Critique du film Zombi Child de Bertrand Bonello

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Zombi Child de Bertrand Bonello, avec Louise Labeque, Wislanda Louimat, Adilé David (France ; sorti le 12 juin 2019) *1/2

Haïti, 1962. Un homme est ramené d’entre les morts pour être envoyé de force dans l’enfer des plantations de canne à sucre. 55 ans plus tard, au prestigieux pensionnat de la Légion d’honneur à Paris, une adolescente haïtienne confie à ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. Elle est loin de se douter que ces mystères vont persuader l’une d’entre elles, en proie à un chagrin d’amour, à commettre l’irréparable.

À qui s’adresse ce film ? Par qui est-il censé être compris ? Le moins que l’on puisse dire c’est que son propos est embrouillé et il faut une sacrée déduction pour établir des liens entre les trois espace-temps dans lesquels le film nous balade. En quoi cette légende urbaine haïtienne du grand-père mort-vivant influe-t-elle vraiment sur le comportement de Mélissa dans le pensionnat de filles ? Comment Fanny en arrive à la conclusion de devoir utiliser le vaudou pour fuir sa déception amoureuse ? Rien de tout cela n’est aiguillé, il faut des trésors d’imagination pour pouvoir supposer le cheminement psychologique des personnages ou les références historiques sous-entendues.

La partie dans l’école d’élite reste de loin la plus captivante et celle laissant échapper quelques indices pertinents. On croit volontiers à ce club secret composé des filles populaires/mystiques, à ce rite initiatique et à l’ambiance lugubre de ce milieu (très proche du climat anxiogène ressenti dans le récent L’heure de la sortie). Dans un rôle sur-mesure de professeur d’Histoire, Patrick Boucheron pose le débat pointu entre nécessité de construire un récit national laissant apparaître la succession d’événements comme des conséquences logiques ou prime au souci de réalité incluant les phases allant à l’encontre d’une évolution d’ensemble. Bonello semble pour sa part ne pas avoir tranché tant ses pistes éparses ne trouvent jamais d’unité.

Quelle part accorder à une éventuelle idée post-coloniale, ou d’appropriation culturelle de la part de la jeune camarade blanche fascinée jusqu’à l’extrême par le récit de la nouvelle ? Au-delà d’images magnifiques et d’une approche naturaliste (renforcée par le lot d’amateurs devant la caméra) allant à l’encontre du film de genre auquel on pouvait s’attendre, on sort rarement de la torpeur. Il faudra laisser libre cours à sa sensibilité et ne pas s’en remettre à son logos pour s’immerger dans cet univers abstrait. Se laisser envoûter à la manière de Fanny. Bien difficile tant le réalisateur semble se foutre royalement de créer la moindre empathie, de susciter la moindre émotion.

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