jeunesse et les années d’apprentissage du célèbre auteur. Orphelin, il trouve l’amitié, l’amour et l’inspiration au sein d’un groupe de camarades de son école. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et menace de détruire cette « communauté ». Ce sont toutes ces expériences qui vont inspirer Tolkien dans l’écriture de ses romans de la Terre du Milieu.

Mieux vaut avoir quelques éléments en mains avant de pousser la porte de la salle pour voir ce qu’on peut qualifier de pré-biographie, une fiction a priori très libre vis-à-vis des faits réels qui se clôt au moment où le héros entame son émancipation d’auteur. Par cet aspect, il rappelle le récent Colette, choisissant là aussi de se pencher sur une courte période au lieu d’un biopic de nature classique, relatant une mise en train plutôt qu’une consécration. Or certains fans du Hobbitt ou du Seigneur des anneaux seront susceptibles de s’en tenir là, de juger inintéressant tout le développement autour du traumatisme de la première guerre mondiale ou de la fondation de ce club très sélect avec trois amis étudiants de bonne famille. Le voir sous le prisme des éléments manquants et non de ce qui s’y trouve. Une fois régulé ce niveau d’attente, on peut se plonger avec délectation dans ce récit sobre et raffiné de la naissance d’une passion, de l’amour pour la langue littéraire et l’exhortation à la créativité. Il y a une familiarité certaine avec un film culte comme Le cercle des poètes disparus, tout juste nuancée par un cadre moins universel.

Les références aux futures œuvres de l’auteur sont bien présentes, mais loin d’être limpides. Ainsi l’équilibre est précaire entre le fil rouge scolaire et les flashforwards nous envoyant sur les champs de bataille de la Grande Guerre. Un problème de structure manifeste puisque nous sommes ballotés parfois de l’un à l’autre sans justification précise. Les séquences sur le front s’avèrent particulièrement énigmatiques, laissent tout juste échapper quelques indices pour permettre aux spectateurs de se raccrocher aux branches. C’est en fin de compte le verset sentimental de l’histoire qui produit les meilleures scènes (le « scandale » au restaurant) et soulève les meilleurs thèmes (la nécessaire marginalité, la langue comme vecteur de sens), la partition d’une Lily Collins solaire en future Mme Tolkien y est aussi pour quelque chose.

Si ce n’est pas exactement le film qu’on était en droit d’espérer en termes de fantaisie, d’originalité, d’imagination (un comble), on tient néanmoins une narration efficace qui donne de la chair à tous les personnages secondaires, les rend infiniment sympathiques en dépit de leurs origines sociales aisées (à l’exception de JJR lui-même), pas une sinécure dans un long-métrage. L’approche intimiste permet d’associer le spectateur à chaque action, de littéralement participer aux mêmes jeux que les acteurs, de se projeter dans cette bourgade anglaise au début du XXe siècle. De quoi profiter d’un bon film sans ressasser l’idée du film immense qu’il aurait pu être sous la direction d’un créatif de la trempe d’un Tim Burton, Michel Gondy ou Wes Anderson (liste non exhaustive). La simplicité de la forme a le mérite d’éviter la sortie de route par excès d’ambitions.

Publicités