Critique du film Roxane de Mélanie Auffret

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-Roxane de Mélanie Auffret, avec Guillaume De Tonquédec, Léa Drucker, Lionel Abelanski (France ; sorti le 12 juin 2019) ***1/2

Toujours accompagné de sa fidèle poule Roxane, Raymond, petit producteur d’œufs bio en centre Bretagne a un secret bien gardé pour rendre ses poules heureuses : leur déclamer les tirades de Cyrano de Bergerac. Mais face à la pression et aux prix imbattables des grands concurrents industriels, sa petite exploitation est menacée. Il va avoir une idée aussi folle qu’incroyable pour tenter de sauver sa ferme, sa famille et son couple : faire le buzz sur Internet.

Attention fable rurale à forte résonance politique actuelle ! Sans jamais se prendre au sérieux, le film de Mélanie Auffret dit des choses sur cette France profonde délaissée, les difficultés de survie des « petits » face à la mondialisation galopante. Cela dit, ne pas chercher un pamphlet là où il y a seulement tendresse et amour pour des personnages plus vrais que nature. Le traitement privilégie toujours la légèreté au cri révolté, emprunte la voie du rire pour mieux éviter toute tentation de pathos. Aussi ce manifeste est clairement explicité au cœur du film via une citation de Sacha Guitry qui voudrait « qu’on ne dit jamais merci pour un rire provoqué », message de Wendy à Raymond, mais surtout du réalisateur aux spectateurs. Contre l’idée qui voudrait que seuls les films dramatiques se voient accordés du crédit, que le travail pour divertir est tout aussi, pour ne pas dire davantage, délicat que celui voué à obtenir des larmes. Et surtout que cette recherche de connivence comique se réalise sans attente de rétributions.

Le contrat tacite établi avec le spectateur est largement rempli. On est littéralement projeté aux côtés de Guillaume De Tonquédec, parfait en Monsieur Toutlemonde prenant le parti d’utiliser les canaux modernes pour défendre la cause de toute une vie. Inutile d’être fermier pour le rejoindre dans son combat, inutile d’apprécier la littérature pour jubiler devant ses incarnations pittoresques de Cyrano de Bergerac, des fables de La Fontaine ou des classiques de Molière. Dans le second rôle de la voisine prof de théâtre à ses heures, Kate Duchene (Wendy) explose l’écran, alternant finesse et extravagance pour captiver l’auditoire. Les séquences de formation de Raymond sont tout simplement exceptionnelles. Les autres acteurs ne sont pas en reste, de Léa Drucker en épouse réticente à ses initiatives à Liliane Rovère en tante enthousiaste en passant par Lionel Abelanski en bon camarade gaffeur. Tout juste peut-on trouver accessoire les caméos de Michel Jonasz et Jean-Yves Lafesse, censés rééquilibrer les forces dans un long-métrage manquant de « méchants ».

Pour son premier film, Mélanie Auffret joue la sobriété mais n’oublie pas pour autant d’utiliser quelques ficelles de mise en scène ou messages subliminales. On pense en particulier à ce mouvement de caméra limpide lorsque Raymond poste sa première vidéo à grande échelle, comme pour illustrer la portée potentielle de cette bouteille jetée à la mer, en l’occurrence dans l’espace infini de YouTube. Aussi prévisible soit son intrigue, elle nous réserve quelques surprises sur la forme, met en valeur des dialogues anodins pour les rendre touchants au plus haut degré. Le final positiviste, reprenant l’idée d’une union faisant la force, est de rigueur, sans écarter la possibilité d’échec de la solution entreprise. Une comédie pleine de sens, cent fois préférable à tous les Claviérismes et Duboscqueries empoisonnant nos salles obscures.

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